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"Les partisans du Brexit n’ont aucun plan B !"

Pays : Royaume-Uni

Tags : Brexit, Referendum

C'est désormais officiel : le Royaume-Uni va redevenir une île face au continent européen. Le 23 juin, 52% des électeurs britanniques ont décidé de quitter l’Union européenne. Parfois très impliqués dans la campagne, nombre d’entre eux ont suivi en direct l'annonce des résultats jusque tard dans la nuit. Quelles conséquences le Brexit représente-t-il pour eux ? ARTE Info a posé la question à des Britanniques interviewés aux quatre coins du pays pendant la campagne.

 

"Sans l’UE, le nombre de subventions va diminuer"

Brian : "Les partisans du Brexit n'ont aucun plan B".

Brian Bowen élève des moutons et des vaches dans une ferme familiale à Princetown, au Pays de Galles. Très attaché à la culture galloise, il se considère autant britannique qu’européen et a voté contre une sortie de l’Union européenne. L’enjeu pour lui est de taille : les pays membres de l’UE sont ses principaux clients et 90% de la viande qu’il produit est exportée vers l’Europe. A cela s’ajoutent les nombreuses subventions qu’il reçoit de Bruxelles. En 2014, 54% de ses revenus provenaient de ces aides. Avec près de quatre milliards d’euros versés par Bruxelles en 2014, les dépenses agricoles représentent 57% de l'enveloppe globale fournie par l'UE, dépassant ainsi la moyenne européenne de 42%. "Sans ces aides, nous ne pourrions supporter les lois du marché", explique-t-il. En échange, l’Union européenne impose un certain nombre de normes, concernant notamment la santé des animaux. Des règles parfois lourdes à respecter : "La bureaucratie est le principal reproche fait à l’Europe", explique Brian. "Mais la responsabilité vient aussi de notre gouvernement qui accepte ces règles et en ajoute encore". Pour l’éleveur, une sortie de l’UE ne résoudra rien : "Les partisans du Brexit l’ont montré pendant la campagne : il n’ont pas de plan B. On ne sait pas ce que l’on deviendra une fois en dehors de l’UE".

"Il sera plus difficile d'embaucher"

Mairtin : "L'UE est bénéfique pour notre entreprise".

Alors que l'Angleterre et le Pays de Galles ont majoritairement soutenu une sortie de l'UE, les Londoniens, eux, voulaient garder un pied en Europe. La capitale anglaise s'est donc réveillée en colère et sous le choc. Depuis plusieurs anénes, la start-up Ravelin emploie des personnes d’une dizaine de nationalités différentes. Pour Mairtin O’Riada, l’un de ses trois fondateurs, l’UE représente un avantage économique car elle facilite les relations avec les pays européens. Membre du groupe #TimeToVote incitant les employeurs à ménager du temps libre à leurs salariés pour aller voter, Mairtin a suivi l'annonce des résultats tard dans la nuit depuis chez lui. "D’habitude, je ne m’engage pas en politique mais cette fois-ci l’enjeu était trop important", explique-t-il. Contacté par téléphone, le constat qu'il dresse est amer : "Ce vote marque la victoire de la peur et du repli sur soi, reconnaît-il, choqué. Pour lui, l’UE est loin d’être parfaite, elle a besoin de réformes, mais l'entrepreneur aurait aimé que les Britanniques participent à ces réformes plutôt que d’assister aux changements, impuissants. "Sans l’UE, notre entreprise pourra fonctionner, mais ce sera beaucoup plus compliqué d’embaucher des personnes". Spécialisée dans la détection de fraudes sur internet, son entreprise vend ses services à de nombreuses entreprises internationales. Comme beaucoup de start-ups basées à Londres, la petite structure est très dépendante du marché économique et des investisseurs. Son avenir est donc à présent très incertain car le Brexit risque bien de refroidir les échanges. Dès l’annonce des résultats, la livre sterling a plongé de 7% face au dollar, un record depuis 1985. La stabilité monétaire et financière du pays n’est pas la seule menacée : les Bourses européennes devraient s'effondrer de près de 10% selon l’institut Bloomberg. 

"En Écosse, le Brexit pourrait raviver le désir d’indépendance"

Fawns : "Le Brexit va nuire à l'unité du pays".

