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L’UE prête à renoncer à une politique commune d’accueil des réfugiés

Pays : Union européenne

Tags : crise des migrants, Réfugiés, bruxelles, Russie

Le sommet entre les vingt-huit et la Turquie s’est terminé sans réelle avancée le 7 mars, après des discussions laborieuses à Bruxelles. L’Union européenne s’accorde un délai de dix jours pour finaliser un nouvel accord avec Ankara visant à stopper l’afflux de migrants vers l’Europe. L'arrivée en 2015 de 1,25 million de demandeurs d'asile, un record depuis 1945, menace en effet l’unité européenne : alors que les pays de l’Est se replient sur eux, la Grèce débordée par l’afflux des réfugiés est en proie à une crise humanitaire et la Turquie fait monter les enchères, consciente d’être le seul pays capable d’endiguer le flux de migrants transitant par son sol.

Schengen, ligne directrice de la feuille de route 

"Le temps de l'immigration irrégulière en Europe est révolu", s’est félicité le président du Conseil européen, Donald Tusk. La solution trouvée face au refus de plusieurs Etats membres de mettre en oeuvre la répartition de 160 000 réfugiés dans l'UE, décidée à Bruxelles en septembre dernier : appliquer à la lettre les règles de libre circulation dans l'espace Schengen, en ne laissant entrer en Grèce que les demandeurs d'asile, comme l'a averti l'ancien premier ministre polonais sur Twitter :

 

Appel à tous les migrants économiques illégaux : ne venez pas en Europe. "Ne croyez pas ce que disent les passeurs. Aucun pays européen ne sera un pays de transit."

 

 

Les vingt-huit se sont ainsi engagé à prendre en charge, par des voies légales et sûres, le même nombre de réfugiés syriens que les migrants économiques repris par la Turquie, un principe baptisé "un Syrien pour un Syrien". Un prochain sommet est prévu les 17 et 18 mars avec en ligne directive une réforme visant à centraliser les demandes d'asile au niveau de l'Union Européenne. Expéditive, la solution implique l’expulsion des migrants économiques vers la Turquie qui les renverra à son tour vers leur pays d'origine.

 

En direct de Berlin, l'ancienne commissaire européenne aux Droits de l’Homme Emma Bonino réagit aux négociations entre l'Union européenne et la Turquie sur la crise migratoire :

Emma Bonino réagit aux négociations entre l'Union européenne et la Turquie
Emma Bonino réagit aux négociations entre l'Union européenne et la Turquie Emma Bonino réagit aux négociations entre l'Union européenne et la Turquie Emma Bonino réagit aux négociations entre l'Union européenne et la Turquie
La Turquie fait monter les enchères

La Turquie peine à stopper les réfugiés :

Pivot de la rencontre, Ankara a déjà conclu un accord avec l'UE en novembre dernier pour limiter l'afflux de migrants traversant sa frontière pour rejoindre l’Europe. Mais depuis le début de l'année, 120 000 nouvelles arrivées des côtes turques ont été enregistrées en Grèce. La Turquie a pourtant pris certaines mesures : des réseaux de passeurs ont été démantelés et les contrôles renforcés sur la côte. Mais de nombreux Syriens continuent de traverser la frontière et l'Europe demande à Ankara de faire davantage pour endiguer le flot. Elle s’est engagée à accélérer le processus de "réadmissions" sur le sol turc de migrants en situation irrégulière renvoyés des îles grecques. En échange, l’UE a promis d'accélérer la mise en place d'un régime sans visas pour les ressortissants turcs "au plus tard fin juin" et affirme "préparer l'ouverture de nouveau chapitres" dans les négociations d'adhésion. Les vingt-huit s’engagent à accélérer le versement des trois milliards d'euros d'aide pour les 2,7 millions de Syriens réfugiés dans le pays. Ces fonds n’ont jusqu’à présent toujours pas été débloqués, selon le président Erdogan qui reproche à l'UE quatre mois de retard et réclame à Bruxelles trois milliards d'euros supplémentaires d'ici 2018, en échange d'une coopération renforcée.
 

L’Europe divisée sur la "fermeture" de la Route des Balkans

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Sur la route des Balkans : l'odyssée des réfugiés.

"Le flux des migrants irréguliers le long des Balkans occidentaux arrive à son terme. Cette route est maintenant fermée": la phrase apparaissait dans le projet de déclaration finale du sommet européen. Elle a finalement été supprimée, après les contestations de la Commission européenne et de certains États dont l’Allemagne. “La décision donnerait raison aux forces chauvines et nationalistes en Europe", a ainsi mis en garde le ministre grec de l'Intérieur, Panyotis Kouroublis. La décision tenait surtout compte du point de vue défendu par les pays de l’Est et des Balkans, qui prônent la fermeture des frontières. Depuis que la Hongrie a installé en septembre dernier des clôtures anti-migrants, les réfugiés se heurtent en effet à des conditions d’accueil toujours plus strictes imposées par les pays qu’ils traversent : après l'Autriche, premier pays à avoir imposé des quotas, la Croatie, la Slovénie, mais aussi la Macédoine et la Serbie ont décidé de limiter le nombre d’entrées. Durant toute la semaine, Skopje a réduit drastiquement le passage des réfugiés venant de Grèce, pour n'en accepter qu'une centaine dimanche. 
 

Quelles conséquences pour les migrants ?

Ces restrictions, qui concernent essentiellement les demandeurs d'asile irakiens, érythréens ou afghans, suscitent de nombreuses réserves de la part des ONG et de l'ONU qui s'interroge sur le respect du droit international. "L'idée d'échanger des réfugiés contre des réfugiés n'est pas seulement déshumanisante, elle n'offre pas non plus de solution à long terme", a ainsi estimé Iverna McGowan, la responsable d'Amnesty international auprès de l'UE, à l'AFP. Les migrants pourraient être tentés d’emprunter d’autres routes, comme le montre cette carte :

Sources : Spiegel Online
 
Le risque d’une crise humanitaire en Grèce

Les migrants bloqués à la frontière près de la MacédoineLe durcissement du bloc de l’Est fait bondir Athènes qui a averti que le nombre de migrants bloqués sur son territoire risquait de tripler si aucune politique commune n’était décidée à Bruxelles. Plus de 30 000 migrants sont en effet bloqués en Grèce dans des conditions misérables. Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a qualifié dimanche d'"urgence absolue" le transfert de milliers de migrants vers d'autres pays de l'UE. En réponse, celle-ci a promis de débloquer une aide inédite de 700 millions d’euros sur trois ans. Elle doit aussi renforcer le rôle de l’agence européenne Frontex pour mieux contrôler sa frontière extérieure, redoutant une nouvelle explosion du nombre d’arrivées au printemps.

L’intervention de l'Otan

Autre question abordée au sommet : la lutte contre les passeurs que la Turquie s’est engagée depuis novembre à renforcer. Elle bénéficiera pour cela du soutien matériel de navires de l'Otan en mer Egée, principal point de passage des migrants depuis plus d'un an. Le premier ministre britannique David Cameron a annoncé l'envoi de trois navires militaires pour participer à ces opérations. Ces navires ont pour mission d'empêcher l'activité des réseaux de passeurs entre la Turquie et la Grèce. Ils sont amenés aussi à secourir des migrants. C’est la première fois que l’Otan accepte de s'impliquer directement dans la crise migratoire.