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Le Nigeria et ses voisins déclarent la guerre à Boko Haram

Pays : Nigéria

Tags : Boko Haram, Antoine Glaser

Cinq chefs d'Etat africains ont adopté samedi à Paris, avec le soutien des Occidentaux, un plan de "guerre" contre le groupe islamiste armé nigérian Boko Haram, un mois après l'enlèvement de plus de 200 lycéennes.

Antoine Glaser est écrivain, auteur de plusieurs ouvrages sur l'Afrique, et notamment "Africafrance" (Fayard 2014). Également journaliste, il nous explique pourquoi Boko Haram peut enlever aussi facilement 200 lycéennes et disparaître ensuite dans la nature sans être inquiétée. L'interview de Lionel Jullien.

Interview d'Antoine Glaser

Vendredi soir encore, Boko Haram a fait parler d'elle lors d'une attaque contre un camp de travailleurs chinois perpétrée dans l'extrême-nord du Cameroun. Un ouvrier a été tué et dix autres "ont probablement été kidnappés". Cette nouvelle opération attribuée au groupe islamiste, accroît encore un peu plus la pression sur le mini sommet africain qui s'est ouvert ce samedi à Paris.

 

L’Élysée accueille les chefs d’État du Cameroun, du Niger, du Tchad et du Bénin, ainsi que des représentants des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de l'Union européenne, afin d'établir une stratégie régionale contre Boko Haram.

La secte islamiste nigériane, apparue en 2002, menace désormais les voisins du géant anglophone d'Afrique de l'Ouest, le Nigeria, dont la stratégie pour combattre le terrorisme islamiste est de plus en plus contestée.

 

Washington a notamment fustigé jeudi "la lenteur tragique et inacceptable" de la réponse du gouvernement nigérian face à la crise. De fait, le président Goodluck Jonathan ne s'est ému du sort des jeunes filles que plus de 15 jours après leur enlèvement.

 

Pas d'intervention militaire occidentale

A l'issue de la réunion, le président français a appelé le Nigeria et ses voisins à mettre en œuvre un "plan global" contre le groupe islamiste Boko Haram. Le plan adopté prévoit "la coordination du renseignement, l'échange d'informations, le pilotage central des moyens, la surveillance des frontières, une présence militaire autour du lac Tchad et une capacité d'intervention en cas de danger", a détaillé François Hollande.

"Boko Haram est devenu une menace majeure pour l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest et maintenant pour l'Afrique centrale", a également souligné le président, affirmant que "ses liens avec Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) et d'autres organisations terroristes ont été établis".

S'il n'est pas question d'une intervention militaire occidentale contre Boko Haram, répète l’Élysée, la France, qui intervient militairement au Mali et en Centrafrique, et dispose de troupes au Tchad et au Niger, se prévaut d'une réelle expertise pour impulser cette lutte.

 

Échanger les lycéennes contre des prisonniers islamistes

Au plan régional, Paris attend que les pays concernés élaborent un plan avec des mesures communes, comme le partage de renseignements, et un soutien des partenaires occidentaux à ce plan, explique une source diplomatique. La France a des Rafale à N'Djamena qui peuvent effectuer des missions de reconnaissance et deux drones au Niger, rappelle une source militaire.

 

Cependant pour Nnamdi Obasi de l'ICG (International Crisis Group), il ne faut pas trop attendre des résultats de l'aide internationale pour retrouver les otages, car "il s'agit d'une situation très difficile. La négociation avec Boko Haram doit être envisagée". L'offre d'échange formulée par Abubakar Shekau de prisonniers islamistes détenus par l’État nigérian contre des jeunes filles otages est peut-être le meilleur moyen de libérer les adolescentes, selon plusieurs spécialistes.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016