Les droits de l'Homme en Biélorussie

Pays : Biélorussie

Tags : Alexandre Loukachenko, droits de l'homme

Sous le régime autocratique d'Alexandre Lukachenko, la République du Bélarus a traversé en 21 ans bien des moments sombres. 

La disparition des leaders de l'opposition Juri Zakharenko, Viktor Gontchar et Anatoli Krasovki reste inexpliquée jusqu'à ce jour. De même pour celle du journaliste Dmitri Zavadski à la fin des années quatre-vingt-dix. Lors des deux dernières élections présidentielles, en 2006 et en 2010, la répression systématique des opposants au régime et la fraude électorale se sont soldées par des années de détention pour les candidats de l'opposition à Loukachenko.

Sur ce plan, d'aucun considèrent que la situation des droits de l'Homme s'est améliorée en République du Bélarus. En effet, les six derniers prisonniers politiques connus ont été libérés au mois d'août et déjà, on envisage en Occident la levée des sanctions contre le régime. Pourtant interdit de séjour en Europe et aux Etats-Unis, Alexandre Loukachenko s'est envolé pour New-York et a fait brusquement son apparition à l'assemblée générale de l'ONU.

Je peux très rapidement me retrouver derrière les barreaux. 

Nikolai Statkevitch, opposant biélorusse.

La libération des prisonniers politiques annonce-t-elle un dégel au Bélarus ?

Récemment libéré, Nikolaï Statkevitch, l'opposant biélorusse le plus connu, n'y croit pas une minute. Dans une interview pour Arte Journal, il qualifie de "terre brûlée" le paysage politique de la République du Bélarus. Pour lui, cette libération n'est qu'une manœuvre de la part de Loukachenko , qui a un besoin urgent de crédits occidentaux. La libération des prisonniers politiques a pour seul but de restaurer son image dégradée auprès de ses futurs créanciers.

"Dans la mesure où nous n'avons pas été réhabilités, notre libération n'a qu'un impact limité. Je fais toujours l'objet de ce qu'ils appellent une 'surveillance préventive'. Si je reçois au cours de l'année à venir trois avertissements pour avoir participé à une manifestation, par exemple, cette surveillance sera accentuée et transmuée en résidence surveillée. Je peux très rapidement me retrouver derrière les barreaux. A l'heure qu'il est, j'ai déjà reçu deux avertissements pour avoir manifesté en faveur du boycott des élections", explique Nikolai Statkevitch.

Les dernières élections présidentielles de décembre 2010 se sont terminées par un démantèlement brutal du mouvement d'opposition, encore aujourd'hui lourd de conséquence. Depuis des années, on ne signale en République du Bélarus ni activités d'opposition notables, ni manifestations d'envergure. De nombreux opposants au régime vivent en exil. C'est le cas d'Andreï Sannikov, l'adversaire de Loukachenko aux élections de 2010. L'absence de procès politiques retentissants au cours de ces dernières années ne signifie pas une avancée des droits de l'Homme, mais plutôt le fait que l'opposition est à terre. C'est la peur qui règne, et la résignation. Rien n'a changé : tout ce qui est perçu par Lukachenko comme une possibilité de menace politique est étouffé dans l’œuf.

 

Infographie Biélorussie

 

Graphique : Thierry Millotte