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Le e-Tour du 22 juin 2014

Pays : Allemagne, Espagne, Suisse

Tags : Die Partei, Iles Canaries, Lac des Quatre-Cantons

Chaque semaine, les journalistes de VOX POP nous parlent d'un évènement qui a fait la une des journaux d'un pays d'Europe. Cette semaine, direction l'Allemagne, l'Espagne et la Suisse...

ALLEMAGNE - Un vrai-faux parti joue les trublions au Parlement européen

 

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  • « Blablabla... Votez pour nous et nous abattrons les cent Allemands les plus riches » Affiche de campagne de Die Partei. ©Die Partei

Avec ses slogans « Merkel est grosse » et « Non à l'Europe, Oui à l'Europe », le micro-parti Die Partei a réussi le tour de force de faire son entrée au Parlement européen.

Vous trouvez l'Europe grise, compliquée, ennuyeuse ? C'est que vous ne connaissez pas encore Die Partei (« Le Parti », en allemand).  Pour réenchanter l'Europe, ce micro-parti allemand ne manque pas d'idées : instaurer un quota de 17 % de fainéants dans les entreprises pour détendre l'atmosphère  au travail, abolir l'heure d'été ou encore construire un mur autour de la Suisse... Voilà quelques-unes des mesures phares du programme défendu par Die Partei lors des dernières élections européennes. Un simple canular ? Pas tout-à-fait. Après avoir fait campagne avec des slogans du type « Merkel est grosse » et « Non à l'Europe, Oui à l'Europe », ce vrai-faux parti a réussi le tour de force de décrocher son premier siège au Parlement européen. Grâce à la récente réforme du système électoral allemand, qui favorise l'émergence des petites formations politiques, quelque 185 000 voix (0,6 % des suffrages) auront suffi à Die Partei pour envoyer son premier eurodéputé à Strasbourg. L'heureux élu n'est autre que le fondateur de Die Partei, Martin Sonneborn. « Die Partei ne défend absolument rien, nous n’avons pas de contenu (...) En Allemagne, les partis ont arrêté d’avoir un contenu politique il y a quelques années, et nous sommes les premiers à l’avoir compris », expliquait-il, récemment, dans une interview accordée à Slate.fr. Ex-rédacteur en chef du journal satirique allemand Titanic, le joyeux drille n'en est pas à son coup d'essai. C'est en 2005 qu'il lance Die Partei dans sa première bataille politique : les élections fédérales allemandes. Le Parti défraie alors la chronique en proposant notamment de reconstruire le mur de Berlin. Sans succès. Mais Die Partei ne désarme pas. À l'automne 2013, fort de 10 000 adhérents, le parti repart à la conquête des Länders avec un programme en treize points dont une proposition en acier trempé : organiser dans un stade un grand procès où Angela Merkel comparaîtrait dans une cage pour justifier de son action gouvernementale... Il faudra toutefois attendre les élections européennes du 25 mai pour que Die Partei tire son épingle du jeu électoral.  
Nouvel entrant au Parlement européen, Martin Sonneborn a bien l'intention de rester fidèle à l'esprit frondeur et caustique de son parti. « Je préparerai ma démission pendant quatre semaines de manière intensive », a-t-il fait savoir la presse allemande. Comme à son habitude, l'homme de 49 ans entend bien tourner en dérision le jeu politique. Son plan ? « Nous allons essayer de démissionner chaque mois, pour faire passer soixante membres du Parti par le Parlement européen. Cela signifie que chacun de ses membres peut se rendre une fois à Bruxelles pendant un mois pour voir à quoi cela ressemble en touchant 33 000 euros puis démissionner et toucher encore six mois d'indemnités transitoires. Nous allons faire les poches de l'UE comme si nous étions un petit pays du sud de l'Europe. »  Pas sûr que les instances du Parlement européen apprécient la formule et acceptent ce système de rotation mensuelle. Quoiqu'il en soit, Die Partei n'entend rien changer à sa ligne de conduite, pour le meilleur et pour le pire...

Manuel Vicuña

 

 

ESPAGNE - Les îles Canaries menacées par des forages pétroliers

 

E-Tour_06-22 :  Espagne
  • Ile de Fuerteventura, Espagne. Flickr Pepe Martin

Lanzarote, Fuerteventura… Les plus belles îles de l’archipel des Canaries sont menacées par un projet de prospections pétrolières. Un projet qui provoque la colère des écologistes et des autorités locales.

