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"Le grand vainqueur du scrutin est Jesse Klaver"

Pays : Pays-Bas

Tags : élections législatives, social-démocratie

Qui sont les véritables gagnants des législatives du 15 mars aux Pays-Bas ? Comment expliquer la participation remarquablement haute, ainsi que la chute des sociaux-démocrates ? Markus Wilp, spécialiste des Pays-Bas, analyse les résultats du scrutin pour ARTE Info.

A propos

Markus Wilp est politologue et directeur du centre d'études sur les Pays-Bas de l'université de Münster, en Allemagne.

Malgré d'importantes pertes de sièges au Parlement, le parti du Premier ministre Mark Rutte s'affirme comme la première force politique du pays. Le parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD) peut compter sur 33 des 150 sièges de la chambre basse du Parlement. Il est suivi par le PVV de Geert Wilders (20 sièges), puis par les chrétiens-démocrates et par les libéraux-démocrates (D66), qui ont chacun obtenu 19 sièges. Son écart de 13 voix avec le parti populiste de droite de Geert Wilders est plus important que prévu. Les négociations pour former une coalition, indispensable pour gouverner les Pays-Bas, s'annoncent difficiles dans un paysage politique aussi fragmenté. Pour la première fois, elle devra être formée d'au moins quatre partis.

 

ARTE Info : Le VVD du Premier ministre Mark Rutte peut considérer le scrutin comme un succès -même s'il a perdu des sièges, car il a réussi à tenir à distance les populistes de droite. Mais qui est le véritable vainqueur de l'élection ?

Markus Wilp: Le grand gagnant est Jesse Klaver avec les Groenlinks [le parti écologiste], qui s'en étaient très mal tirés lors des élections de 2012 ; ils pouvaient donc espérer avoir un meilleur score. L'autre vainqueur du scrutin est le parti social-libéral D66, qui a obtenu dix-neuf sièges. On peut dire que les partis qui sont les plus ancrés au centre ont clairement gagné.

 

 

Qu'est-ce qui a été étonnant dans cette élection ?

Il est surprenant que le parti qui gouverne le pays soit plus fort que les autres. C'est quelque chose qu'on n'avait pas vu venir dans les sondages. Il est également surprenant que Wilders ait fait un score moins élevé que ce que prévoyaient les sondages. De plus, il est étonnant que la défaite des sociaux-démocrates se soit manifestée aussi clairement. Aucun parti n'a jamais perdu autant de sièges [d'un seul coup] dans l'histoire des Pays-Bas.

Quelles sont les raisons de la débâcle des sociaux-démocrates ?

Il y a deux explications à cela. Premièrement, les sociaux-démocrates ont déçu leurs électeurs. En 2012, beaucoup de citoyens ont soutenu les sociaux-démocrates parce qu'ils espéraient mettre fin au mandat de Rutte. Mais après le scrutin, les sociaux-démocrates ont formé une coalition avec le parti de Rutte et ce dernier est à nouveau devenu Premier ministre.

Et deuxièmement ?

Le grand écart social-démocrate : d'un côté, on aimerait être là pour les ouvriers et de l'autre, pour un milieu intellectuel. Cet écart ne cesse de grandir. Entretemps, les ouvriers se sont tournés vers le SP (parti socialiste) ou vers le PVV de Wilders. Les intellectuels ont voté pour les libéraux de D66 ou pour les écologistes.

La participation est largement supérieure à celle des deux dernières élections (75% dans les deux cas et 80,3% cette année). Quelles sont les raisons de cette participation en hausse ?​

La campagne électorale a été suivie de près par la population et elle a été envisagée dans un contexte plus large. Peut-être que beaucoup de Néerlandais ont pris à cœur les mots de Mark Rutte, quand il a demandé à ses compatriotes s'ils voulaient se réveiller dans un pays dont Wilders serait la première force politique. Peut-être que c'est le scandale avec la Turquie qui les a conduits à soutenir Rutte. Près de 90% des Néerlandais ont vu l'attitude du gouvernement [dans cette affaire] d'un œil positif. Rutte a pu se présenter comme un homme d'Etat dans la campagne électorale, un homme au-dessus des querelles des partis, qui a le sens des responsabilités et des qualités de leader.

 

 

Les négociations pour former une coalition vont maintenant commencer. Quelles possibilités s'offrent au VVD ?

Il est très probable que le nouveau gouvernement s'appuie sur la base de trois partis : le VVD avec Rutte, qui va probablement rester Premier ministre, les chrétiens-démocrates et les sociaux-libéraux de D66. Mais ces trois partis n'ont pas de majorité. Une coalition avec les écologistes semble évidente et en même temps, Jesse Klaver a toujours martelé pendant la campagne qu'il ne voulait pas d'un troisième mandat de Mark Rutte. Peut-être qu'il va y avoir une coalition à cinq avec deux petits partis. Mais la possibilité que Rutte forme un nouveau gouvernement est importante.

 

Dernière màj le 17 mars 2017