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Le court-circuit ukrainien

Pays : Ukraine

Tags : Gaz, Moscou

La guerre du gaz s’amplifie entre Moscou et Kiev. Après l’ultimatum lancé par la compagnie russe Gazprom à l’Ukraine pour payer sa dette, la Russie a mis sa menace à exécution en décidant de couper le gaz à son ancien allié. La mesure est prise au sérieux par l’Ukraine qui tente de faire face par la voie diplomatique. A terme, la pénurie risquerait d'affecter l'Europe.

La Russie coupe le gaz

 

Les dirigeants ukrainiens ont espéré un accord jusqu’à la dernière minute mais la décision de Moscou est sans appel : la Russie a décidé d’interrompre ses livraisons de gaz naturel à Kiev. A l'expiration de son ultimatum lancé à l’Ukraine pour régler sa dette de 3,3 milliards d'euros, le géant russe Gazprom a annoncé qu'il mettait ses menaces à exécution. Désormais il ne fournira à l'Ukraine que ce qu'elle aura réglé en avance.

 

Après une série de négociations infructueuses, le directeur général de Gazprom, Alexeï Miller, a estimé lundi 16 juin en conférence de presse qu'il n'y avait « plus matière à discussion ». Seul le remboursement intégral de la dette permettrait d’annuler le système de prépaiement imposé par la Russie. Un paiement que l’Ukraine dénonce comme un chantage au service d’ ‘’une guerre du gaz’’ et qu’elle refuse de payer.

Naftogaz, la compagnie gazière ukrainienne a annoncé avoir saisi une cour d'arbitrage internationale à Stockholm pour contester le prix du gaz fixé par la Russie et réclamer de la part de Gazprom, le remboursement de 4,4 milliards d’euros pour «paiement excessif». Depuis février, les mille mètres cubes de gaz ont doublé, passant de 268 dollars à 485 dollars. De son côté, l'entreprise russe a contre-attaqué en saisissant à son tour la même cour d'arbitrage internationale concernant la dette gazière de l'Ukraine.

 

Les essais ukrainiens pour rétablir le courant

 

Mercredi 18 juin, le Président ukrainien Petro Porochenko a annoncé un ‘’cessez-le-feu unilatéral imminent’’ vis-à-vis des séparatistes pro-russes. L’annonce fait suite à un entretien téléphonique avec le Président russe pour tenter d’apaiser la situation militaire dans l’est du pays, où les conflits se poursuivent, causant la mort mardi de deux journalistes russes.

 

M. Porochenko a également annoncé la nomination de Pavlo Klimkine comme ministre des affaires étrangères. Le diplomate avait pris part aux négociations avec la Russie pour instaurer un plan de paix dans l'Est séparatiste. Il reçoit la double mission de régler les tensions avec Moscou tout en renforçant la liaison avec l’Europe.

 

L’Union européenne à la rescousse

 

Pour aider l’Ukraine à sortir du conflit gazier, Bruxelles a annoncé le mardi 17 juin sa décision de débloquer 500 millions d'euros. L’argent pourrait notamment servir à acheter du gaz à des compagnies européennes. Plusieurs d’entre elles sont en effet prêtes à approvisionner l'Ukraine. La compagnie Naftogaz est déjà cliente des groupes allemand RWE et français Gaz de France. L'acheminement pourrait se faire par la Hongrie , la Pologne et la Slovaquie, grâce à une inversion des flux dans les gazoducs.

 

15 % de la consommation européenne de gaz est acheminée par l'Ukraine. Le ministre ukrainien de l'énergie, Iouri Prodan, a donc assuré que la crise avec Moscou ne perturberait pas les transferts vers l'Europe. Mais Gazprom, le géant gazier russe, a mis en garde l'UE en évoquant de « possibles perturbations » si l'Ukraine prélevait du gaz destiné à l’Europe pour sa propre consommation, comme elle a pu le faire lors des précédents conflits liés au gaz en 2006 et en 2009.

 

                                                       Lire l'article ''le gaz russe, une arme à double tranchant''

 

Inquiète, l’UE envisage d’autres alternatives

 

Pour Guenther Oettinger, le commissaire européen à l’énergie, la coupure générée par la crise en Ukraine pourrait, si elle se prolonge, donner lieu à une pénurie «en cas d’hiver rigoureux». En effet, si la France utilise le nucléaire pour générer 70% de son courant, la plupart de ses voisins, comme le Royaume-Uni, la Slovénie, la Belgique ou la Roumanie produisent plus de 30% de leur électricité à partir du gaz, qu’ils achètent en grande partie à la Russie. Les pays de l’est sont ainsi dépendants à 100% de Moscou.

 

                                                    Voir notre article ''Roumanie : la guerre au gaz de schiste''

 

Bruxelles et Moscou tentent donc d’ouvrir d’autres voies pour éviter le transit par l’Ukraine. En 2012, le gazoduc Nord Stream a été inauguré. Il relie directement la Russie à l’Allemagne par la mer Baltique et réduit à 50% la part de gaz russe acheminé vers l’Europe et passant par l’Ukraine. A compter de 2016, la construction du gazoduc South Stream devrait relier la Russie à l’Italie et l’Autriche en passant par la Serbie, la Hongrie et la Slovénie. Mais les travaux peinent à avancer et le projet a été suspendu en Bulgarie par une décision de la Commission européenne début juin.

 

Autre alternative : le gaz naturel liquéfié (GNL). Développé dans les années 2000, il provient principalement du Qatar, d’Afrique du Nord et du Nigeria et a contribué à réduire la part du gaz russe dans la consommation européenne, de 45 à 40% en 2013.

Couteuses et diversifiées, ces pistes d’approvisionnement gazières vers l’Europe restent relativement réduites.

 

                                                voir notre carte interactive : '' l'Ukraine en chiffres''

Dernière màj le 8 décembre 2016