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Le e-Tour de la semaine 15

Pays : Autriche, Belgique, France, Italie, Suède

Tags : Laïcité, Emmigration, extreme droite, élections européennes

Chaque semaine, les journalistes de VOX POP nous parlent d'un évènement qui a fait la une des journaux de leur pays. Cette semaine, direction la Belgique, l'Italie et l'Europe de l'extrême droite...

Belgique - Le plat pays, territoire impie ?

 

E-Tour 15 : Belgique

Vitrail de la chapelle Saint-Agapit à Mons, Belgique.
© Wikimedia/Jean-Pol Grandmont

 Les Belges sont-ils des mécréants en puissance ? Il semblerait, en tout cas, qu'ils soient extrêmement sceptiques quant au rôle de la religion. C'est ce qu'il ressort d'une enquête réalisée par Win/Galup international et publiée le 23 avril dans le quotidien belge Le Soir.  « La religion joue-t-elle généralement un rôle positif ou négatif dans votre pays ? »  Voilà la question posée par l'institut de sondage à 66 000 personnes de 65 pays. Aux résultats de l'étude, il apparaît que l'Europe occidentale est la région du monde qui croit le moins à un rôle positif de la religion. Et les Belges sont, avec les Danois et juste devant les Français et les Espagnoles, les plus méfiants au monde sur ce sujet. Voilà qui a entraîné des  réactions en cascades chez nos voisins belges.
« Les Belges seraient-ils devenus des blasphémateurs en puissance, des sceptiques vigoureux, des théologiens de la déconstruction ? » s'inquiète Pascal Vrebos, l'éditorialiste de RTL Belgique. Pour lui, « C’est clair que ce sont les institutions qui sont visées plus que la spiritualité, qui d’ailleurs n’est pas l’apanage des religions. » De son côté, la journaliste Elodie Blogie dans Le Soir pose la question : « Ce résultat traduit-il le départ en croisade des citoyens du plat pays contre toute institution religieuse et contre toute foi ? » Pour la sociologue de la religion, Brigitte Maréchal, le constat est clair : dans une Belgique particulièrement sécularisée, le nombre de personnes qui se disent croyantes est en chute libre. Pour elle : « Alors que la religion était considérée comme source de cohésion sociale, elle est de plus en plus perçue aujourd'hui comme un facteur de division : c'est le socle identitaire qui spécifie les individus par opposition aux autres. » La sociologue pointe également l'actualité belge et son traitement médiatique : scandale des prêtres pédophiles, attentat à la mosquée d'Anderlecht, polémique sur l'interdiction du voile à l'école, poursuites en cours des islamistes de Sharia4Belgium. Autant d'événements qui n'ont pas contribué à réconcilier les Belges avec le sentiment religieux. De tradition catholique depuis le Moyen-Âge, la Belgique se définit comme un État neutre. Une neutralité qui se concrétise par la reconnaissance de certaines religions et s'accompagne du financement du culte. Selon l'ouvrage Autres temps, autres mœurs publié en 2012 par les sociologues belges Liliane Voyé et Karel Dobbelare, les catholiques dits « actifs » – ceux se rendant au moins une fois par mois à l'église – ne représentent que 4 % de la population belge.

Manuel Vicuña

 

ITALIE - Le coût de sauvetage des migrants en question

 

E-Tour 15 : Italie

Embarcation de migrants, île de Lampedusa, Italie.
© FlickR Commons/Carlo Alfredo Clerici

