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Le cinéma militant de l'après-Maïdan

Pays : Ukraine

Tags : Ukraine, société, Maïdan

Montrer la réalité quotidienne du conflit qui les oppose aux séparatistes pro-russes au travers d'un cinéma militant pour une Ukraine européenne : voilà ce qui anime les membres de #Babylon’13, un jeune collectif de réalisateurs ukrainiens né en novembre 2013, au début du mouvement Euromaïdan. Depuis, ce sont plus de 200 courts et longs-métrages qui ont été produits et publiés sur leur chaîne youtube.

Ukraine : un projet cinéma citoyen

 

 

Filmées, montées et mises en ligne dans l’urgence, ces images ont été tournées pendant la révolte qui a mené à la fuite de l’ancien président, Viktor Ianoukovytch.

Images brutes, absence de commentaire et montages souvent nerveux sont la marque de fabrique des documentaires de #Babylon’13. Une trentaine de réalisateurs peuplent ce collectif, presque tous bénévolement. "Ce sont des professionnels, certains viennent de l’industrie du cinéma, d’autres du monde de la publicité, explique Anna Kapustina, l’une des productrices de #Babylon’13. Plusieurs d’entre eux ont quitté leur travail pour nous rejoindre et tenter de faire changer les choses. C’est ce qui explique que la qualité de nos vidéos est supérieure à ce que l’on pourrait attendre de nous". Les réalisateurs ne reçoivent aucune subvention de la part de l'Etat et la structure, qui compte trois caméras et autant de studios de montage, tient grâce aux dons et au bénévolat.

 

"Personne ne sait plus quoi croire. Les gens ont besoin de preuves"

Anna Kapustina, productrice de #Babylon'13

"Nos vidéos sont très attendues. Les gens veulent savoir comment les choses se passent réellement. Avec toute la propagande russe, personne ne sait plus quoi croire, raconte Anna Kapustina. Nombreux sont ceux qui regardent nos productions car ils y voient des amis ou des proches". La productrice se réjouit par ailleurs de l’impact des vidéos de #Babylon’13 sur le public international. "En Allemagne, par exemple, les gens ont été surpris par les images que nous leur avons montrées. Cela a vraiment permis de changer leur perception de la situation en Ukraine. Les gens sont curieux, ils veulent voir de vraies images et ils ont besoin de preuves". Les longs-métrages du collectif ont également été diffusés ailleurs en Europe, au Canada et aux Etats-Unis, où ils ont été reçus avec le même enthousiasme, selon le collectif.

 

Cinéma engagé ou propagande contre propagande ?

Au reste, on pourra se demander au vu de certaines productions si la réponse de #Babylon’13 aux messages séparatistes ne tient pas également d’une certaine forme de propagande. Images d’entraînements militaires, récits de soldats et grands élans patriotiques émaillent largement la chaîne youtube du collectif.

 

(sous-titres disponibles en anglais et en russe)

 

Les seules séquences montrant l'autre camp le font sur le mode de la contre propagande, sans essayer de raconter ou de comprendre. Pourtant, selon Anna Kapustina, un tel projet est en cours de réalisation : "C’est très difficile de traverser la frontière sans se faire attraper. Pour l’instant, nous en sommes au stade de la collecte d’images. J’espère que ce film pourra bientôt être diffusé".

 

"Le cinéma de la société civile"

A sa création, #Babylon’13 avait pour slogan "le cinéma de la protestation civile". Depuis, le collectif milite au travers d’un "cinéma de la société civile" : raconter, à coté des combats, la vie des citoyens dans la société de l’après Maïdan, au travers notamment de plusieurs portraits.

 

 

Aujourd’hui, le collectif est à la recherche de coopérations à l’étranger et de bénévoles pour traduire ses productions et élargir son audience. #Babylon’13 fait également appel aux dons pour lui permettre de stocker une quantité grandissante d’images, se procurer du meilleur matériel, agrandir ses studios et former ses caméramen aux environnements hostiles. Car, comme le dit Anna Kapustina, avec une pointe d’ironie : "L’enthousiasme n’est pas sans limites". 

Dernière màj le 8 décembre 2016