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Les dix chantiers du président Macron

Pays : France

Tags : Emmanuel Macron, élection présidentielle, réforme

Pas de temps à perdre pour Emmanuel Macron. Lutte contre le terrorisme, redressement de l’économie ou moralisation de la vie publique : de vastes chantiers attendent le nouveau Président. Moins de trois mois après son élection à la tête de l’Etat, certains projets sont déjà sur les rails, d’autres en revanche ont été ajoutés ou retirés dans des domaines que le candidat avait pourtant promis de sanctuariser. Comment expliquer ces choix parfois taxés de renoncements par l’opposition et les associations ? Avec l’aide de deux experts, ARTE Info dresse l’état des lieux des dix grands chantiers qui attendent Emmanuel Macron à la rentrée.

La réforme du travail

La loi travail en débat

Il l'avait promis durant la campagne présidentielle : Emmanuel Macron compte réformer le code du travail en allant encore plus loin que la loi de Myriam El Khomri. Le texte a été adopté par l'Assemblée nationale le 21 juin 2017 grâce à l'article 49-3. Objectif : augmenter la compétitivité des entreprises en leur accordant plus de souplesse. Au programme : dérégulation des CDD dont la gestion serait confiée aux branches professionnelles, fusion des représentants du personnel, plafond obligatoire des indemnités en cas de licenciement abusif ou encore primauté des accords d'entreprises sur les conventions de branches.

Le gouvernement a choisi d’accélérer la procédure en faisant passer le projet de loi par ordonnance avant le 20 septembre. Mais la mesure est d'emblée critiquée par les syndicats qui appellent les salariés à manifester dès la rentrée. “Quoi qu’il fasse, Emmanuel Macron aura droit à des contestations, prévient Bruno Cautrès, chercheur CNRS au Cevipof : s’il engage trop de réformes, il risque de froisser les syndicats attachés à défendre des droits durement acquis. A l’inverse s’il recule, il risque de décevoir les patrons qui demandent depuis longtemps une remise à plat des conditions d’emploi”. Le projet de réforme est en effet souhaité par de nombreux dirigeants d’entreprises ainsi que par Bruxelles qui avait déjà félicité l’ancien gouvernement pour la loi Travail.

 

La moralisation de la vie publique

C’est le premier chantier législatif de son mandat. La réforme est apparue indispensable à l’ensemble des candidats pendant la campagne présidentielle, suite à l’emploi fictif de Pénéloppe Fillon et au scandale des assistants parlementaires. Le gouvernement veut ainsi favoriser la transparence et encadrer le financement des partis politiques. Le projet, baptisé “pour la confiance dans notre vie démocratique” a déjà été présenté devant le Conseil des ministres le 14 juin. Il comprend une loi en cours d’adoption par le Parlement, ainsi qu’une révision constitutionnelle prévue pour la rentrée. “Cette réforme correspond à un réel effort du gouvernement pour changer l’image de la politique en France, reconnaît Marc Abélès, anthropologue et chercheur au CNRS. Mais avec cette promesse, il risque d'en décevoir plus d'un car obtenir un niveau de transparence absolue semble quasi impossible”. Si certaines mesures sont accueillies positivement par les députés, d’autres en revanche ont fait grincer des dents, comme l’interdiction des emplois familiaux pour les ministres ou la fin des bonus de salaire, remplacés par des notes de frais soumises à des justificatifs.

 

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des bénéficiaires des APL vit sous le seuil de pauvreté.

Le Monde - 26/07/2017

Les aides au logement

Construire 30 000 nouveaux logements sociaux pour les jeunes, rénover un million d’appartements mal isolés, faciliter la construction immobilière dans les zones tendues ou encore encadrer les loyers : le programme d’En marche est ambitieux. Pour le moment, aucune mesure concrète n’a été lancée mais l’ambiance s’annonce tendue dès la rentrée. Car dès le 1er octobre, les aides au logement baisseront de cinq euros par mois et par ménage, afin de renflouer les caisses de l’Etat en lui permettant d’économiser 390 millions d’euros annuels. La décision rendue publique samedi 22 juillet a provoqué un tollé parmi les organisations étudiantes et les responsables politiques et associatifs, qui soulignent qu’un tiers des bénéficiaires des APL vit sous le seuil de pauvreté.

