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La violence pour l'enfance

Pays : Monde

Tags : Enfants soldats

Les enfants soldats portent un terrible fardeau en grandissant, un traumatisme indélébile. Le neuropsychologue allemand Thomas Elbert travaille avec ces enfants. Il nous explique le mécanisme utilisé par les bourreaux et ses conséquences. Le reportage de Catherine Marie Degrace.

La violence pour enfance

 

Fred Abrahams
"Nous avons échoué"

Fred Abrahams travaille pour Human Rights Watch à Berlin : il est en charge de la situation des enfants au Moyen-Orient. Selon lui, la complexité et la multiplication des conflits a aggravé la situation des enfants soldats.

 

ARTE Journal : Combien y a-t-il d’enfants soldats dans le monde aujourd’hui, selon vos estimations ?

Fred Abrahams : Personne ne peut le dire exactement. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il y a une relation directe entre le nombre de conflits et le nombre d’enfants soldats. Et que ceux-ci augmentent. En particulier au Moyen-Orient : la situation en Irak, en Syrie et en Libye produit de plus en plus d’enfants soldats. C’est sans doute au Moyen-Orient qu’on en trouve le plus, notamment en Syrie, dans les troupes de l’opposition syrienne : Etat islamique (EI), le front Jabhat al-Nosra, et dans une moindre mesure, l’Armée syrienne libre (ASL).

 

Les conflits armés sont de plus en plus complexes, les groupuscules de plus en plus nombreux et souvent anarchiques.

Fred Abrahams - 25/03/2015

Quelles évolutions de la situation constatez-vous ces dernières années ?

Fred Abrahams : C’est une évolution catastrophique. L’impact de la guerre sur les enfants est évidemment terrible. Les conflits armés sont de plus en plus complexes, les groupuscules de plus en plus nombreux et souvent anarchiques : dans ces conditions, il devient extrêmement difficile d’engager un dialogue pour empêcher les belligérants d’avoir recours à des enfants soldats. Le cas d’EI est particulièrement révélateur : la situation sur le terrain rend impossible toute observation scientifique du phénomène, et il n’est pas possible d’avoir de prise sur leurs méthodes !

 

Dans d’autres cas, les outils juridiques sont-ils suffisants pour endiguer le phénomène ?

Fred Abrahams : Il existe des outils, des mécanismes pour lutter contre le recrutement d’enfants soldats : l’ONU rend des rapports précis et détaillés. Certains coupables sont clairement identifiés et plusieurs ONG font un travail remarquable, parfois héroïque. Mais si on se retourne pour faire le point sur la situation des cinq dernières années, force est de constater que nous avons échoué. Le nombre global d’enfants soldats ne cesse de croître. Et c’est sans parler des enfants en général, en tant que population civile particulièrement exposée : ce sont généralement les premières victimes de conflits armés.

 

Même si vous ramenez un enfant soldat à la vie civile, le mal est fait.

Fred Abrahams - 25/03/2015

Quels programmes de réintégration à la vie civile existe-t-il pour les enfants soldats ? Sont-ils suffisants et est-ce qu’ils fonctionnent ?

Fred Abrahams : Il en existe plusieurs et beaucoup sont très bons. Mais c’est un projet difficile : il ne s’agit pas simplement de distribuer de la nourriture, des tentes ou des médicaments. C’est une réhabilitation à long terme. En Syrie, nous sommes toujours très loin d’une perspective de paix. Et c’est une armée de psychologues pour enfants qu’il faudrait ! En effet, même si vous ramenez un enfant soldat à la vie civile, le mal est fait. Les dégâts sont là, irréversibles.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016