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Le train de l’économie chinoise ralentit

Pays : Chine

Tags : Krach, bourse, Immobilier

La Chambre de commerce européenne en Chine a publié le 8 septembre un rapport aux conclusions lapidaires : l’âge d’or de la Chine est fini. "Les fruits de la croissance effrénée ont tous été cueillis" selon le président de la Chambre, Jörg Wuttke. Il faut dire que l’économie chinoise bat de l’aile et que cela ne date pas d’hier. Depuis 2009 déjà, les autorités chinoises ont soutenu la croissance grâce à des plans successifs destinés à favoriser l’immobilier, les transports et les infrastructures. Elles ont maintenu une croissance, qui a fait pâlir les pays européens, par la dette. Aujourd’hui, après le krach boursier du 12 juin, la Chine fait des pieds et des mains pour soutenir le yuan et la bourse. Pourquoi ce ralentissement de l’économie chinoise est-il inévitable et prévisible depuis des années ? Les réponses d'ARTE Info, avec l’aide du professeur Christian Dreger, directeur de recherches à l’Institut allemand de recherche économique à Berlin.

Au commencement était un krach

Le krach boursier du 12 juin n’est qu’un symptôme d’une économie déjà malade qui aurait cavalé trop vite. De mai 2014 à mi-juin, la bourse de Shanghai s’est envolée de 150 %. La faute au boursicotage des petits épargnants qui a atteint des sommets en Chine. Ce sont quasiment à eux seuls que la Chine doit cette envolée de la bourse de Shanghai sur un laps de temps aussi court. 

 

Cet engouement massif des petits investisseurs a été dopé par le gouvernement chinois. Son objectif ? Encourager très vivement les particuliers à investir en bourse, dans l’idée de capter l’épargne - il a donc facilité les démarches auprès de la Banque centrale. Mais ceci n’est que le début : si 80% du marché boursier est dominé par des particuliers, seul 2% des Chinois ont acheté des actions en bourse.

Le hic, c’est que bon nombre d’entre eux ont investi leurs bas de laine, voire plus, allant même jusqu’à s’endetter pour "jouer". Le krach du lundi noir a eu une conséquence immédiate : les petits épargnants ont vendu en masse leurs actions. Un vent de panique, dont les conséquences ne se font pas attendre, commence à souffler. On ne peut pas non plus parler de crise, mais plutôt de "correction boursière" : la bourse de Shanghai avait atteint un niveau anormalement élevé et on retourne "à la normale". Cette "correction" n’a d’ailleurs pas ruiné les plus riches, mais bien les petits investisseurs qui ont "joué" jusqu’à l’endettement. 

 

L’économie chinoise doit, à présent, donner aux consommateurs plus de poids dans la croissance du pays.

Professeur Christian Dreger

Le renouvellement de l’économie passe par une transformation de la société...

Ce krach boursier a mis en exergue une chose : la Chine doit trouver un nouveau modèle économique. Elle ne peut plus compter sur ce qui a fait sa puissance jusqu’à maintenant, le boom immobilier notamment. Pour le professeur Dreger, "l’économie chinoise doit, à présent, donner aux consommateurs plus de poids dans la croissance du pays". La Chine doit sa croissance phénoménale des dernières années à son fort excédent commercial provoqué par les exportations industrielles. Mais à l’avenir, "les investissements et les exportations seront proportionnellement moins importants et le taux de croissance plus faible". L’évolution de l’économie doit passer par "le consommateur chinois" et par une transformation de la société chinoise. 

Posons la question naïvement : pourquoi autant de Chinois ont-ils "préféré" jouer leur épargne au casino boursier, plutôt que de l’investir ? Ce n’est pas une question de préférence. Jusqu’à présent, la Chine n’avait aucun besoin de développer son marché intérieur. Aujourd’hui, cela devient un problème : le consommateur ne consomme pas et préfère épargner. Pourquoi ? Le professeur Dreger cite trois obstacles parmi d’autres "qui inhibent la propension à consommer".

- Premier obstacle : "La sécurité sociale. La plupart de la population a une couverture santé minime, notamment ceux qui migrent de la campagne vers la ville. Une fois malades, beaucoup de Chinois ne sont pas en mesure de payer les soins."

- Second obstacle : "La politique de l'enfant unique : les ménages prennent leurs précautions pour s’assurer une retraite. Donc, ils économisent."

- Troisième obstacle : "Les ménages n’ont pas accès au crédit. En Chine, le marché financier est dominé par les grandes banques qui sont sous contrôle de l'Etat."

L'innovation ne passera pas par des entreprises d’Etat, mais par des sociétés privées.

Professeur Christian Dreger

... mais aussi par une transformation du secteur privé

Le problème des crédits ne se limitent pas aux ménages, mais aussi aux entreprises privées. Ces dernières ne peuvent pas obtenir de crédits provenant des banques d’Etat, "qui ne prêtent qu’à des entreprises d’Etat. Si une start-up veut avoir un prêt en Chine, elle devra s’adresser aux banques de l’ombre [le shadow banking] et payer des taux d’intérêt exorbitants. Là-aussi, cette situation est un frein à l’investissement et à la création d’emplois"

Et le professeur Dreger va plus loin : la Chine devra à moyen et long termes se reposer de plus en plus sur le secteur privé pour booster l’innovation et être à l’avant-garde technologique. "Auparavant, la Chine n’hésitait pas à copier les technologies d’autres pays. Maintenant, qu’elle a rattrapé ce retard, elle est contrainte d’innover. Mais l’innovation ne passera pas par des entreprises d’Etat, mais par des sociétés privées." Et pour cela, "il faut développer le secteur tertiaire qui représente déjà en Chine 60% de l’économie et faciliter, voire encourager la création de sociétés privées".

Pour l’heure, "la Chine se contente de programmes de relance économique focalisés sur la construction d’infrastructures, de complexes immobiliers, d’aéroports, etc… Si elle continue sur cette voie, elle se ferme à toute idée de transformation".

Dernière màj le 8 décembre 2016