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Allemagne : la coalition gouvernementale sauvée de justesse

Pays : Allemagne

Tags : Allemagne, coalition gouvernementale, Angela Merkel, Horst Seehofer

En désaccord sur la question migratoire, Angela Merkel et l’aile la plus à droite de sa coalition, l’Union chrétienne-sociale (CSU) bavaroise, sont finalement parvenus à trouver un compromis afin de sauver leur fragile coalition. Mais la chancelière a dû céder beaucoup de terrain en acceptant de fortes restrictions à l’immigration.

Le ministre de l'Intérieur allemand Horst Seehofer est finalement parvenu à imposer sa ligne dure en matière de politique migratoire. D'après l'accord trouvé entre la CSU et la CDU d'Angela Merkel, les migrants déjà enregistrés dans un autre pays européen que l'Allemagne devraient être placés dans des centres de transits à la frontière avec l'Autriche, en attendant d'être refoulés. Le concept rappelle les zones extraterritoriales existantes dans les aéroports, d'où les migrants peuvent être directement renvoyés.

Les refoulements devraient être réalisés sur la base d'accords conclus avec les pays d'entrée des migrants. Au cas où des pays refusent de les reprendre, comme l'a déjà signifié l'Italie, les migrants devraient alors être refoulés vers l'Autriche "sur la base d'un accord avec la République autrichienne".

La libre-circulation au sein de l'UE gravement compromise

L'Autriche, justement, n'entend pas en rester là. Le gouvernement autrichien a affirmé mardi être "prêt à prendre des mesures pour protéger" ses frontières après les annonces de Berlin. Notamment au sud, près de l'Italie et de la Slovénie.

L'effet domino redouté par Merkel est donc déjà en marche. Doit-on dire adieu à la libre-circulation au sein de l'espace Schengen ?  Le chancelier autrichien Sebastian Kurz s'est voulu rassurant mardi face aux eurodéputés à Strasbourg, affirmant qu'il ferait tout ce qui est possible pour retrouver "à long terme" une Europe "sans frontières intérieures". Quand, précisément ? Le chancelier s'est donné du lest, poursuivant qu'il ne pouvait pas "promettre quand cela pourra arriver". L'Autriche assure la présidence de l'Union européenne jusqu'à fin décembre avec une priorité claire : barricader l'Europe face aux flux migratoires. 

Un accord suspendu à la validation du SPD

Avec ce compromis Merkel a peut-être conclu un cessez le feu avec les rebelles conservateurs de sa coalition. Mais en acceptant de verrouiller l'Allemagne, elle risque d'ouvrir un nouveau front avec ses autres partenaires, les sociaux-démocrates.

"Nous n'avons pas besoin d'énormes prisons à la frontière", avait dénoncé l'actuel ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas, lorsque la proposition de créer des "centres de transit" avait été soulevée une première fois en 2015.  Mais il est probable que le SPD accepte au final. A défaut, la coalition risquerait d'éclater et le parti, actuellement en pleine crise, craint plus que tout de nouvelles élections où il pourrait être dépassé par l'extrême-droite. 

Réunion au sommet des partenaires de coalition ce soir pour trancher.

Le nombre de réfugiés accueillis en Allemagne en chute libre

Les mesures annoncées par Berlin concernent en réalité une minorité de migrants. Selon le quotidien allemand FAZ, seuls quelques 18 350 migrants enregistrés dans la base de données Eurodac entre janvier et la mi-juin en Allemagne seraient susceptibles d'être envoyés dans ces "centres de transit". La grande majorité des migrants arrivent sans avoir été enregistrés au préalable, puisque l'Allemagne a fait état d'environ 68 400 premières demandes d'asile entre janvier et mai.

La CSU est déjà largement parvenue à imposer ses vues en matière de politique migratoire. On compte 186 644 demandeurs d’asile accueillis en Allemagne en 2017, soit moins de 200 000, un chiffre qui correspond au "plafond" (Obergrenze) exigé par la CSU lors des pourparlers afin de former un gouvernement. En 2015, ils étaient 890 000. 

 

Horst Seehofer, à la reconquête de son électorat bavarois... Derrière cette lutte qui dure depuis trois ans, on peut aussi voir l'ombre des élections régionales : la Bavière votera en octobre pour renouveler ses représentants. La CSU de Horst Seehofer, traditionnellement en tête des scrutins, y fait face à la montée du parti de l'extrême-droite populiste, l'AFD, qui fait campagne sur la fermeture des frontières. Certains analystes voient donc dans le conflit avec Angela Merkel une stratégie pour conserver la majorité absolue dans cette région, l'une des plus riches d'Allemagne. En attendant, c'est un parti représentant à peine 6% de la population allemande à l'échelle nationale qui pourrait bien faire basculer le cours de la politique migratoire européenne.

Dernière màj le 3 juillet 2018