La crise migratoire qui frappe la rive sud de l'Europe a pris une nouvelle ampleur. Entre le 19 et le 20 avril, la marine italienne, épaulée par les gardes-côtes locaux et des navires marchands, s'est lancée dans une impressionnante opération de sauvetage. Cette fois-ci, en l'espace de 48 heures, ce sont plus de 1 200 migrants qui ont été interceptés en mer et débarqués sur les côtes siciliennes. Quelques jours auparavant, toujours au large de la Sicile, une autre intervention avait permis de secourir près de 896 migrants africains, tous ayant embarqué depuis la Libye.
Selon la marine italienne, en tout depuis le début de l'année, ce serait plus de 22 000 migrants et réfugiés qui auraient été secourus au large de l'Italie, soit dix fois plus que sur la même période en 2013. Une recrudescence qui s'explique par l'afflux massif de migrants fuyant la Syrie. Et le chiffre augmente de jour en jour.
Ces sauvetages massifs sont le résultat de Mare Nostrum, cette vaste opération a été lancée par le gouvernement d'Enrico Letta à l'automne dernier après les deux naufrages dans lesquels avaient péri, devant les caméras du monde entier, au moins 400 migrants et réfugiés. Depuis le lancement de Mare Nostrum, cinq navires militaires, leurs hélicoptères et plus de 900 marins et officiers patrouillent ainsi quotidiennement au large des côtes italiennes. Selon les médias italiens, le gouvernement aurait déjà dépensé 60 millions d'euros pour l'opération dont le coût est estimé à neuf millions d'euros par mois. À l'extrême droite, des voix s'élèvent déjà pour demander l'arrêt de l'opération. Matteo Salvini, chef du parti anti-immigration de la Ligue du nord, a ainsi réclamé la fin de ce programme estimant que « les citoyens italiens finissent par financer les passeurs de clandestins et une invasion de nos côtes ». À l'aile droite du parti Forza Italia, Maurizio Gaspari a, pour sa part, qualifié l'opération Mare Nostrum de « démentielle et coûteuse. » Au début du mois d'avril, le ministre de l'Intérieur italien avait, quant à lui, interpellé l'Union européenne pour qu'elle aide davantage l'Italie face à l'afflux de migrants. « L'Europe doit prendre en main la situation. Elle ne peut pas dire que, en ayant donné 80 millions d'euros à Frontex [l'agence européenne de surveillance des frontières], elle a résolu le problème. » Il avait chiffré entre 300 000 et 600 000 le nombre de candidats à l'émigration clandestine prêts à embarquer pour l'Europe, notamment depuis les côtes libyennes. Réunis le 16 avril en Espagne, les ministres des Affaires étrangères du Groupe Méditerranée ont tiré la sonnette d'alarme sur la crise migratoire qui frappe la rive sud de l'Europe depuis plusieurs mois et sur le manque de ressources à leur disposition pour y faire face.

Manuel Vicuña

 

UNION EUROPÉENNE - Une alliance européenne des jeunes d'extrême droite pour « une Europe des patries »

 

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Julien Rochedy, directeur du Front national de la jeunesse, septembre 2012.
© Wikimedia Commons /G. Bouchet

Ils sont jeunes, ils font partie de l’extrême droite et ils ont un but : obtenir un maximum de sièges pour leur parti politique au Parlement européen lors des prochaines élections de mai. Les jeunes de quatre partis d’extrême droite – le Front national pour la France, le FPÖ autrichien, le Vlaams Belang belge et le parti des Démocrates suédois – ont décidé de créer une alliance. Ils avaient choisi l’Autriche, le pays où « l’extrême droite fleurit auprès de la jeunesse », selon le spécialiste du FPÖ, Patrick Moreau, pour lancer, le 4 avril 2014, YEAH (Young European Alliance for Hope, soit la Jeune alliance européenne pour l'espoir). Avec pour mots d’ordre la lutte contre « l’immigration massive » et « le chômage des jeunes » ils veulent attirer l’électorat jeune.
« La peur de l’immigration est directement liée à celle du chômage parce que les jeunes perçoivent l’immigration comme une menace sur l’emploi et sur la stabilité du pays », explique Patrick Moreau dans une interview pour le journal JOL Presse. Les jeunes représentants des partis d’extrême droite défendent une Europe des patries. « Nous voulons incarner un mouvement de "vrais Européens" », a annoncé Julien Rochedy, responsable de la jeunesse du Front national. « Nous sommes une organisation pro-européenne, mais nous avons d'importantes questions sur la forme actuelle de l'Union européenne ! », signale son collègue Tom Van Griekendu du parti Vlaams Belang en Belgique au journal Le Parisien.
Alors que les sondages prévoient la montée des partis d’extrême droite à moins d’un mois des élections européennes, le politologue français, Philippe Marlière avance qu'ils ne pèseront pas lourd au Parlement. Sur son blog, il annonce que même si les partis d’extrême droite réalisent une percée en mai prochain, « sur la base des estimations les plus favorables (…) avec le FN en France à 20-24 %, le Parti pour la liberté (PVV) à 12-15 % aux Pays Bas et UKIP au Royaume Uni à 12-15 %, l’extrême droite remporterait 50 sièges, soit 6,5 % du total des sièges au parlement ». Par ailleurs, pour former un groupe parlementaire à Strasbourg, ils devront rassembler vingt-cinq élus issus d’au moins sept pays différents. Face à leur hétérogénéité politique et idéologique, cela reste un défi majeur pour les partis d’extrême droite.

Nadine Ayoub

Dernière màj le 8 décembre 2016