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L'écrivain Gabriel Garcia Marquez est mort

Pays : Colombie

Tags : Gabriel Garcia Marquez, Marquez, Colombie, Littérature

Le Colombien Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de littérature 1982, l'une des figures majeures de la littérature mondiale, est mort à 87 ans à son domicile de Mexico jeudi 17 avril. Son œuvre phare, "Cent ans de solitude", a été traduite dans toutes les langues ou presque, et vendue à quelque 50 millions d'exemplaires.


Gabo le magnifique
 

La vie de Gabriel Garcia Marquez est finalement celle d’un homme qui a fait ce qu’il a voulu. Un aventurier, un flambeur ; un héros quelque part. Et ce quelque part commence au nord de la Colombie, au bord de l’Atlantique à Aracataca. Une douceur et une enfance tropicale "au milieu de nulle part" sous l’aile protectrice de ses grands-parents. C’est justement ce grand-père qui va lui apprendre que ce sont les rêves qui gouvernent le monde. C’est de ce mentor, trop tôt disparu, que lui viennent le goût d’écrire, l’envie de raconter. "Après sa mort, rien d’important ne m’est arrivé dans la vie" dira t-il.

Cent ans de solitude et de tristesse pour la mort du plus grand Colombien de tous les temps

Le président colombien, Juan Manuel Santos, sur son compte twitter - 17/04/2014

 


Son adolescence est solitaire, il étudie chez les jésuites, entre Carthagène et Bogota. Puis il renonce au droit, préférant bourlinguer et se lancer dans le journalisme, parce qu’il faut écrire, parce qu’il veut écrire. En 1954, Gabriel Garcia Marquez publie son premier roman "Des feuilles dans la bourrasque". Il ne se vendra qu’à quelques centaines d’exemplaires. Les poches vides, l'écrivain s’embarque pour l’Europe, en quête de reportages pour El Espectador. Rome puis Paris, l’expérience de la misère aussi. En 58, quand il rentre en Amérique, il passe par le Mexique, mais en Colombie, une femme l’attend. La belle Mercedes rêve de ses moustaches de révolutionnaire à la Zapata. Il l’épouse, l’aimera toujours mais continue à rêver de littérature et d’aventures. 
 

Au tournant des années 60, son style se façonne : le fameux réalisme magique, qui allie un sens précis de la narration et de la description à une atmosphère fantastique. Citons "Pas de lettre pour le colonel", "Les Funérailles de la Grande Mémé".
 

Arrive alors la révolution cubaine, Gabriel Garcia Marquez, à peine débarqué à la Havane, forge son amitié avec Castro. Sans doute cette rencontre lui permet-elle aussi d’affiner sa vision du pouvoir. Une énigme et une misère. 
 

Cent ans de solitude est le meilleur roman en langue espagnol écrit depuis Don Quichotte.

Pablo Neruda

Le mythe Garcia Marquez est en train de naître. Il ne manque que le roman qui achèvera définitivement la statue de Gabo, et conséquemment la légende. Avec sa femme, sans argent, il s’installe au Mexique. Il s’enferme avec sa petite Olivetti. Un an plus tard, et 30 000 mégots plus loin, il achève ce qui pour beaucoup sera le sommet de son art : "Cent ans de solitude". 
"Bien des années plus tard, face au peloton d’exécution…", c’est ainsi que commence cette fresque qui va faire exulter l’Amérique latine. L’histoire du colonel Buendia, mais aussi de toute sa famille, depuis la fondation de Macondo, village imaginaire, jusqu’au suicide du dernier des Buendia, une centaine d’années plus tard. 
 

Au-delà du roman, c’est toute la littérature sud-américaine qui en sera bouleversée et qui profitera de cette aventure. Que ce soit Carlos Fuentes ou Mario Vargas Llosa, tous profiteront du "boom" Gabo. 
 

Et après ? La gloire, la fortune… les années 70… Beaucoup ne retrouvent pas "le vrai Gabo, disparu à jamais sous le poids de sa célébrité" selon son biographe Gerald Martin. Pourtant, même si la consécration lui fait rencontrer les puissants, l’oblige à intervenir et à faire vibrer l’anti-impérialisme américain. Même s’il se décrit comme un communiste qui ne sait pas où s’asseoir, il entretient son amitié avec Castro (Pour Vargas Llosa, il deviendra le laquais de Cuba), il n’oublie pas encore la littérature. D’autres grands romans suivront, tout aussi fantastiques et merveilleux. "L’Automne du patriarche", "Chronique d’une mort annoncée" ou "L’Amour aux temps du choléra"… 
 

Et puis le titre suprême : le prix Nobel en 1982
 

A Mexico, quand il apprend la nouvelle, il s’écrie "Je suis baisé". La fin de sa carrière n’offrira pas le souffle des années passées. Rattrapé par l’amnésie et la maladie, il s’enferme à Mexico, écrit ses mémoires qu’il ne finira pas. Comme dans "Cent ans de solitude", "[...] on ne meurt pas quand on veut, mais seulement quand on peut". Peu importe, la réalité est là, aussi forte que la légende. Imprimons-la. 
 

Avec lui, la littérature latino-américaine est devenue universelle à travers ses légendes mais aussi à travers la réalité sombre de la condition humaine. "Il n’y a pas une seule ligne de mes livres que je ne puisse relier à une expérience réelle et au monde concret."
 

Gabo l’indomptable, Gabo l’écrivain,  Gabo le magnifique.

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016