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La Turquie aux urnes

Pays : Turquie

Tags : élections législatives, Erdogan

Les Turcs sont appelés aux urnes pour la troisième fois en quatorze mois. Après les élections locales de mars 2014 et la présidentielle d'août 2014, ils votent maintenant pour les législatives. Difficile d'imaginer que Recep Tayyip Erdogan ne mette pas son nez dans ce scrutin. Même si la constitution stipule que le président turc doit rester neutre, lors de la célébration du 562ème anniversaire de la conquête de la ville par les Ottomans, il n'a pas hésité à appeler les Turcs à soutenir son parti. "Les élections du 7 juin seront une nouvelle conquête, si Dieu le veut !", a-t-il déclaré.

 

 

L'hyperprésident Erdogan

Alors qu'il n'est pas candidat, le président Recep Tayyip Erdogan mène une campagne active pour son parti. Il est partout. On ne voit que lui. Que ce soit pour recevoir les maires des villages d’Anatolie dans son palais, à Karlsruhe (Allemagne) pour une rencontre avec ses compatriotes expatriés ou pour couper le ruban du nouvel aéroport d'Ordu-Giresun, situé sur une île artificielle au beau milieu de la mer Noire. Ses opposants ont beau crier à l'abus de pouvoir, Recep Tayyip Erdogan s'en fiche. L'enjeu des élections, c'est lui ! Son objectif est de modifier la constitution de manière à ce qu'il puisse endosser le costume de "super-président" et transformer le pays en République présidentielle. Ou, comme disent ses détracteurs, faire de la Turquie son "sultanat".

11,2%

Le taux de chômage en février 2015, en hausse depuis cinq ans.

 

Les préoccupations des Turcs

Au-delà des diatribes nationalistes de leur président, les Turcs sont comme tout le monde. Leur principale préoccupation, c'est le boulot, le boulot, le boulot… Plusieurs sondages récents ont démontré que le chômage - au plus haut depuis cinq ans (11,2% en février 2015) - est au centre de leurs préoccupations. Les partis d'opposition essayent donc d'attirer les électeurs en axant leurs programmes sur cette question. Si l'AKP tient les manettes du pays depuis 2002, c'est parce que l'économie turque avait le vent en poupe jusqu'ici. Sous la houlette de Recep Tayyip Erdogan, le PIB par habitant a pratiquement triplé. Mais l'économie turque s'essouffle, et c'est mauvais signe pour l'AKP.

La présence des Kurdes

Contrairement aux deux précédentes élections législatives, où le HDP avait laissé se présenter des candidats indépendants qui, une fois élus, avaient formé un groupe politique au parlement, le parti kurde à cette fois-ci décidé de former ses propres listes. Mais pour avoir une représentation parlementaire, il doit obtenir plus de 10% des voix au niveau national. Le parti a réussi à gagner un nouvel électorat lors des dernières élections en défendant des thèmes comme la défense de l'environnement et le renforcement du pouvoir local.

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camps construits à l'est du pays n'accueillent que 15% des réfugiés syriens. 

Source AFP - 01/06/2015

Les réfugiés syriens

Étrangement absente de la campagne électorale turque, la question des réfugiés syriens préoccupe pourtant la société turque. Quatre ans après le début de la guerre en Syrie, plus de deux millions de personnes ont trouvé refuge en Turquie. Vingt-cinq camps ont été construits dans l'est du pays, Erdogan a su éviter une crise humanitaire en organisant un accueil rapide et efficace des réfugiés syriens, mais sur le plan politique, il n'a aucune stratégie. D'autant que seuls 15% des réfugiés syriens résident dans ces camps, et que les autres vivent dans la plupart des villes du sud du pays, mais aussi à Istanbul… Ce qui n'est pas du goût de tout le monde car leur présence est à l'origine de nombreuses tensions avec la population. Et il sera difficile à Erdogan de ne pas définir de stratégie à l'avenir.

Quel scénario ?

Si les principaux partis d'opposition obtiennent quelques points de plus, ils pourraient empêcher l'AKP d'obtenir non seulement la majorité renforcée qui lui permettrait de pouvoir réviser la constitution, c’est-à-dire deux-tiers des députés (soit 367 sur 550 députés), mais aussi la majorité absolue qui lui permettrait de gouverner seul. Un tel scénario obligera certainement Recep Tayyip Erdogan à abandonner ses projets de régime présidentiel, car son parti serait contraint de former un gouvernement de coalition. Et si jamais l'HDP franchit la barre des 10%, l'AKP conservera sa majorité de gouvernement, et pourrait obtenir la majorité des deux-tiers. Erdogan pourrait donc faire glisser la Turquie vers un régime présidentiel.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016