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Le récit de l'assaut à Saint-Denis

Pays : France

Tags : terrorisme, Paris, attentat

Cinq jours après les attentats de Paris, le RAID a lancé mercredi à l'aube un assaut sur un groupe de terroristes retranchés dans un appartement du centre-ville de Saint-Denis, faisant trois mort, dont l'organisateur des attentats. Un kamikaze s'est fait exploser. Six policiers ont été blessés dans l'opération et sept personnes ont été interpellées. 

L'assaut du RAID  : 7 heures, 7 interpellations, 3 morts et 6 blessés

Mercredi matin à l'aube, une série de sept explosions ont retenti dans le centre-ville de Saint-Denis. A 4h30, les unités d'élite du RAID ont commencé une nouvelle opération anti-terroriste : l'assaut a été lancé contre six forcenés retranchés dans un appartement.

A neuf heures du matin, sept personnes avaient été interpellés et un kamikaze s'est fait exploser, tuant au passage une femme : la cousine d'Abdelhamid Abaaoud, qui faisait partie du groupe. Parmi les suspects arrêtés, trois étaient retranchés dans l'appartement, deux se trouvaient à proximité, et deux autres ont été interceptés dans un autre appartement.

Cinq policiers ont été blessés au cours de l'opération. Le calme est revenu après la fin des opérations mais 15 000 personnes sont restées bloquées chez elles dans la zone concernée, selon un adjoint au maire de Saint-Denis, joint par France Info.

Le cerveau des attentats de Paris, Abdelhamid Abaaoud, alias Abou Omar, était la cible de cet assaut et a été abattu. Les enquêteurs pensaient jusqu'ici qu'il se trouvait en Syrie, d'où il aurait planifié les attaques dans la capitale française.

Jawad Bendaoud, un caïd de Saint-Denis déjà condamné par la justice, a été placé en détention provisoire après six jours de garde à vue. Il a été mis en examen : il avait reconnu devant la presse avoir logé les terroristes après les attentats, prétendant ignorer le but de leur présence en région parisienne.

L'état d'urgence durera jusqu'en février 

Le projet de loi, présenté par François Hollande ce mercredi en Conseil des ministres, sera examiné jeudi par le Parlement. L'Etat d'urgence, annoncé par François Hollande juste après les attentats et décrété samedi matin, est prévu pour une durée légale de douze jours, soit jusqu'au 26 novembre. Il pourrait être prolongé jusqu'en février. Devant les maires réunis en Congrés à 13h, le président a indiqué que la France est en guerre contre le terrorisme. 
 

Les résultats de l'enquête jusqu'à présent


Dans la nuit de mardi à mercredi, les policiers ont effectué 118 nouvelles perquisitions et 29 interpellations conduisant à 25 gardes à vue, selon les déclarations du ministre de l'Intérieur. Trente-quatre armes ont été saisies. 
Depuis l'entrée en vigueur de l'état d'urgence vendredi, les forces de l'ordre procèdent chaque nuit à des perquisitions. Au total, après trois nuits il a été procédé à 414 perquisitions administratives ainsi que 64 interpellations conduisant à 60 gardes à vue. 75 armes ont été saisies

En Allemagne, cinq personnes ont été arrêtées par la police mardi dans le cadre d'une opération liée à l'enquête sur les attentats, rapporte aujourd'hui la chaîne de télévision allemande ARD citant des sources policières. Les interpellations ont eu lieu dans la région d'Aix-la-Chapelle, à proximité immédiate de la frontière belge.

La riposte internationale

Sur le plan international, François Hollande a annoncé que la France allait saisir d'urgence le Conseil de sécurité des Nations unies "dans les meilleurs délais, pour adopter une résolution marquant cette volonté commune de lutter contre le terrorisme".

Mercredi matin, le porte-avions Charles-de-Gaulle a appareillé de Toulon pour la Méditerranée orientale. La veille, le secrétaire d'Etat américain John Kerry s'est entretenu avec le président français à l'Elysée. François Hollande rencontrera Barack Obama le 24 novembre et Vladimir Poutine le 26.

Jusqu'ici, Moscou avait privilégié le soutien au régime syrien de Bachar al Assad, contrairement à la position officielle de la France, qu'a rappelée Manuel Valls mardi après-midi à l'Assemblée nationale : 

 

En attendant, la France comme la Russie ont bombardé Raqa, le fief de Daech et capitale autoproclamée de l'Etat islamique. Côté français, le ministère de la Défense parle d'un camp d'entrainement et un centre de commandement pris pour cible par des chasseurs. En 48h, les avions ont frappé trois fois Raqa. Côté russe, les tirs visent aussi Alep et Idleb. Vladimir Poutine a demandé à ses forces navales de coopérer avec "l'allié français". En outre, Moscou change de version sur les causes du crash de son avion de ligne dans le Sinaï, avançant la piste terroriste. Au total, selon l'Observatoire syrien des Droits de l'Homme (OSDH), 33 membres de l'EI sont décédés au cours des frappes françaises et russes en trois jours.

