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Les corridas en survie

Pays : Espagne

Tags : corrida, animaux, Podemos

Arrivée au pouvoir dans plusieurs villes d’Espagne au printemps 2015, la gauche radicale entend mettre un terme à un spectacle « sauvage ».

 

« Anachronique » et « sauvage ». Voilà comment, en Espagne, la gauche radicale qualifie la tauromachie. Arrivés au pouvoir dans de nombreuses municipalités du pays lors des dernières élections municipales du 24 mai 2015, Podemos et ses partis alliés ont pour ambition de mettre à mort la corrida, cette tradition populaire espagnole qu’ils ont décidé de ne plus subventionner. Ces plates-formes citoyennes, toutes issues du mouvement des « indignés », dénoncent notamment les mauvais traitements et les tortures subis dans l’arène par les animaux. Pour certains observateurs, note le journal Le Monde, à quelques mois des élections législatives, prévues avant fin 2015, la tauromachie est surtout devenue un instrument politique contre les conservateurs du Parti populaire au pouvoir.

A Palma de Majorque, au cours de l’été 2015, Som Palma – une coalition proche du parti anti-austérité Podemos – a ainsi déclaré la ville « anti-taurine » grâce à l’appui des socialistes et des indépendantistes. La municipalité ne financera plus de spectacle de taureaux et ne leur cédera plus d’espaces publics. La plate-forme Mallorca sin sangre (« Majorque sans sang ») a déjà recueilli 131 000 signatures pour interdire la pratique dans toutes les îles de l’archipel des Baléares. Elle dénonce « l’atrocité » d’un « spectacle cruel qui remplit de honte la majorité des citoyens ». De leur côté, le lobby taurin et les passionnés de tauromachie sont abasourdis par l’estocade portée à ce qu’ils considèrent comme un symbole de la culture espagnole. « Il y a des gens tellement tarés qu’ils font un lien entre la tauromachie et le franquisme, s’emporte même Tolo Payeras, un journaliste spécialisé. Aujourd’hui en Espagne, dire que tu aimes la tauromachie, c’est dire que tu es facho. »

1 868 corridas en 2014

Comme le rappelle le quotidien Le Monde, les Espagnols ont des avis partagés sur la tauromachie. Le dernier sondage sur la question, en date de 2010, indique qu’elle n’agite pas vraiment les consciences. Selon l’Institut Metroscopia, si 60 % des Espagnols affirmaient ne pas aimer les corridas, 52 % se déclaraient tout de même favorables à leur maintien. Le secteur taurin, très touché par la crise, commence à refaire surface mais il n’est pas sûr qu’il puisse survivre sans les subventions régionales. D’après les statistiques du ministère de la Culture espagnol, 1 868 corridas ont eu lieu en 2014, un peu plus que l’année précédente mais presque 25 % de moins qu’en 2010.

En France, le 1er juin 2015, la corrida a officiellement été radiée de la liste des « folklores » pouvant prétendre à être inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Une victoire pour les associations de défense des animaux et pour le Comité radicalement anti-corrida (CRAC) qui, en 2011, avait lancé une action en justice contre cette démarche, évoquant « les sévices graves et les actes de cruauté envers les animaux ». « La décision d’inscription de la corrida à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel de la France doit être considérée comme ayant été abrogée », a ainsi précisé dans son arrêt la Cour administrative d’appel de Paris.

 

Dernière màj le 13 janvier 2017