Pour beaucoup, cette mesure est paradoxale analyse Bruno Cautrès. Elle laisse penser que la France est dans un état grave au point de raboter les aides des plus pauvres. Or à l’inverse, le gouvernement veut réformer l’Impôt sur la fortune et supprimer la taxe d’habitation pour 80% des ménages. Cela semble incohérent.” Or ce n’est pas la première fois que le gouvernement rabote les aides. Matignon se défend d’ailleurs en soulignant que la baisse a été actée pendant le mandat de François Hollande, ce que l’ancienne ministre du Logement Emmanuelle Cosse dément fermement. Pendant la campagne, Emmanuel Macron avait déjà annoncé la couleur en évoquant des coupes budgétaires dans les services publics, domaine où selon lui “la France dépense plus que ses voisins sans pour autant améliorer la qualité”.

 

L'efficacité de la loi anti-terroriste

Le renforcement de la sécurité

C’est le premier bras de fer d’Emmanuel Macron depuis sa victoire. Pendant la campagne, le candidat avait fait du pied à l’armée en assurant  qu’il consacrerait 2 % du PIB à la défense d’ici à 2025. L’objectif est maintenu, mais l’annonce surprise d’une coupe de 850 millions d’euros au budget militaire a poussé le chef d’état-major à démissionner. Également annoncée pendant la campagne, la création d'une “task force” placée sous l’autorité du président : le nouveau centre national de lutte contre le terrorisme sera doté d'une vingtaine de spécialistes dirigés par le préfet. Enfin, le gouvernement a présenté un projet de loi antiterroriste qui a aussitôt levé une armée de boucliers auprès des défenseurs de libertés. Validé par le Conseil d’Etat, il doit remplacer l'état d'urgence, prolongé jusqu’en novembre. Objectif : inclure une partie du dispositif provisoire dans la loi ordinaire, avec des mesures à peine allégées. Par exemple, l’assignation à résidence sera maintenue mais la durée sera ramenée de 12 à 3 mois renouvelables. Les perquisitions sont également maintenues mais elles seront ordonnées par le juge et non plus par le procureur de la République.

La parité

C’est la première promesse tenue parmi les 394 mesures évaluées par le Macronomètre : le gouvernement formé en mai 2017 par Edouard Philippe respecte le principe de parité, avec actuellement six hommes et six femmes à la tête des ministères. Le défi avait déjà été remporté par François Hollande en 2012. Mais contrairement à ce qu’il avait annoncé, le nouveau gouvernement ne consacre aucun ministère plein et entier aux droits des femmes, mais seulement un secrétariat d'Etat, rattaché au Premier ministre. Après s'être rapproché des associations féministes pendant sa campagne, Emmanuel Macron reprend donc ses distances. Le budget consacré à la parité sera revu à la baisse, avec une diminution de 25 %. Ces coupes concerneront essentiellement les "frais de fonctionnement interne" a précisé le gouvernement mais l’annonce inquiète les associations de défense contre les violences faites aux femmes, qui soulignent que l’actuel budget consacré aux femmes est déjà dérisoire.

L'avenir vert de Nicolas Hulot

Le développement durable

J'aurai un plan d'investissement dont l'un des piliers sera l'écologie” avait affirmé le candidat pendant la campagne. Son programme liste six objectifs ambitieux, comme sortir des énergies fossiles, faire du recyclage un nouveau modèle économique et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Aucune de ces mesures n’a encore été adoptée mais certaines sont déjà en marche grâce à Nicolas Hulot. Pour Bruno Cautrès, le ministre de la Transition écologique “compte sur sa notoriété pour impulser des changements”. Le 6 juillet, il a ainsi annoncé la fin de la vente des véhicules essence et diesel d'ici 2040. “Mais cet engouement crée des attentes fortes auprès des électeurs qui pourraient se retourner contre lui si aucun accord n’aboutit d’ici un an”. En attendant, Emmanuel Macron s’affirme sur la scène internationale comme le défenseur de la cause écologique. A Hambourg pour le G20, il a défendu un "pacte mondial pour l'environnement" destiné à servir de pilier à un futur droit international.