La République mobilisée

Après les attentats terroristes qui ont frappé Paris, faisant au moins 129 morts et 352 blessés, François Hollande a réuni députés et sénateurs en congrès à Versailles, lundi après-midi, pour demander aux parlementaires de prolonger l'état d'urgence pour trois mois. Il a aussi réclamé une modification de deux articles de la Constitution, "pas adaptés à la situation que nous rencontrons".

 5 000 emplois supplémentaires de policiers et de gendarmes seront créés d’ici deux ans.

François Hollande devant le Congrès - 16/11/2015

Le président de la République a aussi promis la création de 5 000 emplois dans la police et la gendarmerie d’ici deux ans. La justice disposera de son côté de 2 500 postes supplémentaires pour l’administration pénitentiaire, ainsi que pour les services judiciaires, et les douanes de 1 000 postes de plus.  115 000 policiers et soldats sont toujours mobilisés sur le territoire.

Lundi midi, une minute de silence a été observée partout en France. Les drapeaux sont en berne et le deuil national a été décrété jusqu'à mercredi. Dès lundi, néanmoins, les grandes salles de spectacle et de concert ont rouvert à Paris.

Les victimes

Le bilan, encore provisoire, est de 129 morts au moins, 352 blessés. 221 personnes sont toujours hospitalisées à la suite des attaques de vendredi soir. C’est au Bataclan, lors du concert du groupe "Eagles of Death Metal", rassemblant près de 1 500 personnes, que les attaques ont fait le plus grand nombre de victimes : 89 morts. 

Plusieurs victimes n'ont pas encore pu être identifiées, mais on connait aujourd'hui l'origine et l'identité de la plupart d'entre elles, qui ont été diffusées dans la presse.

Les terroristes

Pour approfondir

La France débordée par un menace terroriste inédite, l'enquête de Mediapart (article payant)

La France, ce pays que les jihadistes aiment haïr (Le Monde)

Sur les huit terroristes, les enquêteurs en ont identifié six pour l'instantIls  pensent avoir réussi à déterminer le "cerveau" des actions terroristes. Il s'agirait d'un citoyen belge d'origine marocaine : Abdelhamid Abaaoud. Cet homme était déjà recherché par les services de renseignement européens, pour l'organisation d'attentats manqués en Belgique. Les enquêteurs pensaient qu'il se trouvait en Syrie, mais l'assaut de mercredi matin avait pour but de l'intercepter. On ignore pour l'instant s'il fait partie des personnes arrêtées ou s'il a été abattu par le RAID.

Un autre suspect est activement recherché : Salah Abdeslam, le frère de l'un des kamikazes, qui est soupçonné d'avoir directement participé aux attaques terroristes. Une "planque" du commando a été perquisitionné mardi matin à Bobigny, et deux chambres d'hôtel à Alfortville, où des seringues ont été retrouvées, mais pas d'armes. Salah Abdeslam, soupçonné d'être le "logisticien" de l'opération terroriste, est toujours en fuite. Un autre frère a été entendu par la justice belge lundi. Il affirme que ses frères étaient "normaux" et qu'il n'avait rien remarqué d'anormal dans leur famille, ces derniers temps.

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Les attaques

Elles ont été menées à six endroits distincts, de manière quasi-simultanée, à Saint-Denis, et dans les 10e et 11e arrondissements de Paris. On sait aujourd'hui qu'elles ont mobilisé trois équipes de terroristes.

- Vers 21h20, une première explosion retentit aux abords du Stade de France, lors du match amical France-Allemagne. En plus du terroriste, un passant est soufflé par l'explosion et meurt sur le coup.

21h25, une fusillade éclate à l'angle des rues Bichat et Alibert, dans le 10e arrondissement, contre la terrasse du restaurant Le Petit Cambodge et du Carillon. 15 personnes sont tuées, 10 sont actuellement dans un état "d'urgence absolue".

21h30, une deuxième explosion retentit du côté de la porte H du Stade de France.

21h32, nouvelle fusillade rue de la Fontaine au Roi, près du boulevard du Temple, devant le café Bonne Bière. 5 personnes sont assassinées et 8 sont actuellement entre la vie et la mort.

- 21h36, des terroristes s'approchent du restaurant La Belle Equipe, au 92 rue de Charonne, et tirent sur la foule. 19 personnes sont tuées. 9 victimes sont actuellement grièvement blessées.

21h40, une personne est grièvement blessée devant le Comptoir Voltaire, 253 boulevard Voltaire.

21h40, une Polo noire s'arrête devant la salle de concert du Bataclan, 50 boulevard Voltaire, trois personnes en sortent et pénètrent dans la salle pour tirer sur la foule. Ils évoquent la Syrie et l'Irak. A minuit vingt, la police donne l'assaut et découvre le carnage. 89 corps gisent au sol dans une marre de sang. 

21h53, troisième explosion aux alentours du Stade de France. Comme pour les autres attaques suicides, le kamikaze a actionné sa ceinture d'explosif, destinée à faire un maximum de dégats.

Dernière màj le 8 décembre 2016