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"Le casse-tête afghan"

Pays : Afghanistan

Tags : citoyens, Justice, éducation

Avec le retrait progressif des troupes de l’Otan, à quoi les populations afghanes doivent-elles s’attendre ? ARTE Info vous présente le portrait de trois militants qui ont dédié leur vie au combat pour la paix, l’éducation et l’égalité.

Maria

Maria (40 ans) a vécu de nombreux bouleversements politiques en Afghanistan. Elle a suivi sa scolarité pendant l’occupation du pays par les troupes soviétiques, a fait ses études pendant la guerre menée par les moudjahidines, et elle était jeune mère de famille lorsque les talibans ont pris le pouvoir. Aujourd’hui, elle est la seule femme procureur d’Afghanistan et en tant que telle, la preuve vivante des progrès réalisés en matière de droits des femmes. Pourtant, des hommes puissants et influents considèrent chacune de ses apparitions publiques comme une provocation. Maria et sa famille sont exposées en permanence au risque d’agressions. D’ailleurs, sa maison a déjà été la cible d’un attentat à la bombe, dans lequel deux de ses gardes du corps ont été grièvement blessés. Maria ne sort jamais sans protection, chacun de ses visiteurs est soigneusement fouillé avant de pouvoir la rencontrer. Si ses enfants sont fiers d’elle, sa mère est inquiète. Elle a demandé à Maria de démissionner, mais la jeune femme n’y songe pas. Le procureur en appelle aussi à la communauté internationale pour éviter un retour à l’oppression.

 

Lotfullah

Lotfullah (26 ans) est directeur de l’information de Tolo News, une chaîne de télévision à Kaboul. Il dirige son équipe avec un optimisme inébranlable et une profonde confiance dans la jeune génération. Son métier s’apparente à un sacerdoce, car il travaille sept jours sur sept, souvent plus de 10 heures par jour. Sa chaîne d’information a été créée au moment où le secteur des médias a pu prendre son essor, grâce à la fin du régime répressif des talibans. Bien que Lotfullah appartienne à la minorité des Hazaras, persécutée par le passé, et que la liberté de ton pratiquée par sa chaîne lui ait valu beaucoup d’ennemis, il n’envisage pas de quitter l’Afghanistan. Le journaliste veut écrire une page de l’histoire de son pays et ne croit pas au retour des talibans. Il place ses espoirs dans la jeune génération qui a grandi après la chute des talibans.

 

 

 

Massoma

Massoma (31 ans) dirige une école privée qu’elle a elle-même fondée à Hérat. L’éducation est sa constante priorité : après la chute du régime des talibans, elle a été l’une des premières étudiantes de l’université d’Hérat. Une fois son diplôme en poche, elle a créé sa propre école, qui est l’œuvre de sa vie. Massoma s’engage également pour l’éducation de ses deux enfants, mais elle n’est pas très optimiste quant à l’avenir de son pays. Elle craint en effet une nouvelle montée en puissance des talibans en Afghanistan après le retrait des troupes de l’OTAN. Le cas échéant, son école qui accueille indifféremment des filles et des garçons pourrait devenir la cible des extrémistes. Pour elle, l’Afghanistan n’a pas d’avenir sans le soutien de l’Occident. Et s’il le faut, elle quittera son pays pour protéger ses enfants et son école, à qui elle serait plus utile en apportant un soutien financier depuis l’étranger qu’en mourant en martyre à Hérat.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016