Autriche : conservateurs et nationalistes veulent une Europe des frontières

Pays : Autriche

Tags : FPÖ, Strache, ÖVP

Chargé de former un nouveau gouvernement, le jeune chef du parti conservateur (ÖVP) Sebastian Kurz a invité le parti d’extrême droite autrichien (FPÖ) à des négociations exclusives en vue de former une coalition. Principal prérequis : "une orientation pro-européenne claire". Quelle Europe les deux partis pourraient-ils bien essayer de concocter ensemble ? Les discussions sont en cours, mais une chose est sûre : il s'agira d'une Europe fermée aux migrants et résolument tournée vers l'Est.

Une forteresse face aux migrants

Premier point d’accord entre le leader du Parti Populaire autrichien (ÖVP), Sebastian Kurz, et celui du Parti de la Liberté dirigé par Heinz-Christian Strache : tous deux s’entendent sur la nécessité de refermer les frontières de l’Europe afin de faire face à l’afflux de migrants. C’était un thème récurrent dans la campagne de Sebastian Kurz : le candidat ne manquait pas une occasion de rappeler que c’est à son initiative qu’a été « fermée » la route des Balkans début 2016, ou qu’il avait été le premier à suggérer qu’il était également possible de bloquer l’accès à l’Europe par la Méditerranée.

Une Europe qui regarde d’avantage vers l’Est

Pour mettre en place cette politique migratoire, autant avoir des alliés. Après avoir tenu un discours eurosceptique pendant des années, le FPÖ a revu sa copie : son leader Heinz-Christian Strache déclarait cet été encore qu’il n’envisageait plus la sortie de son pays de l’Union européenne. En revanche, Strache prône un rapprochement avec les États du « groupe de Visegrád » ( Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) qui se sont fermement opposés au mécanisme de relocalisation des réfugiés adopté par les États membres de l’Union européenne au plus fort de la crise migratoire. Sebastian Kurz ne s’est pas encore exprimé à ce sujet. Mais il a affiché sa proximité avec le président hongrois Viktor Orbán lors d’un débat avec Strache précédant les législatives : « Orbán ne vous accorderait même pas un rendez-vous. Moi, je pourrais vous y aider. »

Un tel revirement apporterait un cachet symbolique singulier au bloc de l’Est. C’est ce que mettait en avant l’éditorialiste polonais du quotidien Rzeczpospolita au lendemain des législatives: « Si Vienne devait réellement s'associer à Bratislava, Budapest et Varsovie, le V4 gagnerait considérablement en importance. Il ne s'agit que d'un pays de près de neuf millions d'habitants. Mais un pays issu d'un autre monde, meilleur que le nôtre - aux yeux des élites européennes. »

Une Europe aux racines chrétiennes 

Résister face à « l’islamisation de l’Europe », c’est plus le combat de l’extrême droite que des conservateurs. Mais en

Après la percée de l'AfD aux législatives allemandes, Strache et Kurz se sont lancés dans une surenchère identitaire.

Reinhard Heinisch - Politologue autrichien

pleine campagne électorale, le ÖVP n’a pas hésité à sortir la carte de la grande tradition chrétienne de l’Autriche que celle-ci doit « pleinement assumer ». « Après la percée de l’AfD (le parti de l’extrême droite) aux élections législatives allemandes, Strache et Kurz se sont lancés dans une surenchère identitaire », analyse ainsi le politologue autrichien Reinhard Heinisch. 

Une Europe qui fait « moins, mais mieux »

C’est le programme européen du parti conservateur autrichien ÖVP résumé en une phrase : l’Union européenne est là pour s’occuper de ce que les États ne peuvent régler seuls, comme la question migratoire et le terrorisme. Pour toutes les questions sociales et sociétales en revanche, c’est aux États membres d’avoir la main. « Et après ? s’interroge Reinhard Heinisch. Au fond, le programme de Sebastian Kurz est extrêmement flou, il contient très peu de propositions concrètes. Dans les faits, si Bruxelles refuse les propositions autrichiennes, va-t-il y avoir une réelle escalade ou Sebastian Kurz va-t-il rentrer chez lui la queue entre les jambes ? ». En clair, le futur gouvernement autrichien va-t-il vraiment se battre pour réformer l’Europe comme il l’a promis pendant la campagne ou s’agissait-il avant tout de gagner quelques voix ?