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L’avenir de la Grèce selon les journaux européens

Pays : Grèce

Tags : Revue de presse

Comment l’Europe réagit-elle au "Non" retentissant du peuple grec à ses créanciers ? Entre l’Allemagne, la France ou encore l’Italie, les réactions des éditorialistes divergent. Pour certains, la réponse du peuple grec marque le début d’une nouvelle ère, mais pour beaucoup d’autres, le "Non" est une erreur. En véritable rejet de la politique d’austérité que la Grèce subit depuis des années, l’issue du référendum risque surtout de l’isoler, et de rendre les négociations encore plus difficiles. Revue de presse des articles européens dédiés à la crise grecque :

Points de vue

La rédaction d'ARTE divisée elle aussi

Dès l’annonce d'Alexis Tsipras de consulter son peuple sur les réformes proposées par les créanciers, la couverture médiatique de l’événement, en France et ailleurs, a basculé dans une virulente campagne anti-Syriza, le parti de gauche au pouvoir en Grèce. Ce lundi, l’observatoire des médias Acrimed a publié une savoureuse compilation du "meilleur du pire de l’information sur le référendum", qui montre le mépris affiché par une grande partie des quotidiens et chaînes de télévision hexagonaux à l’égard de l’initiative du premier ministre grec. L'émission ARTE Journal a d’ailleurs elle aussi été épinglée par le site internet de l’hebdomadaire Télérama pour ses saillies contre "l’indiscipline des Grecs".

Au sein de notre rédaction, le référendum grec a réveillé, dix ans plus tard, les souvenirs du référendum français sur le traité établissant une constitution pour l'Europe de 2005. A l’époque, nos échanges internes se cristallisaient autour des points de vue des collègues "gauchistes" et "droitiers". Mais cette fois-ci, les débats ont plutôt opposé (une fois n'est pas coutume) les journalistes français, partagés sur l'attitude à adopter face à Tsipras, et allemands, plutôt en phase avec la fermeté du gouvernement Merkel. Un exemple parmi d’autres : ce message posté sur le réseau social Facebook dans la nuit de dimanche à lundi par notre reporter Patrick Schulze-Heil, un collègue que l'on peut pourtant difficilement accuser d’être un soutien politique de la chancelière...

"Highway to Hellas [référence à la chanson du groupe de hard rock AC/DC, ndlr]. Pourquoi personne n’a expliqué aux Grecs que depuis le 30 juin à minuit [quand la Grèce a officiellement fait défaut sur sa dette au Fonds monétaire international], le référendum n’a plus aucun fondement ? L’offre sur lesquels les citoyens devaient se prononcer n’était déjà plus d'actualité et les négociations futures avec les "terroristes" de Bruxelles vont désormais s’avérer encore plus compliquées. Aujourd’hui, 110 millions d’euros [le coût estimé de l’organisation du référendum] sont partis en fumée alors que les caisses de l’Acropole sont déjà vides. Bilan de tout ça : les populistes au pouvoir ont sauvé leur peau et l’extrême-droite européenne, de Le Pen à Farage, applaudit le résultat du scrutin. Je crains seulement que dans les prochains jours, tout prenne fin pour la Grèce. Si la Banque centrale devait fermer le robinet à billets, ce ne serait plus que des larmes qui couleraient…"

Highway to hélas, cher collègue. Pourquoi personne n'a expliqué à l'Union européenne, à la Banque centrale et au Fonds monétaire international qu'une majorité de Grecs aspire à autre chose qu'à ce chemin de croix sans fin que sont les cures d'austérité, totalement inefficaces pour désendetter le pays ? Dimanche, la démocratie a parlé - et gagné - au sein d'une Union politique et monétaire qui en manque cruellement. Et ce n'est pas parce que les nationalistes de tout poil, Marine Le Pen et le Britannique Nigel Farage en tête, saluent les résultats du scrutin, qu'il faut y voir là un quelconque ralliement : les montées de Syriza en Grèce, de Podemos en Espagne et, plus généralement, des forces progressistes en Europe, sont le meilleur rempart contre la montée de l’extrême-droite, eurosceptique et xénophobe. Bien malin celui qui peut prédire de quoi les lendemains vont désormais être faits en Grèce. Les sempiternels sommets et réunions vont se poursuivre dans les prochains jours et prochaines semaines et oui, il y a de fortes chances que ces négociations aboutissent à une sortie de l'euro pour les Hellènes. Mais là n'est sans doute pas l'essentiel : l'expression démocratique importe plus que tout accord autour d'une monnaie. L'idéal européen ne peut s'en sortir que grandi.

Dernière màj le 8 décembre 2016