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Les enjeux du sommet « format Normandie »

Pays : France

Tags : Russie, Allemagne, Ukraine, Crimée, accords de Minsk

Les chefs d’État allemand, français, russe et ukrainien se retrouvent le 2 octobre 2015, à l’Elysée, pour avancer sur le dossier ukrainien.

Respecté depuis le 1er septembre, le cessez-le-feu entre l’Ukraine et la Russie n’a pas mis un terme aux provocations. Le 28 septembre 2015 à New York, debout à la tribune des Nations Unies (ONU) pour la première fois depuis dix ans, Vladimir Poutine en a d’ailleurs glissé une dans son allocution. « C’est dans mon pays, en Crimée, qu’a eu lieu la conférence de Yalta [en février 1945] », a-t-il rappelé dans une référence, teintée de nationalisme, à cet acte fondateur de l’organisation mondiale pour la paix (la péninsule de Crimée étant l’un des principaux objets de la discorde entre les deux pays). Prévoyant, Petro Porochenko, le chef de l’État ukrainien, avait déjà quitté l’hémicycle pour ne pas avoir à entendre ces bons mots. Ces tensions ne devraient cependant pas empêcher les deux hommes de s’entretenir, le vendredi 2 octobre 2015 à l’Elysée, aux côtés de François Hollande et d’Angela Merkel, de la crise qui oppose leur deux pays depuis 2014. 

Ce sommet au « format Normandie » - c’est-à-dire rassemblant la France, l’Allemagne, l’Ukraine et la Russie comme à l’occasion des commémorations du débarquement en Normandie, en juin 2014 – avait été annoncé le 7 septembre 2015 par le président de la République lors de sa dernière conférence de presse. À cette occasion, François Hollande s’était notamment félicité du respect  du cessez-le-feu dans l’est de l’Ukraine, décidé en février lors des accords de Minsk. Il avait aussi convoqué cette réunion « pour que nous puissions évaluer le processus là où il en est et le conduire jusqu'à son terme ». Le chef de l’État avait également évoqué une possible levée des sanctions contre la Russie, si les engagements de Minsk étaient respectés d’ici la fin de l’année 2015.

7 000 morts et plus de 17 000 blessés

À l’ordre du jour, les participants devraient aborder les points cruciaux déjà discutés le 12 septembre 2015, à Berlin, par leur ministre des affaires étrangères respectifs. Sur le volet sécuritaire, outre le maintien et le renforcement du cessez-le-feu, la finalisation d’un accord sur le retrait des armes légères devrait être débattu. « En outre, nous sommes unanimes à penser que le terrain ne doit en aucun cas être miné davantage et qu’il est nécessaire de procéder à son déminage », avait notamment déclaré Frank-Walter Steinmeier, le chef de la diplomatie allemande. D’un point de vue humanitaire, les quatre chefs d’État devraient également échanger sur l’ouverture de nouveaux centres logistiques, sur les échanges de prisonniers, et sur le libre accès du Comité international de la Croix Rouge (CICR) et des autres organisations humanitaires aux zones de conflit. Selon un rapport de l’ONU, les combats ont fait près de 7 000 morts et plus de 17 000 blessés. Près de 5 millions d’habitants de la région sont touchés par les conséquences du conflit.

C’est surtout le volet politique, « clef de la mise en œuvre des accords de Minsk », selon Frank-Walter Steinmeier, qui devrait donner lieu aux discussions les plus vives. Selon la présidence française, « une date concertée doit être définie pour l’organisation des élections locales dans certains secteurs des régions (des Républiques autoproclamées) de Donetsk et de Lougansk ». « Le travail sur les modalités de ces élections et sur les avancées en faveur de l’autonomie locale doit être mené en parallèle », poursuit-elle. L’Ukraine et la Russie peinent en effet à se mettre d’accord sur l’attribution d’un statut particulier à ces zones, tout comme sur la réforme de la constitution ukrainienne, prévue par les accords de Minsk, et censée favoriser cette décentralisation.

A l’été 2015, les rebelles pro-russes des Républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk avaient confirmé la tenue sur leur territoire d’élections locales en octobre. Une initiative qualifiée de « risquée et d’irresponsable » par les autorités de Kiev, qui considèrent que les conditions de sécurité ne sont pas encore réunies pour le bon déroulement de ce scrutin. Pour apaiser les tensions autour de ces enjeux politiques, cette nouvelle réunion au « format Normandie » devrait ainsi faire de l’élaboration d’un calendrier électoral précis l’une de ses priorités.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016