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L’agonie des grands chantiers allemands

Pays : Allemagne

Tags : Grands travaux, Aéroport Willy-Brandt, Gare de Stuttgart

Réputée pour son économie modèle, l’Allemagne n’est pas aussi parfaite qu’elle en a l’air. Doté d'équipements vieillissants, le pays d’Angela Merkel a lancé en grande pompe des chantiers faramineux, qui tournent aujourd’hui au désastre.

 

Retards, malfaçons, explosion du budget, la belle mécanique allemande s’enraye. Les projets d’équipements publics n’en finissent pas de prendre du retard. La faute en revient à des complications politico-administratives. « La réputation de l'Allemagne est atteinte », avoue Lars Funk, un des dirigeants et porte-parole de l’Association des ingénieurs allemands (VDI).

Qu'il s'agisse d’autoroutes, de gares ou d’aéroports, construire devient de plus en plus difficile. L’entente entre ville, Land (région) et Bund (État) est un vrai casse-tête, ces différentes entités ne partageant pas les mêmes visions et opinions. Et si on ajoute à cela des désaccords entre élus et ingénieurs, le fiasco est inévitable, comme cela a été le cas avec la gare centrale de Berlin. Cette dernière, aujourd'hui en service après sept ans de retard, doit encore subir d’importants travaux à cause de la mauvaise qualité de son toit en verre.

Un aéroport sans avions

Avec un dépassement de 3 milliards d'euros sur un budget de départ de 1,7 milliard, et au moins cinq ans de retard, l’aéroport Willy-Brandt n’a pas fini de scandaliser les Allemands. Prévu pour être inauguré le 3 juin 2012, le site est aujourd’hui un lieu désert. « Une grande fête était prévue, les cartons d'invitation avaient été envoyés, y compris à la chancelière Angela Merkel, explique Andreas Otto, conseiller municipal de Berlin et membre de la commission d'enquête sur les dysfonctionnements du chantier. Mais trois semaines avant l'événement, la haute autorité chargée de l'homologation du site rend son avis : “défavorable” ».

Pas moins de 100 000 malfaçons ont été détectées à l'aéroport Willy Brandt de Berlin."

 

Pas moins de 100 000 malfaçons ont été détectées : le système de livraison de bagages est sous-dimensionné ; il n’y a pas assez de comptoirs d'enregistrement car le hall des départs est trop exigu ; les escaliers mécaniques commandés sont trop courts pour atteindre l'étage des embarquements. Dernière péripétie, en juin 2014, des éboueurs berlinois ont trouvé dans des bennes à ordures des classeurs contenant des plans de l’aéroport, jetés par l’ancienne équipe technique licenciée entre-temps.

Klaus Wowereit, le bourgmestre-gouverneur de Berlin, a fait les frais de ce chantier arrêté. Après treize années de mandat, l’homme politique allemand, qui était aussi le président du conseil de surveillance*  de l’aéroport, a démissionné en août 2014.

Une gare souterraine qui divise

Avec ses 600 000 habitants, la ville de Stuttgart est divisée en deux camps qui s’affrontent autour du projet de gare souterraine « S 21 » (« S » pour Stuttgart et « 21 » pour XXIe siècle). Certains y voient une construction indispensable à l’économie du Land de Bade-Wurtemberg, où se trouvent les entreprises Mercedes-Benz, Porsche, Siemens et Bosch. Pour les autres, c’est une pure folie, une énième lubie de privilégiés qui aura des répercussions sur l’écologie.

En 2010, de violentes manifestations se produisent, et le S21 devient un enjeu politique qui propulse les Verts, opposés au projet, à la tête du Land en mars 2011. C’est la première fois depuis cinquante-huit ans que les chrétiens-démocrates ne gouvernent pas cette partie de l’Allemagne. Une victoire électorale qui n'a pas empêché le « oui à la gare » de l'emporter lors d'un référendum organisé en novembre 2011 pour tenter de stopper les travaux.

 

Céline Peschard

 

 

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* Organe administratif permanent qui a pour mission de veiller au bon fonctionnement d'une entreprise, ici d’un aéroport, et d'en rendre compte aux actionnaires.

 

 

Dernière màj le 13 janvier 2017