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La fronde contre l’emprise d'Orbán continue en Hongrie

Pays : Hongrie

Tags : démocratie, éducation, Orban

Elèves et professeurs ont fait mercredi une heure de grève, ainsi que des chaînes humaines dans l’ensemble de la Hongrie. Avec cette action de “désobéissance civile”, ils protestent contre la réforme du gouvernement dans le secteur de l’éducation. Mais la signification de cette action de protestation va bien au-delà de l’école. Les Hongrois s'insurgent contre le système mis en place par le parti Fidesz, le parti de la droite conservatrice du Premier ministre Viktor Orbán.

En savoir plus :

Vingt mille Hongrois ont défilé le 15 mars contre le réforme éducative. Il s’agissait du plus grand mouvement contre le gouvernement Orbán depuis les protestations contre la taxe internet en 2014.

Environ deux cents professeurs, élèves et citoyens se sont mobilisés mercredi contre la centralisation du système éducatif imposée par le pouvoir hongrois. Les enseignants ont fait grève et formé une vaste chaîne humaine pendant la première heure de cours de la matinée.  

Les représentants du corps enseignant avaient déjà menacé mi-mars le gouvernement de Viktor Orbán de faire grève, si ce dernier ne s’excusait de ses attaques portées au système éducatif hongrois depuis 2010. L’exécutif a décidé de réformer ce secteur emblématique, qu’il trouvait trop libéral et trop peu contrôlé.

 

 

Contre quoi les Hongrois se mobilisent-ils ?

Les Hongrois protestent avant tout contre les abus suivants :

- La centralisation de la nomination des directeurs d’école et des pouvoirs des professeurs.

- La restriction de l’autonomie des lycées : toutes les dépenses, mêmes les plus insignifiantes, doivent être approuvées par le Klik (acronyme de Centre administratif Klebelsberg, connu sous son acronyme), l’organisme créé par le gouvernement Orbán. Les excursions scolaires sont désormais interdites.

- La mainmise du pouvoir sur les programmes et sur le choix des manuels scolaires. Les écoles n’ont aujourd’hui plus le droit de choisir elles-mêmes leurs livres.

 

Les chemises à carreaux, symboles de la contestation

Les chemises à carreaux sont devenues un emblème de la contestation depuis de la résistance et de la solidarité depuis que l’ancien ministre de l’enseignement supérieur István Klinghammer s’en est pris aux “enseignants mal rasés et en chemisettes à carreaux” qui manifestent contre le pouvoir. Istvan Pukli, un directeur d’école à la pointe de la contestation, est sous le coup d’une procédure disciplinaire à cause de son engagement politique. Le Fidesz accuse le mouvement contre la réforme éducative d’être téléguidé par l’opposition pour déstabiliser Viktor Orbán.

 

A consulter aussi :

Le Parlement européen a adopté en décembre 2015 une résolution demandant de surveiller les menaces contre l’état de droit en Hongrie. Ce n’est pas le seul pays dans ce cas : l’UE s’inquiète également d’une possible dérive autoritaire en Pologne.

Un mouvement contre le démantèlement de la démocratie

Il ne s’agit pas simplement d’une protestation contre l'extrême centralisation du système éducatif. La contestation dépasse les "chemises à carreaux" et s’étend à bien d’autres secteurs : l’heure de "désobéissance civile" en est un symptôme. Malgré toutes les réformes du gouvernement Orbán pour faire taire la contestation, limiter les grèves et les manifestations, les enseignants n’ont pas hésité à mener cette action.

Depuis l’arrivée au pouvoir en 2010 du parti Fidesz, les réformes radicales s’enchaînent et sont régulièrement dénoncées par l’opposition, pour qui des coups ont été portés à l’indépendance de la justice et à la liberté de la presse.  

 

Où va Orbán ?

Le mouvement de protestation contre la réforme de l'éducation voit dans ce projet une stratégie du  Fidesz, un "plan directeur" du Premier ministre consistant à forger un "patriotisme des générations futures".

Le système Orbán et le programme de la droite nationaliste Fidesz sont marqués par une politique étrangère agressive et une politique d’accueil des réfugiés restrictive, mais aussi par un certain mépris des valeurs d’une démocratie. Avant l’enseignement, Viktor Orbán s’était attaqué notamment à internet, essayant d’imposer un contrôle strict sur les internautes. 100 000 personnes avaient défilé dans les rues. Il est donc probable que le mouvement des "chemises à carreaux" ne soit que le début d'un vaste mouvement de protestation.

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016