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Le e-Tour du 1er juin 2014

Pays : France, Espagne

Tags : Droit des femmes, Parlement européen, Espace Schenghen

Chaque semaine, les correspondants de VOX POP nous parlent d'un évènement qui a fait la une des journaux de leur pays. Cette semaine, direction l'Espagne, la France et l'espace Schenghen...

ESPAGNE - 250 cadavres découverts à l'université de Madrid

 

E-Tour_06-01 - Espagne
  • © El Mundo

C'est une découverte qui a horrifié l'opinion espagnole. Des cadavres démembrés, brunis par le temps, amoncelés les uns sur les autres... Il ne s'agit pas d'une fosse commune ou d'un charnier, mais des sous-sols de l'université Complutense de Madrid, l'une des plus importantes d'Espagne.

C'est là que pas moins de 250 corps humains donnés à la science pour les étudiants en médecine, ont été retrouvés entassés et laissés à l'abandon dans des conditions d'hygiène et de stockage déplorables, dans un local de 30 m² ouvert aux quatre vents. Certains des cadavres seraient là depuis plus de cinq ans, dans l'attente d'une incinération qui n'est jamais venue.
La macabre découverte a été faite par des journalistes espagnols et révélée, vidéo à l'appui, le 19 mai par le quotidien El Mundo qui a aussitôt baptisé les lieux « sous-sol de l'horreur ».
Amené à s'expliquer, le directeur du département d'Anatomie et d'Embryologie humaine de la faculté a reconnu que le fonctionnaire chargé de l'exploitation du four crématoire était parti en retraite en décembre. Selon lui, « Il n'y a pas eu moyen de trouver quelqu'un pour le remplacer car les syndicats se plaignent du mauvais état du four. » Les représentants des travailleurs affirment en effet que le four installé en 1991, émettrait des gaz nocifs.
De leur côté, les syndicats imputent cette incurie au plan de non-remplacement des fonctionnaires de l'université Complutense, une politique de restriction du personnel mise en place ces derniers mois par la faculté. La direction de l'université a reconnu le problème, admettant avoir traversé une période durant laquelle elle a effectivement manqué de personnel.
« Comment pareille chose a-t-elle pu arriver au sein d'une université ? » s'est ému José Antonio Paredes, éminent professeur d'Anatomie d'une autre faculté madrilène, l'université CEU San Pablo. Il rappelle les règles strictes qui prévalent concernant les corps donnés à la science : une identification et un étiquetage systématique, des procédés de conservations draconiens, un passage obligé en chambre réfrigérée, une incinération dans les trois ou quatre ans maximum, enfin l'envoi des cendres aux familles. Rien de tel dans le cas des 250 cadavres de l'université Complutense.
Tout récemment, La Vanguardia a relaté comment, en Espagne, les donations de corps à la science n'ont cessé d'augmenter ces dernières années. Tant et si bien que certaines universités, comme celle de Barcelone, sont aujourd'hui à saturation. Dans un pays en crise où le salaire moyen atteint à peine les 1 000 euros, nombreux sont les Espagnols qui voient désormais dans le don de corps à la science un moyen d'éviter à leur famille le fardeau de lourdes dépenses funéraires.

Manuel Vicuña

 

 

FRANCE - Les Français ont pu voter pour une liste féministe aux élections européennes. Une première dans l’Hexagone…

 

Lutte contre les clichés machistes, égalité des salaires, droit à l’avortement… Voici quelques-unes des revendications des Féministes pour une Europe solidaire. Pour la première fois en France, cette liste, composée de femmes et d’hommes, s’est présentée aux élections européennes.

