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Le Soudan du Sud à nouveau plongé dans la violence ?

Pays : Soudan Du Sud

Tags : ONU, guerre, Crise humanitaire

Le calme semble revenu -au moins temporairement- mardi à Djouba, la capitale du Soudan du Sud, après les violents combats de ce week-end. "Plus de trois cents morts" ont été tuées lors des affrontements entre l'armée et les ex-rebelles, selon le ministre de l'Information sud-soudanais. Samedi, date anniversaire des cinq ans de l'indépendance du Soudan du Sud, devait pourtant marquer un symbole fort dans ce jeune Etat. La conférence de presse des autorités sud-soudanaises donnée à cette occasion a d'ailleurs été interrompue par des coups de feu.

L'ONU aux aguets

Les affrontements entre les deux parties ont commencé jeudi après un accrochage entre des soldats loyaux au président Salva Kiir et des gardes du corps de l'ex-chef rebelle et actuel vice-président Riek Machar. Des tirs d'armes à feu ont été signalés dans plusieurs parties de la ville et certains habitants ont fait état d'explosions. Les deux hommes politiques ont appelé lundi à un cessez-le-feu, qui est pour l'instant respecté.

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Le conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni en urgence dimanche et a fait part de son indignation : un Casque bleu et des civils ont été touchés lors des affrontements. Il a également évoqué le renforcement de la mission de l'ONU au Soudan du Sud et l'organe de l'ONU a demandé aux pays de la région "de se préparer à fournir des troupes supplémentaires au cas où le Conseil le déciderait". Vendredi, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki Moon avait accusé le président sud-soudanais Salva Kiir et son vice-président Riek Machar d'être responsables de cette nouvelle flambée de violences. Selon l'organisation internationale, au moins trente-six mille personnes ont été déplacées par les combats depuis vendredi.

Un conflit sans fin ?

Le Soudan du Sud est devenu indépendant du Soudan en 2011, après un conflit long de plusieurs décennies. Les espoirs de paix et de prospérité semblaient permis, car le Soudan du Sud dispose d'importants gisements de pétrole et de vastes terres arables. Mais tout s'est arrêté en décembre 2013, lorsque le président Salva Kiir a accusé son vice-président Riek Machar de fomenter un coup d'état. Ce dernier a rallié une partie de l'armée à sa cause et a fui la capitale. Ces événements ont provoqué une terrible guerre civile, à l'origine de dizaines de milliers de morts et émaillée de multiples violations des droits humains. Les deux hommes sont issus de deux groupes différents, les Dinka et les Nuer, ce qui a donné un tour ethnique au conflit et provoqué le massacre de Sud-Soudanais sur la seule base de leur origine. Les belligérants se battent également pour contrôler le pétrole du pays.

 

Salva Kiir et Riek Machar ont signé un accord de paix fin août 2015, prévoyant un cessez-le-feu permanent –violé à de multiples reprises- et une meilleure représentation des rebelles dans le gouvernement et au sein des autorités sud-soudanaises. C'est dans ce cadre que les deux rivaux ont formé un gouvernement de transition fin avril et que Riek Machar est redevenu vice-président du Soudan du Sud. Le cessez-le-feu de lundi est-il un signe de bonne volonté face à la pression de la communauté internationale ? Sans doute. Mais chacun doit faire face à la ligne dure de son camp, dont certaines factions refusent tout accord ou concession à l'ennemi. Le moindre accrochage semble susceptible de mettre le feu aux poudres.

Une économie défaillante et une situation humanitaire catastrophique

De timides espoirs 

Malgré d'importants gisements de pétrole et d'immenses terres cultivables, l'économie sud-soudanaise ne parvient à se remettre de la guerre. Le pays est presque entièrement dépendant des importations. Des hausses de prix de la nourriture ont provoqué une terrible famine. L'ONU estime que 4,8 millions de Sud-Soudanais -contre 4,3 millions en avril- soit plus d'un tiers de la population, risquent de souffrir d'importantes pénuries alimentaires au cours des prochains mois. La guerre a également fait près de trois millions de déplacés.

 

Le Soudan du Sud va-t-il replonger dans la guerre civile, cinq ans après son indépendance et un an après l'accord de paix de l'été 2015 ? "Sans réformes économiques, la population va continuer à souffrir et le fragile processus de paix sera en péril", déplore Zlatko Gegic, responsable du Soudan du Sud pour l'ONG Oxfam. Après une visite dans le pays fin février, Ban Ki-Moon s'était indigné d'"un espoir trahi [...] par ceux qui ont placé le pouvoir et le profit au-dessus [des intérêts] de leur peuple" et avait dénoncé "les violations massives des droits de l'homme et une corruption monumentale".

Dernière màj le 12 juillet 2016