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"Les annonces d’Obama, une goutte d’eau dans l’océan"

Pays : États-Unis

Tags : Obama, pollution, cop21

Barack Obama a annoncé ce lundi 3 août un plan climat très attendu pour faire diminuer les émissions de gaz à effet de serre de son pays, le deuxième plus gros pollueur de la planète. Ce plan vise à forcer les centrales électriques américaines à diminuer de 32% leurs émissions de CO2 d'ici à 2030, par rapport au niveau de 2005. Soit deux points de plus que ce qui avait été annoncé précédemment, une annonce qui a comme prévu suscité autant d'encouragements que de critiques. L'Union européenne l'a félicité de ses efforts, à quatre mois de la grande conférence mondiale sur le climat, la COP 21 de Paris. En revanche, les républicains, qui dominent le Congrès américain ont estimé que ces objectifs étaient bien trop contraignants. 37% de l'électricité américaine est produite par des centrales à charbon, particulièrement polluantes, mais qui fournissent aussi beaucoup d'emplois.

Le discours de Barack Obama :

 

 

Célia Gautier

Célia Gautier

 

Que pensent les écologistes de ces annonces ? ARTE Info a interviewé Célia Gautier du Réseau Action climat. Pour elle, jamais un président américain n'avait autant pris les devants que Barack Obama mais elle déplore que ces mesures ne concernent que les centrales électriques alors d'autres secteurs, comme les transports et l'agriculture, sont également très polluants.

 

Quand on met en perspective les annonces d’Obama avec l’urgence climatique, cela reste une goutte d’eau dans l’océan.

Célia Gautier

ARTE Info : Les annonces faites par Barack Obama sont-elles vraiment ambitieuses ?   

Célia Gautier : C’est sans doute la mesure la plus ambitieuse qui n’ait jamais été prise aux Etats-Unis sur la baisse des gaz à effet de serre. Mais quand on met cela en perspective avec l’urgence climatique, cela reste une goutte d’eau dans l’océan et la responsabilité des Etats-Unis dépasse largement l’effort qu’il concède de faire aujourd’hui. Ce plan ne concerne d’ailleurs que la production d’électricité, notamment à cause des centrales à charbon, mais aux Etats-Unis, il y a d’autres secteurs très polluants : le transport aérien, le bâtiment, l’agriculture, etc… Donc ça devrait faire l’objet de mesures plus larges : ce plan ne concerne que 30% de la pollution rejetée par les Etats-Unis. Ce qui est intéressant c’est qu’Obama utilise ses propres pouvoirs exécutifs et ceux de l’agence fédérale de l’environnement au maximum pour avancer sur la question de la lutte contre le changement climatique, sans attendre l’aval de ses parlementaires. Le Congrès est majoritairement contre lui, il est dominé par des républicains, des climato-sceptiques fermement opposés à toute politique de réduction des gaz à effet de serre. Donc il utilise les pouvoirs dont il dispose pour avancer. En ça on peut dire que c’est une action qui peut avoir du sens quatre mois avant la Conférence de Paris sur le climat. Cela montre que l’administration Obama veut jouer le jeu international avant la COP21.

 

En cas d’alternance politique, on peut avoir des inquiétudes.

Célia Gautier

Comment s’assurer que ces annonces seront effectivement appliquées et que ce ne sont pas que de belles promesses ?  

Célia Gautier : Au niveau de l’agence fédérale de l’environnement, il y a des contrôles qui sont exercés. Donc là, elle va demander à chaque Etat américain – sauf deux – de lui fournir un plan sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans la production d’électricité. Si les Etats ne lui fournissent pas ce plan, elle va les forcer à le faire, elle contrôlera les émissions des centrales. Là où on peut avoir des inquiétudes, c’est en cas d’alternance politique. La Maison Blanche semble relativement confiante dans le fait qu’il est applicable mais évidemment s’il y a une alternance, le politique pourrait laisser plus de flexibilité aux Etats, en particulier si la prochaine administration est républicaine. Et puis certains Etats ont aussi annoncé qu’ils allaient déposer des recours en justice face à ce plan qu’ils estiment trop contraignant.   

 

​On a peu de certitudes sur l’efficacité, l’équité et l’ambition de cet accord.

Célia Gautier

Vous sentez-vous optimiste à l’approche de la COP21 ?

Célia Gautier : On peut s’attendre à ce qu’il y ait un accord, que les 196 pays qui seront réunis à Paris le signent. Mais là où on a moins de certitude, c’est sur l’efficacité, l’équité et l’ambition de cet accord. Est-ce qu’il permettra vraiment de placer la planète sur une trajectoire qui limite le réchauffement en deçà de deux degrés, seuil au-delà duquel on estime que le changement climatique sera trop dangereux ? C’est bien moins sûr. Il y a tout un tas de sujets sur lesquels les pays doivent avancer avant la COP21 et il leur reste peu de jours de négociations pour le faire. La prochaine session de négociations, c’est fin août, début septembre. La question des engagements financiers pour aider les pays en développement à effectuer leur transition énergétique, à ne pas suivre le même chemin de pollution que les pays industrialisés, c’est une question clé qui pourra faire ou défaire l’accord de Paris et sur laquelle les Etats n’ont pas du tout avancé pour l’instant. Et il y a d’autres sujets, notamment celui des énergies fossiles : est-ce que l’accord de Paris va dire qu’on entre dans l’ère des énergies renouvelables, de systèmes énergétiques plus économes, plus sobres en émissions de gaz à effet de serre ?  Ça, il faut que ce soit dit clairement dans l’accord. 

 

>> Le site officiel du plan Climate Change de la Maison-Blanche

Dernière màj le 8 décembre 2016