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L’Allemagne durcit le ton contre le terrorisme

Pays : Allemagne

Tags : lutte anti-terrorisme, Allemagne, Attentats

Les attentats commis cet été à Ansbach, Würzburg et Reutlingen ont déclenché une vague de peur en Allemagne. En réaction, les milieux politiques ont pris des mesures : jeudi, le ministre de l’Intérieur allemand Thomas de Maizière (CDU) a présenté un vaste arsenal sécuritaire censé empêcher les menaces terroristes commises outre-Rhin. Les délinquants étrangers devraient être expulsés plus rapidement et les terroristes pourraient perdre la nationalité allemande. Le plan anti-terroriste a trouvé écho auprès des ministres de l’Intérieur conservateurs des différents Länder, qui ont établi un catalogue de mesures allant beaucoup plus loin. Ils réclament notamment la remise en cause de la double nationalité.

Que préconisent les différentes propositions ? ARTE Info les résume en neuf points.

Déchéance de nationalité pour les djihadistes binationaux, procédures d’expulsion accélérées : le dispositif de mesures anti-terroristes présenté jeudi par ministre de l’Intérieur repousse les limites. Certains points du projet ont fuité avant d’être présentés, entraînant de vifs débats au sein de la classe politique. Ce plan pourrait être mis en œuvre dès septembre 2017, date de la fin de l’actuelle législature. En arrière plan figurent en effet les élections régionales cette année et surtout, les élections législatives en 2017. Pas question pour la CDU de laisser le champ libre au parti d'extrême-droite AfD. Mais le ministre de l’Intérieur doit encore convaincre le parti social-démocrate formant partie du gouvernement de coalition.

 

Les propositions présentées par le ministre de l’Intérieur ​

Des expulsions plus rapides​

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"Nous avons besoin de procédures accélérées pour l’extradition de personnes coupables de délits et pour les étrangers présentant un danger pour la sécurité publique", a annoncé le ministre. Il souhaite que les étrangers exposés à des poursuites pénales soient plus rapidement mis en détention et expulsés. Cette mission doit être assurée par une force spéciale d’intervention composée d’agents de l’État fédéral et des Länder. De manière générale, il convient d’écourter la durée de séjour des étrangers relevant d’une extradition : s’ils ont fourni des renseignements erronés quant à leur identité, ils doivent être transférés au plus vite dans un centre de rétention avant d’être renvoyés dans leurs pays d’origine. L‘"apologie du terrorisme" doit, elle, être sanctionnée.

 

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La déchéance de la nationalité allemande​

Thomas De Maizière a par ailleurs annoncé que “les Allemands qui participent aux combats à l'étranger pour une milice terroriste et qui possèdent une autre nationalité doivent à l'avenir perdre leur nationalité allemande". La déchéance de nationalité avait également été proposée en France après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris mais la proposition a été abandonnée en mars, sur fond de tiraillements politiques.

A lire aussi : Le point sur la déchéance de nationalité en Europe.

 

Prise en charge des réfugiés​

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Le ministre de l’Intérieur insiste sur la nécessité de prévoir une meilleure prise en charge sociale des réfugiés pour contrer le risque de radicalisation. Ceux qui leur dispensent des cours doivent être mieux préparés au contact avec des personnes victimes de traumatismes. Le dispositif souhaité par de Maizière comprend des contenus complémentaires en matière de cours d’intégration ainsi que la possibilité pour le BAMF, l’Office fédéral pour les migrations et les réfugiés, de transférer des données aux services de sécurité.

 

Assouplissement du secret médical ?​

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C’est la mesure qui a suscité le plus de réactions médiatiques : le texte prévoyait que les médecins puissent "informer à temps les autorités des crimes planifiés par leurs patients". En juillet, un déséquilibré inspiré par le tueur norvégien d'extrême-droite Anders Behring Breivik, avait abattu neuf personnes avant de se donner la mort à Munich. Or pour les médecins, briser le secret médical ne résout rien : lors  des récents attentats, aucun médecin n’a pu présager un possible passage à l’acte. Selon Frank Ulrich Montgomery, président de la Chambre fédérale des médecins, “des constatations sans preuve ni fondement ne suffisent pas au médecin à dénoncer son patient auprès des autorités". La mesure a donc été abandonnée. A la place, le ministre veut privilégier le dialogue avec les médecins.

