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Le prix de l’or noir

Pays : Émirats Arabes Unis

Tags : Emirats, droits de l'homme

Véritable miracle dans le désert, les Emirats arabes unis ont su ériger une société incommensurablement riche et puissante en l’espace d’un demi-siècle.  Sur ces friches de terre arides, ponctuées d’oasis, le miracle n’est pas sans nom : l’or noir. Grâce aux réserves de pétrole et de gaz naturel sur son territoire, le pays a pu prospérer des décennies durant à un rythme effréné, passant d’émirats éparses subsistants principalement de la pêche aux cités-Etats parsemées de gratte-ciels à faire pâlir ceux du monde occidental. 

Ce formidable boom économique contraste cependant avec les avancées de la société émirienne  en termes de droits sociaux. Dans ce pays régi par un modèle monarchique se référant à la loi islamique, les droits de l’homme, des femmes et des étrangers ne semblent pas être à l’ordre du jour.

 

Il ne fait pas bon plaider pour une société civile

 

Chef d’Etat de la fédération des Emirats arabes unis, le cheikh d’Abou Dhabi  est un monarque absolu imposant un contrat social à ses habitants visant à leur fournir des conditions de vie prospères en contrepartie de l’acceptation du modèle proposé. Toute remise en question de ce système est réprimée par les autorités. La critique des dirigeants du pays et les appels à participer à des manifestations non autorisées sont punis par le code pénal émirien et la loi sur l’utilisation d’internet.

Le rapport de janvier 2013 de Human Rights Watch sur les Emirats arabes unis fait part entre-autres de la détention de 61 défenseurs des droits de l’homme et militants de la société civile, en lien avec le groupe islamiste pacifique al-Islah (Association pour la réforme et l’orientation sociale), emprisonnés sans inculpation sur le simple prétexte qu’ils portaient atteinte à la sécurité nationale. Ces personnes encourent jusqu’à 15 ans de prison et leur procès se tient devant une juridiction d’exception qui n’accepte pas d’observateurs internationaux.

 

Education oui, égalité non.

 

Les Emirats arabes unis font figure d’exception sur cette partie du globe lorsque l’on aborde le sujet de l’accès à l’éducation. Dans les années 1970, alors que l’Etat fédéral est fraîchement créé, une des mesures importantes à son développement fût la démocratisation de l’accès à l’éducation pour les garçons… comme pour les filles.

Même si cela représente une véritable révolution pour cette société où le droit de la famille et de la personne est juridiquement soumis aux interprétations de la loi islamique, l’égalité homme/femme est cependant loin d’être atteinte. Seuls les hommes ont notamment le droit de pratiquer la polygamie, d’épouser des non-musulmanes et d’avoir des relations sexuelles hors-mariage.

L’on se souvient du cas de la norvégienne Marte Dalelv, qui avait été condamné à 16 mois de prison en 2013 après avoir porté plainte pour viol et qui ne fût sauvée que grâce à l’intervention diplomatique de son pays. Le 1er décembre 2013, une jeune musulmane autrichienne porte également plainte pour viol, et afin d'échapper à une éventuelle condamnation pour « rapports sexuels hors-mariage », il lui fût conseillé d’épouser son violeur, qui aurait pu alors lui confisquer son passeport et l’empêcher de quitter le pays. Les hommes ont par ailleurs le droit d’user la violence physique sur leurs enfants et femmes pour les « discipliner ».

 

Un « hub » mondialisé, une majorité étrangère exploitée

 

Société prospère et moderne, les Emirats arabes unis concentrent une très large majorité d’étrangers dans sa population. L'Etat émirien, dans sa forme moderne, s'est construit en même temps que l'industrie pétrolière. Basé sur une économie rentière et sur les ouvriers étrangers immigrés, l’Etat prend en charge les citoyens dès leur naissance et jusqu'à leur mort.

La relation Etat/citoyen n'est pas perçue comme une relation de confrontation, mais plutôt comme un lien de patron à client. Il apparait alors qu’en matière de droit des étrangers, toute personne étrangère voulant vivre aux E.A.U se voit contrainte de trouver un travail et un « parrain » émirien (bien souvent l’employeur), ayant des pouvoirs extraordinaires sur sa vie, sur un modèle semblable à la relation Etat/citoyen, puisque celui-ci décide si son filleul peut changer de travail ou quitter le pays. Il est par exemple interdit de se syndiquer, de mener des négociations collectives sur ses conditions de travail ou de se mettre en grève. De nombreux abus sont observés dans les conditions de travail : mise sous séquestre des passeports,  salaires de misère voir non-paiement des employés, alors qu’un salaire minimum et un système de paiement électronique obligatoire sont instaurés. 80% de la population est étrangère, essentiellement issue de l’Asie du Sud (50% de la population totale).

Il s’agit la plupart du temps de travailleurs pauvres, œuvrant dans des conditions difficiles, proche de l’esclavage, à cause «  de pratiques et normes bien établies dans le secteur du bâtiment et travaux publics dans cette région » rapporte l’ONG Human Rights Watch. Sur le chantier du Louvre d’Abou Dhabi, l’on observe des cadences de travail excessives, des rémunérations pas toujours versées en temps et en heure, des conditions de travail sous une chaleur accablante et sans temps de pause adapté, qui conduisent à de nombreux accidents de travail graves et trop souvent mortels.

Dernière màj le 8 décembre 2016