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Le second souffle radical du mouvement islamophobe Pegida

Pays : Allemagne

Tags : PEGIDA

Lundi 19 octobre, ils étaient plus de 15 000 dans les rues de Dresde pour célébrer le premier anniversaire de Pegida. Un an après sa création, après avoir connu un déclin relatif, le mouvement qui dénonce "l’islamisation de l’Occident" connaît un second souffle, en grande partie dû à la crise des réfugiés. Il s’est aussi radicalisé et ambitionne de se tailler une place sur la scène politique. Avec Tom Thieme, chercheur à l'Institut des sciences politiques de l’université de Chemnitz, ARTE Info dresse le bilan de la première année de Pegida.

Le 12 janvier, vingt-cinq mille personnes se sont rassemblées à Dresde, un chiffre record. Depuis, la mobilisation est retombée, ne réunissant qu’un noyau dur n’excédant pas trois mille personnes. La faute aux dissensions entre les leaders du mouvement et aux frasques de son co-fondateur charismatique, Lutz Bachmann. Pegida a bien failli sombrer. 

Un an après la première manifestation, Pegida est revenu sur le devant de la scène. Le mouvement parvient de nouveau à mobiliser. Notamment en concentrant ses coups contre Angela Merkel. Cette "bonne femme irresponsable" - selon Tatjana Festerling, candidate de Pegida aux dernières municipales de Dresde - ouvre les portes du pays à un flux ininterrompu de réfugiés, "faisant de l'Allemagne un gigantesque camp dans la jungle". Les mots sont plus tranchés et bien moins policés qu’au début. De plus en plus d'Allemands sont sceptiques par rapport à la politique d'Angela Merkel, qui peine à convaincre l'opinion majoritairement opposée à l'arrivée des réfugiés. Une situation qui fait l'affaire du mouvement islamophobe.

Pour Pegida, la population musulmane est à sa place dans les pays arabes. Pas en Allemagne

Dr Tom Thieme - 19/10/2015

Un an après, le discours s’est radicalisé

C’est donc bien un second souffle que connaît actuellement Pegida. Mais aujourd'hui, les militants du mouvement utilisent des discours et des symboles plus violents. Exemple avec l'intervention de l'écrivain allemand d'origine turque Akif Pirinçci lors du rassemblement du 19 octobre : "Les camps de concentration sont malheureusement actuellement hors service". Pour Tom Thieme, chercheur à l‘Institut des sciences politiques de l’université de Chemnitz, cette radicalisation est "clairement assumée dans un discours qui prend position contre les 'ennemis islamistes'. Un discours ouvertement xénophobe qui pioche largement dans le vocabulaire de l’extrême-droite". Il ajoute que pour Pegida, "la population musulmane est à sa place dans les pays arabes. En aucun cas en Allemagne".

 

 

Les causes de la radicalisation

Comment en est-on arrivé à ce durcissement du discours ? Tom Thieme dégage trois causes à ce revirement :

- Après la scission du mouvement en janvier et la démission de Lutz Bachmann au poste de directeur de structure, Kathrin Oertel qui a pris la direction du mouvement. Plus modérée dans son discours, elle n’a jamais réussi à fédérer les foules, comme en témoignent les chiffres des rassemblements de février ou de mars dernier. Résultat, "la partie plus radicale de Pegida s’est retrouvée isolée", s’est radicalisée dans l’ombre et revient sur le devant de la scène avec le retour aux affaires de Lutz Bachmann, qui n’a pas gagné en modération.

- L’afflux de réfugiés qui secoue l’Allemagne dope le mouvement islamophobe. Pour Tom Thieme, il ne fait aucun doute que "Pegida profite du nombre toujours croissant de réfugiés [800 000 à un million de demandeurs d'asile sont attendus cette année dans le spays] pour donner corps à sa vision de l’Apocalypse".

- Troisième et dernière cause selon Tom Thieme : "La critique de la politique d’accueil des réfugiés était complètement absente de la sphère publique et très peu relayée par les médias mainstream. Les militants de Pegida ont été exclus médiatiquement."

De la rue aux urnes

Pourtant, malgré un discours qui s’est radicalisé ces derniers mois et l'absence de médiatisation du mouvement, les urnes ont réservé une surprise, ce 7 juin 2015 : crédité dans les sondages 1 à 2% des voix, Pegida a finalement recueilli près de 10% des suffrages aux élections municipales à Dresde.

Le mouvement islamophobe parviendra-t-il pour autant à essaimer dans d’autres villes en tant que force politique ? C’est en tout cas l’objectif affirmé par le co-fondateur du mouvement, Lutz Bachmann : "L'an prochain, nos candidats seront en lice pour quatre élections régionales en Allemagne", à commencer par le Bade-Wurtemberg le 16 mars prochain. Suivront les Länder de Rhénanie-Palatinat, de Saxe et de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale.

Pour Tom Thieme, "il y a un réservoir d’électeurs potentiels de Pegida. (…) Mais il a un concurrent sérieux : l’AfD - Alternative für Deutschland, parti plus modéré et déjà bien implanté en Saxe. En raison de son discours moins radical que celui de Pegida, l’AfD dispose d’un potentiel de mobilisation bien plus larges". De plus, Pegida doit aussi faire avec la présence du parti ultranationaliste NPD, bien ancré dans la Saxe. 

Dernière màj le 8 décembre 2016