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Les médias belges aident la police à grand renfort de chatons

Pays : Belgique

Tags : bruxelles, Attentats, terrorisme

Dimanche soir, le hashtag #BrusselsLockdown ("Bruxelles verrouillé") devait relayer les informations relatives aux opérations de police dans la capitale belge sur Twitter. Mais à la demande de la police, les internautes ont arrêté de diffuser des images des perquisitions, les remplaçant par des mises en scène de chatons. Plusieurs médias belges ont suivi le mouvement, dont Le Soir, le principal journal de référence de la Belgique francophone.

Le site web du Soir.be n'a jamais connu pareille audience que dimanche soir, lors de vastes opérations de police dans un Bruxelles verrouillé et dans plusieurs autres villes belges, pour retrouver Salah Abdeslam et d'autres terroristes présumés. 21 personne ont été interpellées en Belgique dans le cadre de ces actions.

Pourtant, le journal de référence pour les francophones de Belgique avait, comme la plupart des autres médias belges, décidé de suspendre son traitement des événements d'actualité. A la une de son site, il a remplacé les images de police par un chat.

 

 

Interview

Christophe Berti

Christophe Berti, rédacteur en chef du journal Le Soir, revient pour ARTE Info sur cette décision inédite.

ARTE Journal : Comment en êtes-vous arrivé à publier l'image d'un chat sur la une de votre site web ?

Christophe Berti : Vers 21h30 dimanche, j'ai été contacté par le centre de crise belge et le cabinet du Premier ministre. On nous a demandé, ainsi qu'à l'ensemble des médias belges, de ne pas donner trop d'informations sur les opérations en cours à Bruxelles et dans d'autres villes belges. Il me semble qu'il ne s'agissait pas là d'une censure, mais simplement d'un acte responsable d'un journal comme le nôtre. On a donc twitté et écrit sur notre site internet qu'on suspendait la couverture précise des événements. Bien sûr, on a continué à suivre l'actualité, mais en respectant cette demande des autorités.

 Une prise de recul par rapport à cette information extrêmement anxiogène.

Christophe Berti 
23/11/2015

Sur les réseaux sociaux, un photographe néerlandais (en fait, le caméraman Hugo Janssen, ndlr.) a, par "joke", publié la photo de son chat à la place d'une image de la police ou des terroristes. Une internaute belge a ensuite retweeté cette "information" : cela a été le catalyseur d'un phénomène qui a concerné la moitié de la France et de la Belgique ! Les images de chats et des jeux de mots sur les chats ont remplacé les informations sur les interventions de police. J'ai trouvé que c'était à la fois un petit événement, mais aussi une prise de recul par rapport à cette information extrêmement anxiogène. On a donc joué le jeu et décidé de mettre, pendant quelques minutes, une photo de chat à la une de notre site. Hier, Le Soir.be était le principal site d'information francophone en Belgique.

 

 C'est le côté surréaliste belge, dans une catharsis collective, qui s'est exprimé dimanche soir.

Christophe Berti
- 23/11/2015

Pour un média sérieux, vous ne manquez cependant pas d'humour...

Christophe Berti : Bien sûr, mais nous sommes avant tout un journal responsable. Notre édition papier de lundi comporte 20 pages sur les événements de la nuit. Nous avons bouclé à 2h du matin. Dès que les opérations ont été terminées, les chats ont repris leur place dans leurs litières. Mais c'est le côté surréaliste belge, dans une catharsis collective, qui s'est exprimé dimanche soir. Je pense que nous avions tous besoin de décompresser. C'est une attitude typiquement belge ! 

 

C'était aussi une manière de prendre du recul par rapport aux événements ? De refuser le traitement trop "à chaud" d'une actualité qui nous échappe ?

Christophe Berti : La couverture des événements de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher nous ont servi de leçon. Quand l'autorité publique a fait appel à notre sens des responsabilités pendant les opérations, nous avions près d'un million de lecteurs sur le site. On ne peut pas parler de censure ou dire que nous sommes aux ordres du pouvoir. Croyez-moi : nous faisons notre métier sérieusement et en toute indépendance. A chaud, nous ne pouvons pas vérifier toutes les informations. C'est là que la distance s'impose. Pour être vraiment transparents, nous avons préféré le dire à nos lecteurs et respecter cette demande pour ne pas mettre de vies en danger. L'expérience de janvier 2015 nous ont servi dans ce choix, oui. L'histoire du chat est simplement un épiphénomène, qui reflétait ce qui se passait sur les réseaux sociaux à ce moment-là. Nous n'avons jamais eu autant de retweets ni de retours aussi positifs qu'hier soir !

 

La police fédérale belge a d'ailleurs remercié les internautes et tous les chats qui les ont "aidé(s)" dimanche soir...

 

Dernière màj le 8 décembre 2016