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L'accord surprise de Trump avec le Mexique

Pays : Monde

Tags : fake news, Alternative news, Nieto

C’est une énorme surprise dans la crise entre le Mexique et les Etats-Unis. Le président Enrique Peña Nieto annonce contre toute attente s’engager à "réaccepter sur trois ans 500 000 migrants mexicains arrivés illégalement sur le territoire américain". Pour le Président Trump, c’est un triomphe. Incroyable ? Eh oui, l'article ci-dessous est ce qu’on appelle un ‘fake’, un faux, volontairement trompeur. Une prétendue information généralement lancée dans un but précis. Le nôtre est d’attirer l’attention sur ce phénomène qui a pris, lors de la dernière campagne électorale américaine, une ampleur sans précédent. Nous avons utilisé un contexte réel, puis nous avons brodé. Toujours à la limite du vraisemblable. Parallèlement, nous avons demandé au journaliste allemand Peter Welchering de nous expliquer à quoi reconnaitre un ‘fake’, car dans ce monde de ‘post-vérité’, il n’est pas toujours facile de s’y retrouver. D’autant qu’à côté des ‘fakes’, il existe aussi les ‘hoaxes’, la ‘réinformation’, ou encore ce qu’on appelle si poétiquement, et cyniquement, les ‘faits alternatifs’. 

Le Mexique accepte de reprendre 500 000 immigrants arrivés illégalement aux Etats-Unis

 

C'est une immense surprise, après que le président mexicain Enrique Peña Nieto a annoncé jeudi qu'il renonçait à rencontrer Donald Trump : le Mexique accepte la proposition polémique de son voisin américain de reprendre 500 000 migrants ayant passé la frontière clandestinement. En contrepartie, le nouveau président américain ne tentera pas de renégocier l'Aléna.

Solennel, et probablement conscient de l'étonnement que ce nouveau rebondissement allait susciter, Eduardo Sanchez, le porte-parole du président mexicain, s'avance lentement à la tribune vendredi matin : "Nous nous engageons à réaccepter sur trois ans 500 000 migrants mexicains arrivés illégalement sur le territoire américain dans le cadre d’un programme intitulé ‘Retour au pays’"

Personne n'imaginait plus d'accord entre les deux pays, alors qu'Enrique Peña Nieto a déclaré jeudi qu'il ne rencontrerait pas son homologue le 31 janvier. C'est précisément pour préparer cette rencontre que les ministres de l'Economie et des Affaires étrangères mexicains se sont rendus mercredi à Washington.

Pas de renégociation de l'Aléna
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L'administration américaine a dévoilé dans un communiqué les détails de cet accord. Les migrants mexicains illégaux détenus dans des centres de rétention seront raccompagnés par les forces de l’ordre américaines à la frontière, où ils seront pris en charge par les autorités mexicaines et pourront bénéficier d’une allocation de retour, destinée à les aider financièrement. "Nous nous réjouissons que ce programme permette d’intensifier la coopération entre la police et les services de l’immigration américains et mexicains", a déclaré Sean Spicer, le porte-parole de Donald Trump.  

En échange, Washington cède à une autre demande de Mexico en acceptant de ne pas renégocier l’Aléna, le traité de libre-échange signé en 1994 entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada, que Donald Trump avait déclaré vouloir remettre en question. Son gouvernement avait d’ailleurs averti les deux pays que les Etats-Unis étaient prêts à quitter l’Aléna s’ils refusaient une négociation "qui apporte aux travailleurs américains un accord équitable".

Un désaccord majeur encore sur la table

Les relations sont historiquement tendues entre les deux pays, après la virulente campagne électorale de Donald Trump sur l'immigration. Loin de vouloir apaiser la situation, Donald Trump s'est fendu mardi d'un tweet faisant référence à sa promesse la plus symbolique, celle de construire un mur à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis : "Grand jour prévu demain sur la SECURITE NATIONALE. Parmi beaucoup d'autres choses, nous allons construire le mur!". Le lendemain, il a signé une série de décrets sur l'immigration, dont l'un autorisant la construction de cet édifice.

 

Allez voir ailleurs

Un édifice qu’il dit vouloir financer avec les vingt-cinq milliards de dollars que les immigrés mexicains envoient par an à leur famille restée au pays. Mercredi soir, dans un message vidéo posté sur Twitter, Enrique Peña Nieto a de nouveau affirmé son opposition à ce projet : "Le Mexique ne croit pas aux murs. Je l'ai dit plusieurs fois : le Mexique ne paiera pour aucun mur".

Les événements se sont alors précipités. Le bouillant président américain a posté un tweet assassin : "Si le Mexique n'est pas prêt à payer le mur, qui est vraiment nécessaire, ce serait mieux d'annuler la rencontre à venir". Quelques heures plus tard, c'est le dirigeant lui-même qui a annoncé, lui aussi sur Twitter, qu'il renonçait se rendre "à la réunion de travail programmée mardi prochain".

 

Mode d'emploi : comment avons-nous procédé ?

Comme beaucoup d'autres "fakes", cet article reprend les codes du journalisme, dans le style d'écriture, mais aussi dans la mise en forme : titre, "chapô", intertitres. Tout y est vrai... ou presque. Nous sommes partis d'un événement bien réel, à savoir la venue des ministres de l'Economie et des Affaires étrangères mexicains à Washington. Le contexte n'est pas inventé, lui non plus : Donald Trump s'est illustré au cours de sa campagne électorale par sa promesse de construire un mur à la frontière avec le Mexique et s'en est régulièrement pris aux immigrants mexicains aux Etats-Unis. Dimanche dernier, il a également affirmé sa volonté de renégocier l'Aléna. Les tweets des deux présidents existent, eux aussi.

Par contre, il n'a jamais été question, pour Enrique Peña Nieto, de "reprendre" de migrants passés illégalement aux Etats-Unis. Et encore moins en échange d'une promesse du président américain de ne pas toucher au traité de libre-échange entre les Etats-Unis, le Mexique, et le Canada. Un autre conseil : vérifiez les citations et vous remarquerez très vite qu'il n'existe aucune trace ailleurs des propos de Sean Spicer et d'Eduardo Sanchez cités en début d'article. Et enfin, même si cela peut sembler évident à la plupart de nos lecteurs : avant de partager un article sur les réseaux sociaux, ne vous contentez pas de lire son titre, aussi accrocheur et étonnant soit-il, et lisez-le jusqu'au bout. 
 

Pourquoi beaucoup de personnes semblent-elles aujourd'hui faire plus confiance aux informations trouvées sur les réseaux sociaux que sur les médias traditionnels ?
L'avis de Peter Welchering : "Beaucoup d’études circulent à ce sujet. Certaines d’entre elles disent que les fake news ont en fait eu peu d’influence sur la campagne électorale américaine. La télévision en a eu beaucoup plus. Mais il y a des études qui interprètent cette situation tout à fait différemment. Je pense que beaucoup d'utilisateurs de ce que j'appelle les médias traditionnels sont déçus par ces derniers, car ils ont l'impression qu'ils sont orientés et qu'ils défendent certains intérêts. Ils vont donc chercher d'autres informations sur les réseaux sociaux."

Dernière màj le 27 janvier 2017