|

Hongrie : un troisième mandat pour Viktor Orban

Pays : Hongrie

Tags : Viktor Orban, Hongrie, élections législatives, Extrême-droite

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban est sorti vainqueur des élections législatives dimanche, avec un score important : 48,5% des voix (sur la quasi-totalité des bulletins dépouillés) pour son parti national-conservateur, le Fidesz. Ce résultat laisse bon espoir à la future majorité de décrocher une nouvelle "super-majorité" des deux-tiers, qui permet de faire voter des changements constitutionnels. C'est le troisième mandat de ce chantre autoproclamé de la “démocratie illibérale”, qui n'a eu de cesse d'alerter ses compatriotes à propos d'"une migration de masse, qui menace de balayer [leur] ordre et [leur] mode de vie". 

La peur de voir les nations européennes disparaître sous le coup d’une immigration étrangère à ses “racines chrétiennes” est un grand classique de l’extrême droite européenne : elle a été notamment reprise par le fondateur du Front National, ainsi que par sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen. En Allemagne, le cofondateur de l’Afd (Alternative für Deutschland), Alexander Gauland, ainsi que son porte-parole, Jörg Meuthen, déploient la même rhétorique. 

 

Un complot “international” mené par Soros

L’ennemi numéro un pour Orban ? "Ce ne sont pas contre les partis d'opposition anémiques que nous devons lutter, mais contre un réseau international organisé par un empire, des entreprises étrangères et des médias dirigés par des oligarques nationaux, des activistes mercenaires dévoués”. Et plus précisément : “des organisateurs de manifestations, des ONG financées par des spéculateurs internationaux, tous liés à George Soros.” Ce milliardaire américain d’origine hongroise est devenu la bête noire du Premier ministre hongrois au cours des deux dernières années. Le magnat à l’origine de l’”Open society Institute”, un réseau de fondations ayant pour vocation de promouvoir des “sociétés démocratique et ouvertes” est entré dans le viseur d'Orban avec sa tribune : "Pourquoi j'investis 500 millions de dollars pour aider les migrants", publiée en 2016 dans le Wall Street Journal.   


Selon Orban, Soros a infiltré les institutions européennes afin de promouvoir une politique d’accueil des réfugiés, avec pour principal émissaire, l’ex-commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe letton, Nils Muiznieks. D’après le Premier ministre hongrois, celui-ci aurait récemment confessé l’existence d’un “programme secret (...) visant à engendrer une race humaine correspondant à ce qu’attend Soros ou (...) “Homo sorosensus”. Si l’ex-commissaire au droit de l’Homme se félicite bien de l’avènement de l’”Homo Sorosensus”, garant d’une “société ouverte” par opposition à l’”Homo Sovieticus” dans un article publié dans l’Open Society Magazine en 2009, l’obscure machination à laquelle Orban fait référence relève quant à elle du fantasme. Et pourquoi ce "réseau" milite-t-il si activement pour l’abolition des frontières, selon Orban ?  “De leur point de vue, les migrants sont en effet de meilleures matières premières avec lesquelles travailler”, poursuit le Premier ministre lors de son discours à la nation du 18 février.


Viktor Orban, leader de l’Europe des "frontières" 

Dès l’automne 2015, l’homme fort de Budapest s’est illustré en s’opposant fermement au plan d’accueil des réfugiés répartis en quotas au sein de l’Union européenne défendu par la Chancelière allemande Merkel. Sous son impulsion, le groupe de Visegrad (République tchèque, Pologne, Hongrie et Slovaquie), constitué à la chute de l’URSS afin d’intégrer au plus vite l’Union européenne, renaît de ses cendres au plus fort de la crise migratoire et obtient la fermeture de la route des Balkans. Dernier fait d’arme du chef d'État hongrois : la présentation mi-janvier d’un projet de loi baptisé “Stop Soros”, ciblant toutes les ONG qui assistent les migrants et les demandeurs d’asile. S’il est adopté par le Parlement, ces associations vont devoir demander une licence au ministère de l’Intérieur et se soumettre à des vérifications des services de sécurité pour pouvoir travailler. 

Cette politique séduit désormais bien au-delà des ex-républiques soviétiques : le Chancelier autrichien Sebastian Kurz se vantait ainsi d’entretenir de meilleurs relations avec Viktor Orban que son adversaire aux législatives, le leader du parti d’extrême droite FPÖ, Heinz-Christian Strache, lors du débat télévisé qui les opposait en octobre dernier.  La chef du parti “Frères d’Italie”, Giorgia Meloni, alliée à Berlusconi lors des dernières élections générales, s’est quant à elle fendue d’un selfie avec le premier Ministre hongrois fin février, affirmant que “l’Italie devrait regarder davantage vers Visegrad que vers Bruxelles”.


La Hongrie, loin d’être une terre d’immigration

Dans les faits, la Hongrie n'a jamais été une destination phare pour les demandeurs d'asile, qui préfèrent se diriger vers l'Allemagne ou vers la Suède. Le pays souffre d'ailleurs d'une désertion de ses propres compatriotes en raison des bas salaires qui y sont versés : près d'un demi-million de Hongrois ont quitté le pays pour mieux gagner leur vie à l'Ouest, d'après l'Office national des statistiques. Le pays a accueilli seulement 508 nouveaux réfugiés en 2015 et seulement 432 en 2016. Loin d’un grand remplacement.

 

Dernière màj le 9 avril 2018