Contrairement au Pays de Galles et à l’Angleterre où les électeurs ont voté massivement pour le Brexit, 62% des Écossais ont soutenu le maintien du pays dans l’UE. A Edimbourg, la campagne a suscité peu d’intérêt. "Seuls quelques pro-européens ont milité dans les rues pour le maintien", raconte Fawns Reid. Dans sa boutique de chapeaux située dans le quartier touristique de Grassmarket, la commerçante ne comprend pas : "Tout le monde ici était d’accord pour rester dans l’UE”.  Le parti europhobe UKIP n’est pas très populaire en Écosse et la région bénéficie de nombreuses aides régionales versées par Bruxelles. "Avec le Brexit, le gouvernement de Londres risque de se radicaliser. Ce sera le moment pour l’Écosse de quitter le Royaume-Uni.” Deux ans après le rejet de l’indépendance par 55% des électeurs écossais, un nouveau vote pourrait être organisé : la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a d'ores et déjà affirmé que le pays voyait "son avenir au sein de l'Union européenne". Pour la commerçante, "organiser un référendum n’est pas une bonne manière de gouverner. Tout n’est pas blanc ou noir".

"En Irlande du Nord, le vote risque de nuire au processus de paix"

Peter : "Le Brexit divise en Irlande du Nord".

Peter Hughes est conducteur de taxi à Belfast. Depuis dix ans, il emmène les touristes dans les quartiers sombres de la ville. Le mur séparant les catholiques et les protestants existe toujours. Le Brexit pourrait nuire au processus de paix amorcé il y a plus de quinze ans. "Le référendum a divisé les habitants de Belfast", explique Peter. "Les protestants royalistes soutenaient les Anglais et voulaient quitter Bruxelles, tandis que les catholiques unitaristes voulaient rester dans l’UE". Favorable au maintien, le conducteur de taxi est consterné : "Personne ici ne s'attendait à voir le Brexit triompher. On ne veut pas quitter l'UE. Il y aura donc forcément des conséquences." Peter voit dans le Brexit le rétablissement d’une frontière entre l’Irlande du Nord et du Sud. Celle-ci est quasiment inexistante depuis janvier 1993. La voix teintée de colère, Peter songe même à quitter son pays, si celui-ci était contraint de suivre Londres en quittant l'UE : "Je peux aller vivre à Dublin car j’ai la nationalité irlandaise, mais certains de mes amis ont demandé un passeport irlandais pour pouvoir rester dans l’UE." 56% des électeurs nord-irlandais ont voté pour le maintien. Le Sinn Fein, ex-vitrine politique de l'Armée républicaine irlandaise, a déjà appelé à un référendum sur une Irlande unifiée. 

"Sans le Royaume-Uni, l’UE sera affaiblie"

Atam : "L'UE fera faillite".

Dès le début de la campagne, Atam Vetta était persuadé que le Brexit allait l’emporter. Ce chercheur retraité vivant avec sa femme à Oxford a activement milité aux côtés de Vote Leave, un groupe soutenant la sortie du pays. "Avec le Brexit, le deuxième pays européen donateur quittera la Commission", annonce-t-il. "Les autres États membres ne seront plus en mesure de suivre le chemin que prend Angela Merkel, notamment concernant sa politique migratoire. L’UE fera faillite." Immigré originaire de Muridke, une ville aujourd'hui située au Pakistan, Atam s’est pourtant battu toute sa vie contre le racisme en tant que militant du Parti travailliste. Aujourd’hui, sa position sur l’Europe a bien changé. Pour lui, le départ du Royaume-Uni annonce la fin du projet européen. Il ouvre surtout la voie aux eurosceptiques des autres Etats membres : En France, la cheffe du Front nationale a demandé un "référendum dans l'UE", tandis que le député d'extrême droite néerlandais Geert Wilders a réclamé un référendum sur une éventuelle sortie des Pays-Bas.

 

Les Britanniques savent qu’il y a un prix à payer

Susan : "On devait réparer l'erreur."

En 1975, Susan Harris a dit oui au référendum sur l’Europe. Depuis, sa position a bien changé. Pour cette violoniste vivant dans une zone rurale située dans l’est de la Grande-Bretagne, l’union entre Londres et Bruxelles est un mariage raté :"Nous avons commis une erreur en joignant l’UE. A l’époque, le général De Gaulle en France s’opposait à notre adhésion. Il était le seul à comprendre la mentalité anglaise et à savoir qu’on ne serait jamais heureux.” En soutenant le Brexit, Susan est convaincue d’avoir réparé l’erreur. Elle a milité avec intérêt pour la sortie du pays durant les six semaines de campagne. Aujourd’hui, elle se sent fière d’être Britannique : “Bien sûr, il y aura des conséquences. Mais les gens en sont conscients. Ils savent qu’il y aura un prix à payer."

 

Dernière màj le 19 juillet 2016