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La droite dure en tête des législatives slovènes

Pays : Slovénie

Tags : élections législatives, Slovénie, union européenne, migrants

Hostile aux réfugiés et proche du Premier ministre hongrois Viktor Orbán : tel est le profil de Janez Janša, arrivé dimanche en tête des législatives en Slovénie, avec 25% des voix (après décompte de plus de 99% des bulletins de vote). Il n'est pas sûr qu'il parvienne à former un gouvernement. L'indépendant anti-establishment Marjan Sarec arrive deuxième, avec 12,6% des suffrages, suivi par le parti de centre-gauche du chef du gouvernement sortant, Miror Cerar (9,7% des voix). Pour le chercheur slovène Tomaž Deželan, quelle que soit la nouvelle coalition au pouvoir, "le prochain mandat est une menace pour la stabilité politique de la Slovénie". Il décrypte pour ARTE Info les enjeux de ces élections.

Un candidat de la droite dure en tête dans les sondages

Le SDS est à la fois l’élément le plus stable du système politique slovène et la principale cause de son instabilité"

Tomaž Deželan, professeur au département de sciences sociales de l’université de Ljubljana

Le Parti démocrate est dirigé par Janez Janša, qui a déjà occupé le poste de Premier ministre à deux reprises, de 2004 à 2008 et de 2012 à 2013. L’homme politique, ancienne figure dominante de la droite slovène, a été évincé des dernières élections législatives en raison de sa condamnation en 2013 à deux ans de prison ferme pour corruption.

Le SDS existe depuis 26 ans et affiche une ligne politique nationaliste et conservatrice claire. Il possède un électorat relativement constant, ayant obtenu au moins 20% des voix lors des trois dernières élections législatives. Selon Tomaž Deželan, professeur au département de sciences sociales de l’université de Ljubljana et titulaire de la chaire Jean Monnet,  "le SDS est à la fois l’élément le plus stable du système politique slovène et la principale cause de son instabilité".

 

 

Un proche du dirigeant autoritaire Viktor Orbán

Le candidat s’appuie sur le soutien du dirigeant hongrois Viktor Orbán, qui encourage notamment sa politique contre les réfugiés. Au mois de mai 2017, Orbán avait assisté au congrès du SDS, invité par son dirigeant Janez Janša. Dans son discours tenu dans le district de Prekmurje, il a mis en garde la Slovénie contre l'immigration et a assuré le candidat de la droite de son soutien pour les élections de juin 2018.

Trois groupes médiatiques proches du parti du dirigeant hongrois, le Fidesz, sont également devenus actionnaires de la chaine de télévision du parti de Janša, Nova24TV. Ils ont investi 800 000 euros dans la chaîne, connue pour ses productions remettant en cause les droits des femmes ou l’Holocauste, et très critique envers l’Islam. Dans un article du 29 mai publié sur le site de la chaîne télévisée et intitulé "Les migrants n’ont pas peur des policiers", le média de droite slovène, affilié au parti de Janša, affirmait que "la Slovénie devient une Mecque pour les migrants musulmans".

 

La question migratoire au cœur de l’élection

La question migratoire est devenue centrale dans le débat public slovène, notamment depuis 2015, lorsque le pays a demandé l’aide de l’UE pour gérer les 12 500 migrants ayant franchi ses frontières en l’espace de vingt-quatre heures. Après la fermeture de la route des Balkans en 2016, les réfugiés ont commencé à prendre une autre voie passant par l’Albanie, le Monténégro, la Bosnie et la Croatie pour rejoindre l’espace Schengen en Slovénie.

 

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© Mickaël Cuchard

 

Le petit pays de deux millions d’habitants a su gérer près de 500 000 migrants, qui ont transité par son territoire entre 2015 et 2016, selon un rapport du Conseil de l’Europe. Aujourd’hui, ils ne seraient plus qu’un millier de réfugiés et de demandeurs d’asile à vivre dans le pays. Le secrétaire d’Etat à la coordination des réfugiés, Boštjan Šefic, se voulait rassurant en mars 2016, affirmant que "la situation en Slovénie est normale, stable et [qu']il n’y a rien d’inhabituel". Selon M. Deželan, "les Slovènes sont historiquement accueillants envers les réfugiés. C’est le discours politique qui radicalise et instrumentalise cette question".

