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La vraie-fausse ouverture aux médias étrangers

Pays : Algérie

Tags : élection présidentielle, médias, Liberté de la presse, RSF

Obtenir un visa de journaliste étranger pour la couverture de l'élection algérienne n'est pas une sinécure. Dans cette période sensible, les délais d'obtention ont été sensiblement rallongés. A quelques heures du scrutin, une grande partie des journalistes occidentaux ayant fait leur demande ont obtenu leur précieux laisser-passer à l'exception notable du Petit Journal de Canal+, coupable sans doute d'avoir ironisé sur l'Etat de santé du président-candidat Bouteflika. Mais attention, un visa de journaliste pour l'Algérie n'a rien d'un sésame. La procédure est en effet très restrictive.

L'impossible travail d'investigation

Dans un appel à une plus grande liberté de couverture de la présidentielle daté du 15 avril, RSF rapporte que le ministère algérien de la Communication a limité les médias étrangers à la stricte couverture du scrutin lui-même. Exit donc les sujets sur les difficultés économiques ou sociales par exemple. Problème : retardés par les procédures de demande de visas, la plupart ne sont arrivés qu'après la fin de la campagne officielle, sans plus aucun meeting à couvrir. "Ces journalistes vont certes pouvoir couvrir le scrutin lui-même mais ils ont de fait été empêchés d’effectuer un travail d’investigation et d’information en amont de ce rendez-vous crucial de la vie politique algérienne, marqué par des contestations de la candidature du président Abdelaziz Bouteflika" regrette RSF. Le rayon d'action de la presse étrangère est lui aussi limité à Alger et ses alentours immédiats, officiellement pour raisons de sécurité. Enfin, les visas de presse étrangère expirent deux jours seulement après le scrutin. Impossible donc de traiter un éventuel mouvement de contestation à l'annonce des résultats, ni même un improbable second tour, un scénario que le ministère algérien de la Communication semble avoir étrangement "oublié".

 

A défaut de liberté, des moyens techniques

De leur côté, les autorités algériennes se targuent d'offrir à la presse nationale et internationale toutes les facilités nécessaires. Un centre de presse a vu le jour, équipé d'environ 80 ordinateurs reliés à internet en haut débit "et pour la première fois d'un studio virtuel et d'un autre fixe pour la diffusion d'émissions en direct et en différé" selon Mme Thouria Benchahida, une des responsables du centre de presse. Derrière cette délicate attention, difficile de ne pas voir une incitation lancée au journalistes à rester le plus possible au centre de presse où leur contrôle est facilité.

 

Une couverture a minima

Enfin, il va sans dire que le parcours du combattant que constitue la couverture de la présidentielle algérienne a refroidi plus d'une rédaction. Seules 160 demandes auraient été reçues contre environ 400 lors de la précédente en 2009. Une baisse que le quotidien nationaliste algérien "L'Expression" explique non pas par des restriction des libertés de la presse mais par "la crise économique en Europe et les coûts importants d'une couverture internationale". Dans le même article daté de la fin mars, le quotidien regrette - et c'est un comble - que pour les premiers meetings officiels, aucun journaliste étranger n'ait "daigné" suivre les candidats sur le terrain. 

Dernière màj le 8 décembre 2016