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Le nouveau gouvernement palestinien prête serment

Pays : Palestine

Tags : Fatah, Hamas, Mahmoud Abbas

Le gouvernement d'union nationale palestinien et ses 17 ministres, dont cinq de Gaza, ont prêté serment ce lundi 2 juin en Cisjordanie. Ils concrétisent ainsi le dernier accord de réconciliation signé le 23 avril dernier par le Hamas et l'OLP, l'Organisation de libération de la Palestine dominée par le mouvement nationaliste Fatah de Mahmoud Abbas. Depuis le début du conflit interpalestinien en 2006, des centaines de partisans des deux camps avaient été tués dans des affrontements et les nombreuses tentatives de réconciliation avaient échoué. Mais ce nouveau gouvernement peut-il réellement mettre fin aux rivalités ? Quelles conséquences la présence du Hamas dans ce gouvernement aura-t-elle sur les relations avec Israël ? Didier Billion, spécialiste du Moyen-Orient et directeur adjoint de l'IRIS, l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques, a répondu à nos questions.

Comment la formation de ce gouvernement de réconciliation entre le Fatah et le Hamas a-t-elle été possible ?

 

On connaît la situation de division des Palestiniens mais aussi la non-existence d'un processus réel de négociations avec les Israéliens. En d'août 2013, il y avait eu chez certains un espoir de voir repartir un processus de négociations et donc une hypothétique résolution de la question palestinienne. Malheureusement, les efforts déployés par John Kerry et la bonne volonté manifestée par les Palestiniens se sont heurtés au mur d'incompréhension des dirigeants palestiniens. En avril 2014, les tentatives de négociations se sont avérées être un échec. C'est à partir de ce moment précis que le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a décidé de lancer plusieurs offensives politiques et diplomatiques : interpeller la communauté internationale et parvenir à la réconciliation entre les différentes composantes du Peuple palestinien. C'est donc l'échec battant depuis le mois d'avril qui a obligé le président Abbas à reprendre l'initiative sur le terrain politique et diplomatique.

 

Tous les points de discorde entre les deux partis se sont-ils réellement évaporés ou ont-ils juste été mis de côté ?

 

Je pense qu'il y a des divergences réelles mais qui sont plus des divergences de rapport avec le pouvoir que des divergences fondamentales. On a souvent l'habitude de présenter le Hamas comme une organisation islamiste donc religieuse. Mais s'il y a bien sûr un substrat religieux dans la politique du Hamas, le parti prend aussi soin de se présenter comme le continuateur de la lutte de libération nationale du Peuple palestinien. Le Hamas considère en fait que l'Autorité palestinienne et sa principale composante l'OLP, l'Organisation de Libération de la Palestine, ont trahi la cause nationale. Il y a donc un mouvement de concurrence avec l'Autorité palestinienne pour des raisons politiques. Comme le pays présente des spécificités pour le moins lourdes puisqu'il est sous occupation ou sous blocus de la part des Israéliens, on ne peut pas imaginer que les divergences soient résolues en quelques jours. Par ailleurs, on dit aussi souvent que le Hamas est contre toute négociation avec l'État d'Israël qu'il ne reconnaît pas. La reconnaissance d'Israël ne figure certes pas dans les textes du Congrès du Hamas mais des dirigeants centraux du Hamas ont déclaré qu'ils étaient prêts à reconnaître les frontières de la région du Moyen-Orient telles qu'elles se présentent aujourd'hui. Il s'agit donc en réalité de la reconnaissance implicite de l'État d'Israël.

On ne peut pas imaginer que les divergences soient résolues en quelques jours.

Didier Billion - 02/06/2014

 

Une administration commune peut-elle réellement améliorer les relations entre les deux camps ?

 

Je pense qu'il faut prendre le problème à l'envers. Même si nous n'en sommes pas encore là, une administration commune serait la preuve qu'il y a une volonté concrète de se réunir, de faire front commun et de réactiver un fonctionnement à peu près harmonieux entre la Cisjordanie d'un côté et la bande de Gaza de l'autre. Cela montrerait que le Hamas et l'Autorité palestinienne sont prêts à se sortir de la situation de division qui prévaut depuis plusieurs années.

 

Le gouvernement israélien voit d'un très mauvais œil un rapprochement entre le Fatah et le Hamas. À quelle réaction d'Israël peut-on s'attendre ?

 

Israël a fait savoir qu'elle s'opposait même à la constitution d'un gouvernement d'unité ou d'union dès la signature du protocole d'accord entre l'Autorité palestinienne et le Hamas. Je ne crois quand même pas que les Israéliens vont bombarder soit la Cisjordanie soit Gaza. Pour ce fait, il faudrait qu'il y ait un prétexte très concret comme un attentat ou une attaque armée, nous n'en sommes pas là et j'espère qu'il n'y en aura pas. Mais il est clair que les Israéliens, toujours prompts à se saisir de n'importe quel prétexte pour ne pas réactiver des négociations dignes de ce nom, vont se servir de ce prétexte de gouvernement d'union avec le Hamas pour éviter de relancer quelque négociation que ce soit, prétextant du fait que ce gouvernement d'union n'est rien d'autre que l'extension d'une organisation terroriste qu'ils combattront jusqu'au dernier jour.

 

Fatah-Hamas : les dates clés d'une rivalité

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016