Jeudi dernier, une manifestation contre les discours de haine et leur utilisation politique a rassemblé trois à quatre mille personnes à Ljubljana. Filip Dobranić, cofondateur du groupe "Aujourd’hui est un autre jour", qui a participé à l’événement, explique qu’ils luttent "contre un futur qui autoriserait quelqu’un à arriver au pouvoir par le seul biais de la haine".

Janez Janša refuse d’appliquer le droit d’asile et souhaite renvoyer les migrants dans leur pays d’origine. L'arrivé au poste de Premier ministre d’un candidat opposé à l’accueil des réfugiés, soutenu par l'ultra-conservateur Victor Orbán, pourrait changer la politique d’asile actuellement appliquée en Slovénie et attiser le débat migratoire au niveau européen.

 

Un candidat anti-élites en deuxième place dans les sondages

L’ancien comédien et maire d’une petite ville Marjan Sarec, novice en politique, a fondé son parti, la "Liste Marjan Sarec" (LMS, centre gauche) en mai 2014. Le candidat anti-élites s’est fait connaître en se qualifiant au second tour de l’élection présidentielle en 2017. Il affirme que "la Slovénie est à genoux" et souhaite donner une chance à la nouvelle génération pour la redresser. Son programme politique, relativement flou, est axé sur le renouveau de la classe politique, la lutte contre la corruption et une grande réforme du système politique et électoral.

Le candidat anti-establishment est critiqué pour n’avoir pas de candidats suffisamment qualifiés derrière lui. "Les candidats issus de la Liste Marjan dans chaque circonscription slovène sont inconnus de la population, ce qui pourrait jouer en défaveur du candidat Marjan Sarec", analyse Tomaž Deželan. Selon lui, M. Sarec représente "une menace pour la stabilité de la Slovénie".

En troisième position viennent les sociaux-démocrates (SD) de Dejan Zidan, qui faisaient déjà partie de la coalition sortante. Leur programme "Slovénie confiante 2018-2026" est centré sur la réduction des inégalités et le renforcement de la classe moyenne. Ils ont également pour objectif d’améliorer le système de santé slovène, très critiqué par la population.

 

L’aménagement du port de Koper, un enjeu de la campagne

Sous le mandat du Premier ministre sortant Miro Cerar, l’état économique de la Slovénie s’est globalement amélioré. En 2017, le pays a enregistré une croissance de 5% de son PIB. Son solde budgétaire est excédentaire pour la première fois depuis l’indépendance du pays en 1991, les recettes dépassant les dépenses de l’Etat, pour atteindre 0,03% en 2017. La même année, le taux de chômage slovène est le plus bas depuis 2009, s’élevant à 6,4% de la population active.

Cette stabilité économique pourrait bien être remise en cause par l’important projet d’aménagement du port de Koper. Ce chantier à un milliard d’euros avait pour but de construire une deuxième ligne de chemin de fer. L’objectif : désengorger le port et augmenter son flux commercial. Le port de Koper est le plus gros terminal de containers de l’Adriatique. En 2017, il a dégagé près de 200 millions d’euros de bénéfices, selon le responsable presse du port, Sebastjan Šik. L’avenir du projet pourrait peser lourd sur l’économie de l’ancien pays yougoslave.

 

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© Mickaël Cuchard

 

En septembre 2017, la population slovène a donné son assentiment à ce projet par référendum à 53,47%. Mais les résultats ont été invalidés en raison du financement par des fonds publics de la campagne pour le "oui" de M. Cerar, rendant le vote illégitime aux yeux de la Cour constitutionnelle. L’ancien Premier ministre a démissionné suite à cet événement, ouvrant la voie à des élections législatives anticipées, après la dissolution de l’Assemblée par le président Borut Pahor en avril dernier.

La droite de Janez Janša avance le coût élevé de la construction. Elle déclare que "ce projet est un gouffre pour le contribuable, qui s'endetterait pour les quarante-cinq prochaines années". Pour le chercheur Tomaž Deželan, les gains économiques de ce projet, qui augmenterait la capacité commerciale du port, sont indéniables pour la Slovénie. Il permettrait notamment de lutter contre la concurrence des ports italien de Trieste et croate de Rijeka. La gauche slovène s’oppose quant à elle à l’aide de cent millions d’euros proposée par la Hongrie d’Orbán pour financer la deuxième voie ferrée. Elle est favorable au projet, mais souhaite qu’il soit mené par la Slovénie elle-même.

Dernière màj le 4 juin 2018