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NSU : peine maximale pour Beate Zschäpe

Pays : Allemagne

Tags : NSU

Après plus de cinq ans de débats, la justice allemande a tranché : Beate Zschäpe, dernière survivante du groupe néonazi de la NSU, a été condamnée le 11 juillet à la réclusion à perpétuité pour avoir participé à une dizaine de meurtres xénophobes. Le Tribunal de Munich clôt ainsi l'un des plus grands procès de néonazis de l'après-guerre. Il a fait l'objet de vives critiques à cause de nombreuses questions restées sans réponses. ARTE info résume les principaux événements de la saga judiciaire.

NSU-Prozess: Zschäpe zu lebenslanger Haft verurteilt
La NSU à l'heure du jugement final Le 11 juillet, la justice allemande rend son verdict dans l'un des plus grands procès de néonazis. La NSU à l'heure du jugement final

C’est l’un des plus longs jugements d’Allemagne : quinze avocats de la défense, 750 témoins et plus de cinquante experts se sont relayés pendant plus de 400 jours d’audiences. La Cour de Munich a jugé Beate Zschäpe, seule survivante du trio de néonazis originaires de l’ex-RDA communiste, coupable d'avoir participé à neuf meurtres xénophobes et à celui d'une policière entre 2000 et 2007. Elle obtient la peine maximale : la réclusion à perpétuité. En raison de la gravité des faits, le tribunal lui retire également la possibilité de demander une libération conditionnelle au bout de quinze ans.
Au total, le jugement aura duré cinq ans.

Le 6 mai 2013, le procès de la NSU commence à la cour d'appel de Munich. La principale accusée est Beate Zschäpe, fondatrice avec Uwe Mundlos et Uwe Böhnhardt de la NSU (acronyme de Nationalsozialistischer Untergrund, que l'on peut traduire par "Clandestinité nationale-socialiste"). Entre 2000 et 2011, la NSU a perpétré quinze attaques de banques, deux attentats à la bombe et dix assassinats, dont neuf à motivations racistes. La plupart des victimes sont turques. Figurent aussi une Grecque et une policière.
Les complices de Beate Zschäpe se sont suicidés en 2011, à la suite de la découverte de la cellule terroriste. A ses côtés comparait également Ralf Wohlleben, mis en examen pour avoir eu connaissance des meurtres et pour avoir soutenu le groupe dans la clandestinité. Trois autres hommes sont accusés de soutien au groupe terroriste. Ils encourent aujourd'hui des peines pouvant allant jusqu'à douze ans de prison. 

 

2016 : Beate Zschäpe sort de son mutisme

750

témoins et 42 experts ont été entendus

Longtemps terrée dans son silence, Beate Zschäpe a fini par s'exprimer, d'abord par une lettre lue par l'un de ses avocats puis directement lors du procès. Sa dernière phrase lancée au Président du tribunal début juillet : "S'il vous plaît, ne me condamnez pas pour quelque chose que je n'ai ni voulu ni commis". Outre les accusés, 750 témoins et 50 experts ont été entendus. Au-delà des meurtres, des attaques et des attentats, il s'agit aussi de juger des enquêtes qui s'en sont suivies et de l'existence de la NSU dans la clandestinité. La dernière année du procès est marquée par des ralentissements bureaucratiques et des jeux de pouvoirs. Les avocats ne cessent de contester l'impartialité du tribunal et des débats sur la santé mentale de l'accusée repoussent pendant des mois la fin de l'instruction. Pour finir, les plaidoiries ne pourront pas commencer comme prévu, en raison de contestations portant sur l'enregistrement des déclarations. 

 

Protest NSU-Prozess OLG München
Manifestation devant la cour d'appel de Munich © JOERG KOCH

 

Il subsiste toujours des zones d'ombres

Vers la fin du procès, les requêtes de la partie civile – qui représente les familles des victimes – sont de plus en plus souvent rejetées. On lui refuse l'audition de nouveaux témoins. De nombreux critiques se joignent à la partie civile pour reprocher au procès de banaliser la NSU en le présentant comme l’œuvre de quelques personnes isolées. Selon eux, Zschäpe, Mundlos et Böhnhardt feraient partie d'une extrême-droite prête à faire usage du terrorisme. Ils ne croient pas à la théorie selon laquelle la NSU ne se composerait que de trois membres. Angelika Lex, avocate de la partie civile dans le procès de la NSU, déplore également que certaines déficiences institutionnelles n'aient pas été prises en compte : elle signale "l'absence totale de procédures contre les enquêteurs, les fonctionnaires de police, le personnel de la Sécurité intérieure, les présidents et chefs de division des services publics de la Protection de la constitution, des procédures pourtant rendues nécessaires non seulement en raison de l'incompétence et de l'inertie des personnes et des services concernés, mais aussi de leur soutien actif [à l'organisation terroriste]". Selon elle, l'enquête aurait multiplié erreurs grossières et négligences majeures. Ainsi, les familles des victimes ont été soupçonnées à tort de ne pas avoir transmis certaines informations et d'avoir détruit des documents sensibles. 

 

Le rôle des informateurs reste ambigu

Des critiques particulièrement sévères portent également sur l'absence d'investigation du rôle de la Sécurité intérieure et de ses informateurs. Il existe des preuves formelles de son implication dans au moins l'un des meurtres. Promise par Angela Merkel aux familles lors d'une cérémonie de commémoration en 2012, l'élucidation complète tarde donc toujours à venir. Yvonne Boulgarides, dont le mari a été assassiné par la NSU en 2005, se montre critique : "Rien ne changera tant que l'on aura pas demandé des comptes aux personnes responsables des manquements de l'enquête sur la NSU. Il nous faut combattre le racisme institutionnel à l’œuvre dans les administrations allemandes et à l'intérieur de la police." Mme Boulgarides souligne surtout le traitement méprisant de la police envers les familles de victimes. Celle-ci aurait exclu toute implication de l'extrême-droite dans les faits, et ce malgré l'existence de preuves indéniables. En outre, certains procès-verbaux contiendraient des commentaires racistes. Une commission d'enquête parlementaire s'est penchée sur ces dysfonctionnements, synonyme de "désastre historique sans précédent".

 

Qu'est-ce que la NSU ?
Le Nationalsozialistischer Untergrund (« Clandestinité nationale-socialiste ») est une cellule terroriste d'extrême-droite qui a œuvré dans l'ombre en Allemagne de 2000 à 2011. On lui connaît trois membres, les néo-nazis  Beate Zschäpe, Uwe Mundlos et Uwe Böhnhardt. Le trio agit dans la clandestinité pendant presque quatorze ans, au cours desquels il commet quinze braquages de banques, deux attentats à la bombe et dix assassinats. Neuf de ces dix assassinats sont motivés par la xénophobie. Pendant longtemps, les enquêteurs n'ont perçu aucun lien entre ces différentes affaires. Ils ne repèrent l'organisation terroriste qu'en 2011. Nous vous proposons ci-dessous la chronologie de l'histoire de la NSU. 

Dernière màj le 11 juillet 2018