« (…) Des technocrates à Bruxelles décident pour nous ( … ), alors nous, les femmes, nous, les anti-austérité, avons décidé de prendre les choses en main », explique Caroline De Haas, ancienne militante du Parti socialiste français et initiatrice de cette liste.
Pour elle, pas question de construire l'Europe sans respecter les droits des femmes. La régression sur le droit à l’IVG en Espagne et la politique d’austérité ont conduit ces féministes à se mobiliser au niveau européen. En effet, la réduction des dépenses et des postes dans le secteur public, occupés notamment par les femmes, « aggraveront encore leur situation sur le marché du travail dans les années à venir », a révélé une étude menée par l’Organisation de coopération et de développement économique en 2012.
Les Féministes pour une Europe solidaire ne sont pas les seules à vouloir faire entendre leur voix à Bruxelles. En Suède, le parti Initiative féministe (Feministiskt initiativ) s’était déjà présenté aux élections européennes en 2009 mais n’avait remporté que 2,2 % des votes, pas assez pour obtenir un siège au Parlement. Cette année, l’Initiative féministe a de nouveau  tenté sa chance : avec 5,3 % des voix obtenues, la première élue féministe s’installera à Bruxelles.
La représentation des femmes au Parlement européen ne cesse d’augmenter : alors qu’en 1979, lors des premières élections européennes, elles étaient seulement 16 %, aujourd’hui 35 % des eurodéputés sont des femmes. Paradoxalement, la majorité des pays ont plus de députés féminins au Parlement européen que dans leurs parlements respectifs. L’Estonie, par exemple, respecte la parité hommes-femmes à Strasbourg, tandis que son assemblée nationale n’est composée que de 20 % de femmes.

Nadine Ayoub

 

 

UNION EUROPÉENNE - Le système d'information Schengen et son coût mirobolant

 

E-Tour-06-01 : Schenghen
  • © Eropean Court of Auditors

Bugs, retards et facture salée... La Cour des comptes européenne pointe du doigt la mise en place chaotique du nouveau système informatique de surveillance de l'espace Schengen.

On connaît l'éternel refrain sur Schengen. Lors de la campagne électorale, il aura été maintes et maintes fois question de l'espace de libre circulation européen, accusé ici et de tous les maux.

On connaît moins en revanche l'un de ses rouages les plus concrets : le SIS ou système d'information Schengen. Ce fichier informatique, utilisé et alimenté en permanence par les douaniers, les policiers ainsi que par toutes les autorités délivrant des visas dans la zone de Schengen, est devenu une immense base de données enregistrant les moindres allées et venues au sein des frontières européennes.

On y trouve le signalement des personnes impliquées dans des crimes graves, celui de ceux qui n'ont pas le droit de franchir ou de rester dans l'espace Schengen... Mais aussi nombre de données sur les personnes disparues, recherchées, sur les papiers d'identité, les armes, les véhicules perdus ou volés...

À l'origine simple « instrument d'information », le SIS a évolué en 2013 en un SIS II pour devenir un outil d'enquête policière, d'antiterrosime et de contrôle de l'immigration. Depuis 2005, à la suite d'un appel d'offres lancé par Bruxelles, la modernisation du système d'information Schengen est conduite par un consortium emmené par Hewlett Packard Europe et par l'entreprise française Steria.

Mais le développement de cet outil informatique ne s'est pas fait sans heurts. Bugs à répétition, retards dans la livraison et dépassement colossal de budget... la Cour des comptes européenne, gardienne des finances de l'Union européenne, vient d'épingler la mauvaise gestion par la commission du système d'information Schengen de deuxième génération. Déjà, en 2009 le Parlement européen avait voté une résolution s’inquiétant du retard pris dans la mise en place de SIS II.

Cette fois-ci, dans le rapport publié le 19 mai, la Cour des comptes européenne déplore que SIS II ait été livré avec plus de six ans de retard et pour un coût huit fois supérieur au budget prévu. La facture de SIS II s'est littéralement envolée : 189 millions d'euros pour le système central, auxquels s'ajoute une addition de plus de 330 millions d'euros pour les systèmes nationaux. Soit un total de 519 millions d'euros, bien loin des 68 millions prévus. Pour Pietro Russo, membre de la Cour et auteur du rapport, « la Commission n'a pas immédiatement affecté à ce projet suffisamment d'agents disposant de l'expertise nécessaire. » Par ailleurs, selon le rapporteur, Bruxelles n'aurait pas jusqu'ici apporté la preuve de l'efficacité du nouveau sytème informatique par rapport à son coût... mirobolant.

Manuel Vicuña

Dernière màj le 8 décembre 2016