|

Le racisme, "défi pour la société civile et la démocratie locale"

Pays : Allemagne

Tags : Néonazi, Racisme, Politique

Dans la ville de Tröglitz (Saxe Anhald), l’incendie d’un centre de réfugiés est un symbole de racisme en plus. La semaine précédente déjà, la bourgade de moins de 3000 habitants faisait la une des quotidiens nationaux. Son maire démissionnait, impuissant devant des militants d’extrême droite hostiles à l’accueil de réfugiés dans la ville. Avec le toit du refuge, c’est aussi la tolérance qui semble partir en fumée à Tröglitz. David Begricht, spécialiste de l’extrême droite dans cette région, décrypte le phénomène :

Actions contre les centres d’accueil pour réfugiés, multiplication des attaques racistes, structures d‘extrême droite bien enracinées, mais que se passe-t-il en Saxe-Anhalt depuis des années ?

 

Ce qui se passe en Saxe-Anhalt se passe également dans d’autres régions d’Allemagne. Nous avons affaire à un cycle raciste qui, selon moi, a commencé à grossir en 2012 avec les campagnes qui ont mobilisé sur internet autour de ce slogan "non à l’accueil des réfugiés". Ensuite il y a eu Pegida qui a rassemblé sur les mêmes thèmes et je pense que nous n’en avons pas encore fini avec ce cycle.

 

Quel est le rôle du NPD et des autres partis d’extrême droite dans ce cycle, et quel est leur mode d’action ?

 

Ils jouent un rôle, mais ce rôle est différent de celui que le public leur attribue. Je pense que les acteurs néonazis (en tout cas ceux de Tröglitz) ne s’attendaient pas à un tel succès, et qu’ils n’en sont pas nécessairement responsables. Mais leur capacité à se montrer proches des "petites gens" dans ce genre de contexte joue en leur faveur.

 

Sur place, beaucoup d’habitants ont le sentiment que les partis démocratiques ont quitté la province, et laissé le domaine « social » aux néonazis. Comment est-ce possible et comment peut-on l’expliquer ?

 

Ca s’explique car dans beaucoup de régions, les partis n’ont pas assez de candidats. Donc ce sont les pompiers de la ville, ou le club de tir qui se mettent à gérer la politique locale. Il manque des personnes qui se lancent officiellement en politique, donc d’autres se présentent comme apolitiques, puis ils finissent par prendre parti.  Par conséquent, le sentiment à l’égard des politiques a changé.

 

Beaucoup de responsables se sentent seuls dans leur lutte contre la xénophobie. Qu’est ce qui doit changer selon vous ?

 

Je pense que la perception des évènements est différente dans les grandes villes et en périphérie. Ce déséquilibre a toujours existé, et on ne peut pas le changer. Les autorités locales se retrouvent face à des défis majeurs, comme l’accueil de réfugiés, et elles se sentent seules pour tout gérer d'un point de vue technique et financier. D'autant qu'entre l'annonce faite par le Bureau Fédéral de l'Immigration et des Réfugiées et l’accueil de ces réfugiés, le laps de temps est très court.

 

Depuis l’année dernière, le succès de Pegida et des partis d’extrême droite moins importants semble s’atténuer. Mais le sentiment xénophobe est de plus en plus toléré. Qu’est ce qui a changé concernant l’accueil réservé à l’extrême droite selon vous ?

 

Aujourd’hui, Pegida fournit le modèle à suivre pour la mobilisation raciste. La période que nous vivons me fait peur. Ça fait 15 ans que je suis spécialiste du domaine, et je me demande si ce à quoi nous assistons aujourd’hui représente le même défi que celui que nous avons vécu dans les années 90. Pour le savoir nous devons attendre. Le mouvement d’aujourd’hui se situe dans la continuité de celui du milieu des années 90 mais il y a tout de même quelques différences à noter. Une des plus importantes, c’est que dans ces villes, il y a en permanence des réunions publiques pour discuter de l’accueil des réfugiés. Certains habitants y expriment leur sentiment raciste en le déguisant derrière leurs "soucis", ou leurs "craintes". Mais il ne faut pas oublier les  personnes qui s’impliquent pour accueillir ces réfugiés, et pour que la cohabitation soit pacifique.

 

Dans ce contexte, comment devrait réagir l’état fédéral ? Comment changer le climat politique et assurer la sécurité aux réfugiés qui arrivent dans des länder comme la Saxe-Anhalt ? (où se situe la ville de Tröglitz)

 

Ça n’est pas la première chose dont l’Etat fédéral doit s’occuper, c’est plus un défi pour la société civile, pour la démocratie locale. Les politiciens doivent quant à eux mettre en place un environnement qui permette aux citoyens de faire bouger les choses. Il faut qu’ils fournissent un budget suffisant aux localités etc.

 

Les médias (et là je parle aussi du nôtre) ont-ils longtemps effleuré le sujet sans jamais le toucher réellement ?

 

Les médias jouent un rôle très important, mais parfois ils montrent qu’ils ont peu appris des débats qui ont eu lieu dans le passé. Ici on parle d’un débat qui se répète en boucle et qui n’évolue pas. Personnellement, j’aimerais que les médias privilégient l’analyse et la mise en contexte à la simple description. 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016