 

Les propositions des ministres de l’Intérieur conservateurs des Länder

Au niveau régional, certains ministres vont encore plus loin que la batterie de mesures présentée jeudi. Les membres de l'Union chrétienne-démocrate ont rédigé un projet et une "Déclaration de Berlin", devant être officiellement présentée lors d’une rencontre prévue les 18 et 19 août. Certains points ont déjà fuité dans les médias dès mercredi.

 

Plus de policiers

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Le ministre de l’Intérieur et ses homologues des Länder sont d‘accord pour renforcer les effectifs de police. Lors d’une récente visite auprès de la police fédérale à Brême, Thomas de Maizière a parlé des exigences croissantes auxquelles sont soumises les forces de l’ordre : "Nous traversons des temps difficiles, avec une menace terroriste élevée qui fait peser sur la police une pression considérable." Dans leur "Déclaration de Berlin", les ministres demandent le recrutement de quinze mille policiers supplémentaires, mieux armés, au niveau fédéral et dans les Länder.

 

La fin du double passeport

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Depuis 2014, les enfants nés de parents d’origine étrangère en Allemagne et qui y ont grandi ont le droit de posséder deux nationalités. Les sociaux-démocrates (SPD) et les Verts s’étaient à l’époque réjoui de cette réforme. Le projet présenté par les ministres en question revient sur cette mesure, perçue comme “un grand obstacle à l‘intégration" : “Nous sommes opposés à la double nationalité par respect du principe de loyauté envers l’Etat allemand. Ceux qui veulent s’engager politiquement au sein de gouvernements étrangers devraient quitter l’Allemagne."
Sentant monter la polémique, le gouvernement a rapidement réagi : "Le gouvernement fédéral n’a pas l’intention d’amender la législation relative à la double nationalité",  a déclaré mercredi Ulrike Demmer, porte-parole adjointe du gouvernement.

 

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Interdiction de la burqa

Le débat est ancien. Il refait surface avec le projet de lois sur la sécurité : Les conservateurs de la CDU proposent d’interdire le port de la Burqa, à l’instar de ce qui se pratique depuis le début de l’été dans plusieurs cantons suisses. Pour justifier cette interdiction, la proposition indique “la liberté de la croyance religieuse est un droit fondamental. Mais il n’y a pas de place en Allemagne pour un extrémisme religieux et l’abus de symboles religieux.” Le texte pose également la question de la lutte contre le financement des mosquées par des organisations extrémistes.

 

L'intervention de la Bundeswehr 

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Le rôle de l'armée sur le territoire allemand est très limité depuis la fin de la période nazie. Mais fin juillet, la ministre de la Défense Ursula von der Leyen a relancé le débat en ordonnant à l'armée de se tenir prête à intervenir lors de la tuerie de Munich. Angela Merkel a dans la foulée proposé un renfort de l'armée en cas de gros attentats. Indéite depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la situation fait débat. Mais pour le ministre de l'Intérieur de la Sarre Klaus Bouillon, il serait "paradoxal et absurde de voir la police atteindre ses limites en cas d'urgence exceptionnelle pendant que l'armée regarde sans aider".

 

Renforcer la surveillance, armer la police

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Les ministres réclament un accès des services secrets aux données collectées et stockées sur internet. Mais la surveillance de l’espace public est aussi à l’ordre du jour : les gares et les aéroports, mais aussi d’autres lieux publics pourraient être davantage contrôlés par le biais de caméras de surveillance. Les policiers pourraient également être mis à contribution en étant équipés de mini-caméras personnelles. Pour les défenseurs du projet, cette mesure vise à protéger la population et les policiers.

 

Dernière màj le 4 septembre 2016