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Le Pérou, débarrassé de la dictature ?

Pays : Pérou

Tags : élections présidentielles, démocratie

Le 28 juillet, le Pérou se dote d'un nouveau Président. Le futur chef de l’Etat, Pedro Pablo Kuczynski, dit PPK, entre en fonction après avoir remporté de justesse les élections présidentielles le 5 juin dernier, l’opposant à sa rivale Keiko Fujimori. Il devra gouverner avec un Parlement dominé par le parti de l’ancien dictateur Alberto Fujimori. Malgré seize ans de démocratie, le Pérou reste tenté par un retour de l’autoritarisme.

Alors que beaucoup de pays d’Amérique latine ont connu un virage à gauche dans les années 2000, le Pérou est toujours resté ancré à droite, et n’a jamais osé remettre en question le néo-libéralisme. Le nouveau Président Pedro Pablo Kuczynski entre en fonction à partir du 28 Juillet. Cet ancien banquier de Wall Street n’a rien d’un utopiste. Il sait d’avance que les Péruviens n’attendent aucune révolution de ces élections : pour beaucoup, l’important avant tout est de protéger la démocratie.

 

L’éternel héritage des Fujimori

Il y a seize ans, Alberto Fujimori, impliqué dans un important scandale de corruption, quittait le pays et renonçait à la présidence. Son départ mettait fin à un régime autoritaire et répressif, qui se targuait d’avoir redressé l’économie et d’avoir vaincu le terrorisme. Depuis, les institutions démocratiques ont été rebâties tant bien que mal, et les autorités ont enclenché le procès de la période Fujimori.

Malgré sa condamnation pour crimes contre l’humanité, Fujimori reste immensément populaire chez les plus démunis, pour qui il incarne le retour de la paix et de la prospérité au Pérou. Pour ces "Fujimoristes", la démocratie a engendré des résultats plutôt mitigés : une croissance forte mais inégale, et une criminalité en hausse. Un bilan que les démocrates ont du mal à redresser, freinés par la corruption paralysant les institutions et les nombreuses rivalités partisanes.

Dans ce contexte, Keiko Fujimori, la fille d’Alberto, a démarré la course à la présidentielle avec des sondages très favorables. Elle a pris soin d'axer sa campagne sur une réponse musclée au problème sécuritaire et une croissance économique plus vigoureuse.

 

"Nous sommes optimistes et nous remercions le Pérou pour son soutien !"
 
Freiner Keiko, à tout prix

La campagne est axée sur une question centrale : celle de savoir qui affrontera les Fujimoristes au second tour. Keiko, quasiment absente des médias, continue la course en tête, sans rival sérieux. Un mois avant le suffrage, deux candidats récemment parachutés sur la scène politique sont mis hors-jeu pour irrégularités administratives. Les anti-fujimoristes doivent réorganiser leur campagne in-extremis.

Contre toute attente, c’est le discret banquier Pedro Pablo Kuczinsky qui est choisi au second tour face à Keiko. La socialiste Veronika Mendoza a manqué de peu la qualification, en arrivant en troisième position.

Pour freiner la fille du dictateur, les démocrates tentent alors de rallier les socialistes au vieux banquier. Mais une crise majeure bouleverse la donne : des agents de l’agence américaine DEA (Drug Enforcement Administration) dévoilent les liens troubles du secrétaire général du Parti Fujimoriste avec les réseaux de trafic de drogue.

Une courte victoire

Coup dur pour le camp des Fujimoristes. Keiko garde le silence, tandis que ses partisans tentent d’étouffer le scandale, en vain. Cette affaire rappelle celle du Mexique, dévasté par les cartels de la drogue, et de la Colombie des années 90, déstabilisée par les barons du narcotrafiquant Pablo Escobar. Un à un, les anciens candidats aux présidentielles péruviennes appellent à voter Kuczinsky au nom de la démocratie et "contre le narco-Etat". Pour la première fois, les socialistes eux aussi, appellent à voter pour un candidat libéral. Le 5 Juin, l’économiste Kuczynski remporte les élections avec 50,82% des voix. Il n’a que 0.24 points d’avance sur sa rivale.

L’ombre de la dictature

Malgré l’euphorie des démocrates, ces résultats sont loin d’être un triomphe. Keiko a prouvé que seize ans après sa chute, le Fujimorisme continue de séduire la moitié du pays. 

Le gouvernement doit se préparer à une coexistence difficile avec le parti de Fujimori, majoritaire au Parlement. Dès le lendemain des élections, les Fujimoristes ont montré les muscles en exigeant des excuses du président pour les avoir soupçonnés de liens avec les "narcos".  Keiko, quant à elle, a reconnu sa défaite tout en refusant de féliciter son rival. Insécurité, croissance économique, lutte anti-drogue… de nombreux défis attendent à présent le nouveau Président. 

 

 

"Ces 25 dernières années, le Pérou a réussi à mettre en marche de grands changements. Aujourd'hui, ce qui manque, c'est une révolution sociale."

Dernière màj le 28 juillet 2016