Les europhobes perdants face à Jean-Claude Juncker

Pays : Union européenne

Tags : Jean-Claude Juncker, Commission européenne, Parlement européen

Jeudi 27 novembre, le Parlement européen s'est prononcé contre une motion de censure déposée par l’aile eurosceptique à l’encontre de Jean-Claude Juncker et de la commission européenne.

Les europhobes ont perdu. Leur motion de censure déposée à l’encontre de Jean-Claude Juncker et de sa commission a remporté 101 voix contre 461. 88 députés se sont abstenus. Sous l’impulsion du groupe EFDD (Europe de la liberté et de la démocratie directe), toute l’aile eurosceptique, Front National et Mouvement 5 étoiles compris, avait décidé de recourir à la motion de censure pour faire tomber la commission Juncker. Début novembre l’enquête ‘’LuxLeaks’’ publiée dans plusieurs grands journaux avait révélé l’existence d’un vaste système d’évasion fiscale au Luxembourg alors que Jean-Claude Juncker en était le Premier ministre. Outrés par ces révélations, les députés eurosceptiques ont estimé qu’il était  ‘’intolérable qu’une personne qui a été responsable d’un système d’évasion fiscale soit un représentant de l’Union européenne’’. La motion signée par 77 députés sur les 751 que compte que le Parlement avait peu de chance de passer. Les présidents de tous les autres groupes politiques avaient en effet exprimé clairement leur soutien à Jean-Claude Juncker.

 

Au total, 101 députés européens se sont prononcés en faveur de la motion de censure déposée contre Jean-Claude Juncker. Ceux-ci appartiennent pour la plupart à la droite de la droite du Parlement (les groupes 'Europe de la liberté et de la démocratie directe', 'Conservateurs et réformistes européens' et les non-inscrits, dont les figures de proue sont le Britannique Nigel Farage, l'Italien David Borrelli ou la Française Marine Le Pen), mais aussi, pour six d'entre eux (trois Néerlandais, deux Tchèques, une Danoise), à la gauche de la gauche (groupe 'Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique'). Plus étonnant, une députée socialiste slovaque, Monika Flasikova Benova, a également voté pour cette motion de censure, à l'inverse de l'immense majorité des collègues de son groupe. Quant au Parti populaire européen, la formation d'origine de Jean-Claude Juncker, l'ensemble de ses membres se sont évidemment prononcés contre, à une exception près : le Tchèque Stanislav Polcak, qui s'est abstenu.

 

Cinq ans d'Europe avec eux

ARTE Info suit cinq députés fraîchement élus au Parlement européen pendant toute la durée de leur mandat. Nous leur avons demandé de nous expliquer pourquoi ils n’ont pas voulu suivre cette motion. 

 

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Teresa Rodriguez (Groupe confédéral de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique)

"Le Poedemos, tout comme les autres membres du groupe GUE/NGL va s'abstenir de voter la motion de censure. Même si nous sommes d'accord avec la plupart des points de la résolution, notamment en ce qui concernant la fraude fiscale et le rôle de Jean-Claude Juncker dans ce processus, nous ne voulons pas par principe faire d'alliance avec les partis d'extrême-droite xénophobe, comme le Front National de Marine Le Pen. Le fait que le Mouvement 5 étoiles (de Beppe Grillo) ait décidé de faire cause commune avec l'extrême droite est pour nous une très mauvaise nouvelle."

 

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Alessia Mosca (Groupe de l'Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen)

"Je pense qu’il s’agit d’une instrumentalisation des moyens que nous avons ici dans l'Union européenne. C’est seulement un moyen pour les forces populistes de montrer leur force, bien souvent ils utilisent seulement deux minutes dans la  plénière pour faire du théâtre. Nous avons déjà dit qu’une fiscalité qui n'est pas harmonisée constitue un très grand problème pour l'Union européenne, et donc nous devons travailler main dans la main. C’est hypocrite de faire comme si on ne savait pas ce qui se passait au Luxembourg avant [avant LuxLeaks ndlr]. Et si ça s’est passé c’est parce que les règles européennes ne sont pas suffisamment fortes pour une harmonisation de toutes les règles."  

 

 

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Pascal Durand (Groupe des Verts/Alliance libre européenne)

"Il m'est absolument impossible de voter pour une motion de censure portée par l'extrême droite et qui a pour seule fonction de déstabiliser, pour des motifs nationalistes que je combats, la commission Juncker. De plus, je suis en total désaccord avec l'affirmation contenue dans cette motion selon laquelle c'est en renforçant les politiques fiscales nationales que l'on résoudra la lutte contre l'évasion fiscale. Bien au contraire, c'est en œuvrant pour une harmonisation fiscale européenne, moins de concurrence entre les Etats et plus de transparence que nous lutterons efficacement contre ce fléau."

 

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Jens Gieseke (Parti populaire européen)

"Au cours de ces dernières semaines, l'affaire de Luxleaks a été reprise par plusieurs médias. Le Luxembourg et d'autres Etats membres auraient mis en place un vaste réseau d'évasion fiscale permettant aux entreprises d'échapper à l'impôt. La Commission européenne a toute ma confiance et mon soutien pour mener son enquête contre les Etats mis en cause. Un jour après la révélation de Luxleaks, j'ai moi-même informé Jean-Claude Juncker de la situation en lui envoyant une lettre personnelle. Certains populistes se sont emparés du scandale pour se faire remarquer pendant la séance plénière. À la demande de seulement soixante-seize eurodéputés, le Parlement doit se prononcer pour ou contre une motion de censure contre la Commission, qui sera sans aucun doute rejetée par la majorité. Au cours de ce vote, les députés ont été encore plus nombreux à soutenir Juncker que lors de son élection à la tête de la Commission."