« Non au pétrole, oui aux énergies renouvelables » Tel est le slogan scandé dans l'archipel des Canaries par des milliers de manifestants. Le 7 juin, ils se sont mobilisés lors d'un énième rassemblement contre le projet d'explorations pétrolières sous-marines porté par l’entreprise espagnole Repsol. Le groupe pétrolier entend opérer des forages à une soixantaine de kilomètres des îles de Lanzarote et de Fuerteventura. Alors que le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy a donné son aval aux explorations, les autorités locales s’y opposent et ont signé un manifeste contre ces prospections. « Le comportement du gouvernement central est colonialiste. On veut nous imposer un modèle qui n’est pas le nôtre. Notre modèle c’est celui d’El Hierro, une île des Canaries qui utilise 100 % d’énergies renouvelables, propres, tirées du soleil, des vagues et du vent », explique Pedro San Ginès, président du Cabildo (autorité insulaire) au journal Le Monde. Le Parti populaire (PP) au pouvoir à Madrid ne veut rien entendre et insiste sur la nécessité de donner du travail « aux 30 % de notre population  qui est au chômage » a déclaré Roger Deing, conseiller du PP à Lanzarote.
Les opposants mettent en garde contre le risque de marée noire et la mort du tourisme dans cet archipel de Canaries qui est l’une des dix-sept communautés autonomes espagnoles (l’équivalent des Länder allemands et des régions françaises). « Repsol estime que le pétrole, s’il y en a, pourrait être exploité durant vingt ans alors que cela fait cinquante ans que nous vivons du tourisme. Nous n'avons presque rien à gagner et tout à perdre » raconte Pedro San Ginès, toujours dans Le Monde. En 2012, le tourisme a représenté environ 20 % du PIB régional et a contribué pour 25 % de l’emploi aux Canaries selon l’étude de l’organisation touristique espagnol Exceltur.
Le conflit entre le gouvernement et les Canaries remonte à 2001. Le gouvernement conservateur de José Maria Aznar avait alors approuvé le projet de Repsol. Lequel a ensuite été annulé par le Tribunal suprême. En cause : des lacunes dans le rapport sur l’impact environnemental fourni par le pétrolier. Treize ans plus tard, Repsol a revu sa copie. Le 29 mai 2014, le ministère de l’Environnement a validé une version révisée de la Déclaration sur l’impact environnemental. Ne manque plus désormais que le feu vert du ministère de l’Industrie. Reste encore un dernier espoir aux opposants : que le Tribunal suprême invalide en dernier recours le projet pétrolier. Pour l'instant, la décision de justice a été reportée à plusieurs reprises.

Nadine Ayoub

 

 

SUISSE - Un lac trop propre pour les poissons

 

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  • Le lac des Quatre-cantons, en Suisse. FlickR/CC/Stéphanie Klocke

Le lac des Quatre-Cantons voit sa population de poissons disparaître. En cause : l’épuration de l’eau et le manque de plancton.

Vous connaissiez les eaux polluées ? Voici désormais les lacs « trop propres ». En Suisse, un biologiste vient d’alerter sur ce fléau qui menace la biodiversité. « Le lac des Quatre-Cantons ressemble à un désert aquatique. L'eau y est trop propre et il n'y a plus assez d'aliments », a expliqué le chercheur Roman Ensmenger au journal local Neue Luzerner Zeitung. Il constate en effet que la politique de purification de l’eau a considérablement fragilisé l’écosystème aquatique. La lutte contre les phosphates a ainsi fait chuter le taux de phosphore indispensable à l’existence du plancton. Résultat : les poissons n’ont plus rien à manger et disparaissent peu à peu.  
Il y a trente ans, ce lac suisse comptait 35 kg de poissons par hectare, aujourd'hui, il en reste à peine 10 kg. Selon le biologiste, « II manque environ cent tonnes de poissons » dans le lac., un phénomène qui inquiète les pêcheurs. « Nous constatons un fort recul de la pêche dans le lac des Quatre-Cantons », remarque Otto Holzgang, chef du bureau Chasse, Pêche et Nature du canton de Lucerne. Bien qu’il comprenne la volonté politique d’améliorer la qualité de l’eau pour la rendre potable, il met en garde contre la purification du lac à outrance. Cette situation n’est pas totalement nouvelle. Déjà en 2012, l’association pour la sauvegarde du Léman s’interrogeait sur la question.
Côté français aussi, les lacs ont parfois été qualifiés de « trop propres ». C’est le cas du lac d’Annecy. Plusieurs voix se sont élevées parmi les pêcheurs savoyards pour dénoncer des eaux trop limpides dans lesquelles le nombre de poissons a diminué ces dernières années, faute de nourriture. En Suisse, si les poissons du lac des Quatre-Cantons disparaissent, la demande, elle, ne cesse de s’accroître. Le canton de Lucerne connaît actuellement une explosion de fermes piscicoles.

Nadine Ayoub et Manuel Vicuña

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016