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Le monde selon Trump

Pays : États-Unis

Tags : Trump, Donald Trump, Außenpolitik

Le président français François Hollande a déclaré le 9 novembre que l'élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis "ouvre une période d'incertitudes". Un sentiment partagé par bon nombre de partenaires de Washington, tant le programme du milliardaire américain rompt avec les relations internationales et la politique étrangère du pays jusqu'ici. Protectionnisme, immigration, climat : ARTE Info fait le point sur les annonces du successeur de Barack Obama.

Les espoirs des électeurs de Trump 

"America first"

Lors de son premier discours après sa victoire, Donald Trump s'est engagé à avoir des relations honnêtes avec les autres pays. Le milliardaire dit vouloir "de bons partenariats et pas de conflits". Dans le même souffle, il a martelé le slogan devenu un leitmotiv au cours de sa campagne "America first" ('l'Amérique d'abord") : la politique étrangère des Etats-Unis doit avoir pour but premier l'intérêt des Américains. Une vision qui enlève toute chance aux traités de libre-échange comme le TTIP. Ses violents reproches à la Chine, accusée d'avoir "volé des emplois américains" a suivi son annonce d'élever les droits de douane sur les produits importés aux Etats-Unis. Ces propos ne devraient pas améliorer ses relations avec l'Empire du milieu.

 

Le réchauffement climatique, une "connerie"

 

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En savoir plus

Retrouvez notre reportage "Welcome to Trump country" sur les partisans du milliardaire américain.

La Chine est responsable du mensonge sur le réchauffement climatique, a tweeté Trump en 2012. Face aux critiques, le magnat de l'immobilier a affirmé qu'il s'agissait d'une plaisanterie. Il ne croit cependant pas vraiment au réchauffement de la planète, qu'il a qualifié par le passé de "mensonge absolu", de "connerie" et de "pseudo-science". Donald Trump a décidé de détruire l'héritage de Barack Obama dans ce domaine. Le milliardaire a promis d'"annuler" l'accord historique de la COP21 pour limiter le réchauffement climatique, dont l'application est justement discutée en ce moment à Marrakech. 

Donald Trump n'est pas opposé aux énergies renouvelables, mais il les trouve trop chères. Il a l'intention de relancer l'exploitation du charbon et est favorable au gigantesque projet d'oléoduc entre les Etats-Unis et le Canada Keystone XL. Barack Obama l'avait rejeté.

 

Le rêve d'un mur entre le Mexique et les Etats-Unis

Tour au long de sa campagne, le futur président s'est montré particulièrement violent envers les immigrés mexicains, qualifiés de "criminels" et de "violeurs". Construire un mur entre les Etats-Unis et le Mexique pour "stopper les mouvements illégaux de personnes, la drogue et les armes", tel est le grand projet que Donald Trump a répété pendant des mois. Il estime que c'est au Mexique de financer cette construction qui devrait coûter plusieurs milliards de dollars, une volonté fermement défendue lors d'une rencontre avec le président mexicain, en août dernier :

 

Le milliardaire conservateur a également promis d'expulser des milliers d'immigrés illégaux des Etats-Unis dès son entrée en fonctions.

 

Non aux immigrés musulmans, oui à la torture

La lutte contre le terrorisme est l'un des autres grands thèmes de campagne de Donald Trump. Il y a quasiment un an, début décembre 2015, il avait demandé "l’arrêt total et complet de l’entrée des musulmans aux Etats-Unis", avant de nuancer ses propos pour réclamer l'interdiction de l'immigration "en provenance de régions du monde ayant un passé avéré de terrorisme contre les Etats-Unis, l'Europe ou nos alliés"

 

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© Aaron Nemo

Dans le cadre de la lutte contre la terreur, le successeur de Barack Obama s'est également prononcé en faveur du retour de la simulation de noyade, une technique de torture. Il juge que cette pratique n'est "pas assez dure". Donald Trump dit également avoir un "plan de trente jours" pour "détruire" l'organisation terroriste Etat islamique. Il n'a pas expliqué en quoi consiste ce plan radical, qu'il dit vouloir protéger de ses adversaires politiques.

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La fin du gendarme américain ?

Donald Trump ne veut pas quitter l'OTAN, mais il a laissé entendre qu'il voulait diminuer le montant de la contribution des Etats-Unis à l'organisation. "Les pays que nous défendons doivent payer pour le coût de leur défense", a-t-il déclaré à propos de ses alliés de l'OTAN. "Sinon, les Etats-Unis doivent être prêts à laisser ces pays se défendre eux-mêmes." La pomme de la discorde avec l'alliance Atlantique : le conflit en Ukraine, dans lequel il souhaite une plus grande implication des pays européens, plus directement concernés selon lui. Le milliardaire a également l'intention de mettre fin à "l'accord catastrophique" sur le nucléaire iranien, signé en juillet 2015. Il semble également décidé à en finir avec l'interventionnisme américain et à diminuer l'engagement militaire de son pays à l'étranger, trop coûteux selon lui. 

 

Vers un rapprochement avec Moscou

Rien d'étonnant à ce que Vladimir Poutine ait été l'un des premiers chefs d'Etat à féliciter Donald Trump de sa victoire. Le président russe lui a écrit mercredi dans un télégramme qu'il espérait rétablir les relations entre Moscou et Washington. Le milliardaire républicain n'a jamais fait mystère de son admiration pour Vladimir Poutine. Dans une interview avec la chaîne de télévision ABC en août, il a affirmé qu'il reconnaîtra l'annexion de la Crimée par la Russie -l'une des principales pommes de discordes entre les Etats-Unis et la Russie- s'il était élu. Mais Donald Trump a aussi affirmé qu'il fallait abattre les avions russes en Syrie s'il se rapprochaient trop de l'aviation américaine. Ce changement d'attitude est symptomatique de la vision du futur président américain des relations internationales, lui qui voit "l'imprévisibilité" comme une qualité et qui change parfois très rapidement d'avis.

© Petras Malukas / AFP

 

La victoire de Donald Trump rappelle inévitablement un autre vote historique de l'année 2016 : le choix des Britanniques de quitter l'Union européenne, qui a contredit les prédictions de bon nombres de journalistes et d'analystes. Le successeur de Barack Obama ne s'y est d'ailleurs pas trompé. Lundi, lors de l'un de ses derniers meetings avant son élection, il a déclaré que le vote allait être "un Brexit puissance trois".

Dernière màj le 10 novembre 2016