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Le viol, une arme de guerre

Pays : Afghanistan, Bosnie-Herzégovine, République Centrafricaine, République démocratique du Congo, Sri Lanka

Tags : Sexuelle Gewalt, Vergewaltigung, Krieg, Kriegsverbrechen

Des délégations de plus de cent pays, des représentants gouvernementaux, des ONG, religieux, experts militaires et juridiques, associations humanitaires et membres de la société civile, tous sont réunis durant 4 jours à Londres, pour un sommet sans précédent sur les violences sexuelles pendant les conflits et l'utilisation du viol comme arme de guerre. Outre les échanges officiels, le sommet propose tout un programme ouvert au public avec des ateliers, des conférences, des expositions et du cinéma muet pour sensibiliser à un mal souvent dissimulé sous l'horreur de la guerre. 

 

Les chiffres sont accablants. Selon les Nations Unies, 36 femmes et filles sont violées chaque jour en RDC où on estime à plus de 200.000 le nombre de femmes ayant souffert de violences sexuelles depuis 1998. Entre 250.000 et 500.000 femmes ont été violées au cours du génocide du Rwanda de 1994. Plus de 60.000 lors du conflit en Sierra Leone. Et au moins 20.000 pendant le conflit en Bosnie au début des années 1990. Le détail avec notre map monde (source : ONU mars 2014). 

 

 

 

 

Entre mars et septembre 2013, la Commission afghane indépendante des droits de l’homme a signalé une augmentation de 25 % du nombre des atteintes aux droits des femmes et une progression du nombre de violences sexuelles et de mariages forcés. Elle a également signalé que les violences sexuelles commises contre des hommes et des garçons avaient augmenté et que des chefs militaires se livraient à l’exploitation sexuelle d’enfants de façon systématique. Ces actes sont le fait de responsables de la police et de l’armée, d’anciens "seigneurs de la guerre", de chefs tribaux et de groupes armés non étatiques. Enfin elle a relevé que dans les régions contrôlées par les Taliban, la violence sexuelle ou le meurtre servaient à dissuader les femmes et les filles de participer à la vie publique. 

 

Une délégation de l'ONU qui s'est rendue à Bangui en décembre 2013, a constaté que les violences sexuelles liées aux conflits avaient été la caractéristique principale des attaques menées entre mars et décembre 2013. Ces actes criminels, étaient dans un premier temps le fait d’éléments de l’ex-Séléka, présentés comme des règlements de compte. Des faits plus récents ont fait apparaître que les violences sexuelles avaient un caractère confessionnel : on a en effet signalé des cas de viols commis par des éléments des milices antibalaka ainsi que par l’ex-Séléka et d’autres groupes armés lors d’opérations de fouilles menées maison par maison. On parle d’enlèvements ou de mariages forcés, ainsi que de filles détenues dans des camps militaires pour y servir d’esclaves sexuelles et enfin se sont retrouvées enceintes.

 

En 2013, le Gouvernement de la République démocratique du Congo a 
enregistré 15 352 faits de violence sexuelle dans l’est du pays. La MONUSCO a confirmé après enquête 860 actes de violence sexuelle commis par les parties au  conflit. Parmi les cas confirmés par la MONUSCO, 71 % étaient imputables à des groupes armés non étatiques et 29 % aux forces de sécurité du pays, armée et police.

 
 

Bien que le recours généralisé et systématique aux violences sexuelles pendant la guerre soit reconnu, leurs victimes demeurent stigmatisées et nombre d’entre elles préfèrent se taire. La représentante spéciale de l'UNHCR s’est rendue en Bosnie-Herzégovine en juin 2013. Elle a constaté que de graves problèmes persistaient dans la fourniture de services et l’accès à la justice pour environ 20 000 personnes ayant subi des violences sexuelles pendant le conflit qui s’est déroulé entre 1992 et 1995. Quant aux poursuites des crimes de guerre au niveau national, sur environ 200 affaires traitées par l’État depuis la fin du conflit, seules 29 comportant des accusations de violence sexuelle ont à ce jour donné lieu à des condamnations.

 

Dans un récent rapport, l'ONU a noté la vulnérabilité persistante des unes et des autres dans les zones touchées par le conflit, notamment parce qu’elles demeurent militarisées. Ces problèmes sont restés d’actualité car, notamment dans les ménages à direction féminine, les femmes et les filles sont demeurées vulnérables aux harcèlements et aux agressions sexuels, notamment par les militaires. Toutefois, le Gouvernement indique que l’armée a sévi en pareils cas. 

>> Retrouvez ici des témoignages de victimes (en anglais). 

Dernière màj le 8 décembre 2016