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La Turquie accusée de violenter des réfugiés

Pays : Turquie

Tags : Réfugiés, réfugiés syriens, Politique d'accueil

L'organisation humanitaire Human Rights Watch (HRW) accuse les autorités turques de repousser violemment les réfugiés syriens à sa frontière, en faisant notamment usage d'armes à feu. Témoignages à l'appui et vidéo glaçante de corps meurtris, l'ONG frappe fort avec cette publication à charge.

Il y a comme un fossé entre les discours officiels des autorités turques et le durcissement de leur politique d’accueil sur le terrain... Si on peut parler d’accueil. C’est ce que dénonce l’ONG internationale Human Rights Watch (HRW) dans sa dernière vidéo, mise en ligne hier. Au cours des derniers mois, des gardes-frontières ont abattu et maltraités des Syriens qui tentaient d’entrer en Turquie. HRW appelle donc le gouvernement turc à tenir sa promesse d’adopter une politique de "porte ouverte" en publiant cette vidéo-choc.

Les blessures apparentes des victimes sont impressionnantes. Au début, on voit en caméra cachée un garde-frontière asséner un violent coup de pied à un migrant.

Attention, les images de cette vidéo peuvent être choquantes :

 

 

Quand ils nous ont attrapés, ils nous ont frappés, et ont continué en nous amenant au poste de police. Ils m'ont brisé les os.

HRW - 10/05/2016

Selon HRW, les témoins et victimes de ces exactions sont nombreux tout le long de la frontière turque. L’organisation a recensé sept "incidents" au cours desquels "des gardes-frontières turcs ont tiré ou attaqué dix-sept demandeurs d’asile syriens et deux passeurs". Six de ces incidents ont eu lieu près du point de passage de Khurbat al Juz-Güveççi, à quelques kilomètres de la ville turque d’Antakya.

 

 

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© HRW

 

Ce n'est pas la première fois que les forces de l'ordre turques sont pointées du doigt par les organisations des droits de l'homme et par les médias. Fin mars, le journal britannique The Times et l'Observatoire Syrien des Droits de l'homme (OSDH) dénonçaient la mort de seize migrants en quatre mois, à la frontière turco-syrienne.

"Le 6 février, un homme et son enfant ont trouvé la mort aux alentours de la ville syrienne de Ra's al-Ayn, située dans le secteur oriental de la frontière avec la Turquie. Et le 5 mars, deux réfugiés ont été abattus sur le secteur occidental de la frontière turque", rapportait l’OSDH dans un récent rapport.

Fin 2015, des récits de réfugiés et de demandeurs d'asile sont publiés par Amnesty International, prouvant que les autorités turques ont intensifié les arrestations et les détentions arbitraires des migrants en route pour les côtes grecques. Ensuite isolés à des milliers de kilomètres dans des centres de détention dans le sud et l'est du pays, sans accès à un avocat ou leur famille, ils ont été détenus, parfois durant plus d'un mois. Certains détenus ont indiqué avoir également été maltraités physiquement.

 

Les conditions d’accueil ne sont d’ailleurs pas partout similaires et varient d’une commune à l’autre, le long de la frontière, comme l’ont remarqué Constance de Bonnaventure et Claire Billet pour ARTE Reportage.

Double discours

Actuellement, il y a 2,7 millions de Syriens en Turquie : c'est le pays qui accueille le plus grand nombre de réfugiés syriens. Officiellement, la porte est donc ouverte pour qui fuit le régime d’Assad et les exactions de l'Etat Islamique. Pourtant, selon sa législation, la Turquie aurait le droit de protéger sa frontière. Cette directive entre en contradiction avec la ratification de la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés, qui oblige la Turquie à préserver leurs droits.

Gerry Simpson, directeur de recherche sur les réfugiés chez HRW et auteur du rapport accusateur, pointe justement ce décalage entre les actes et les paroles politiques : "tandis que les responsables turcs affirment qu’ils accueillent les réfugiés syriens, les frontières et les bras grands ouverts, leurs gardes-frontières les tuent et les battent. Tirer sur les hommes, des femmes et des enfants traumatisés, qui fuient des combats et une guerre indiscriminée est réellement effroyable".

Pourtant, c’est avec la Turquie que l’Union Européenne, d’habitude tellement à cheval sur les droits humains, a signé un accord le 18 mars dernier pour échanger les migrants dont elle ne peut accepter l’asile. En échange, la Turquie les garde sur son sol, et empoche 6 milliards d'euros généreusement fournis par l'Europe.

Malgré les nombreux doutes sur l’accueil des réfugiés en Turquie, et malgré les risques de maltraitance, l’UE choisit la politique de l’autruche. "Cela relève du pur égoïsme et du vœu pieux que de dire que la Turquie est un pays tiers sûr - elle ne l'est pas et cela pourrait faire plus de mal que de bien", conclut HRW.

 

Dernière màj le 31 mai 2016