L’enseignement

C’est dans ce domaine que le gouvernement a émis les annonces les plus concrètes”, souligne Bruno Cautrès. La rentrée approchant à grands pas, l'exécutif accélère le rythme. Outre la décision du ministre de l'Education de revenir à moitié sur la semaine des quatre jours, environ deux mille classes de CP classées prioritaires devraient effectuer la prochaine année scolaire avec des effectifs de douze élèves maximum. Pour cela, le gouvernement s'est engagé à débloquer un budget de 150 millions d'euros pour aider les communes à s’organiser plus rapidement et à fournir 6 000 postes d'enseignants supplémentaires. Mais le gouvernement a aussi soulevé la colère des universités en annonçant un plan sévère d’économies de 331 millions d’euros pour la recherche, un domaine “pourtant sacré en France” selon le chercheur, qui voit “une grave erreur” de la part de Bercy.

L'UE encadre les perturbateurs endocriniens

La santé

Vaccins obligatoires et paquets de cigarettes à 10 euros. Là encore, le gouvernement frappe fort. Le prix des paquets de tabac augmentera de 40%en 2018 a annoncé Agnès Buzyn, confirmant une promesse de campagne d’En marche. La ministre de la Santé a également annoncé que les onze vaccins pour la petite enfance actuellement recommandés deviendront obligatoires dès l’an prochain. La mesure fait polémique. Elle a provoqué de vives réactions sur les réseaux sociaux. Les opposants et défenseurs des libertés individuelles estiment être au pied du mur. Autre promesse phare d’Emmanuel Macron : le combat contre les perturbateurs endocriniens semble aussi perdu d’avance. Le 4 juillet, Paris s’est incliné devant la Commission européenne et son projet controversé de définition réglementaire de ces substances chimiques.

Les finances publiques

Atteindre l’équilibre budgétaire est l’éternelle obsession des chefs d’Etat en France” commente Marc Abélès. Emmanuel Macron ne déroge pas à la règle. Edouard Philippe a rappelé ce que le Président avait déjà martelé pendant la campagne : des mesures d'économies seront prises d’ici la fin de l’année pour contenir le déficit public de la France à 3% du PIB. Pour cela, Emmanuel Macron veut par exemple réduire d’un tiers le nombre de parlementaires. Le ministre des comptes publics, Gérald Darmanin, enfonce le clou en ajoutant que les collectivités locales devront réaliser treize milliards d’euros d’économies d’ici à la fin du quinquennat. “Ce tour de vis est donné dans tous les domaines, relève Bruno Cautrès. Il obéit à la nécessité de satisfaire les critères européens de déficit public. Mais cela fait vingt ans que la France est en crise et que l’éternel slogan “on ne peut plus continuer comme ça” est martelé par les dirigeants.”

Macron l'Européen

Cap sur l’Europe

C’était le point fort de la campagne d’Emmanuel Macron, qui s’affichait ouvertement comme le plus européen des candidats" rappelle Marc Abélès. Or pour le moment, le Président multiplie les rencontres internationales médiatisées mais peu de changements sont encore actés”. Et pour cause : la machine européenne est lourde à mettre en marche. Lors de son premier sommet européen le 22 juin, Emmanuel Macron a rappelé les éléments-clés de son programme. Il veut ainsi renforcer les cinq piliers de la souveraineté européenne, à savoir selon lui l’unité, la sécurité, la défense, la croissance, le développement durable et le numérique.

Concrètement, le Président défend la création d’une armée européenne, la mise en place d’un ministère européen de l’Economie, l’attribution d’un budget spécial pour l’eurozone et l’émission d’eurobonds, obligations permettant aux Etats membres d’emprunter selon un même taux commun. Mais la relance de l’Europe passe avant tout par celle du couple franco-allemand. "Pour l’instant, la relation est en suspens, note Bruno Cautrès. La France attend que les élections en Allemagne soient passées et les Allemands attendent que les paroles d’Emmanuel Macron soient suivies par des actes." Car pendant la campagne, l’Allemagne s'est montrée bienveillante envers le nouveau Président. Mais dès la première rencontre à Berlin, la chancelière allemande a mis en garde : “les lunes de miel c’est bien, mais ça finit souvent mal quand il n’y a pas d’actes qui suivent.”

Dernière màj le 26 septembre 2017