La Russie à la veille des élections à la Douma

Pays : Russie

Tags : Douma, Russie, élections législatives

Spécial Russie : Yourope à Saint-Pétersbourg

Samedi 03 septembre

14.00

Yourope

La Russie à la veille des élections à la Douma

Considérée comme la ville la plus européenne de Russie, Saint-Pétersbourg attire de nombreux touristes de tous pays. Mais le charme incontestable de la ville ne suffit pas à faire oublier la dégradation des relations entre la Russie et l’Europe. De plus, l’économie russe traverse une grave récession et le rouble n’a jamais été aussi faible. C’est dans ce contexte de crise que les citoyens russes se rendront aux urnes le 18 septembre pour élire leurs députés.

 

Les dernières élections à la Douma (le parlement russe) remontent à 2011. A l’époque, des milliers de personnes étaient descendues dans les rues de Moscou et de Saint-Pétersbourg pour manifester contre la fraude électorale. A présent, il semblerait que le peuple russe ait perdu toute foi en la politique. Selon les sondages, moins de 50 % des personnes interrogées déclarent avoir l’intention d’aller voter.

A l'approche des élections législatives du 18 septembre prochain, nous nous sommes rendus à Saint-Pétersbourg et avons interrogé des jeunes. Qui va encore voter ? Quelles sont leurs motivations ?

Notre émission :

 

Yourope 2016, spécial Russie
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Quelques portraits :

 

Vadim Solodnikov, l'homme d'affaires

Vadim Solodnikov
A 40 ans, Vadim Solodnikov mène une brillante carrière dans l’import-export. Il est courtier en douane, un métier pour lequel la proximité avec l’Europe représente un avantage certain. A lui aussi, la chute du rouble donne du fil à retordre, mais depuis les sanctions prises par l’Europe contre la Russie après l’annexion de la Crimée, ses affaires marchent encore mieux ! Tant que la ligne politique du Kremlin va dans le sens de ses objectifs, il n’a aucune raison de se plaindre. Du point de vue économique, il se situe du bon côté de la barrière, fait partie de la classe moyenne supérieure. Les années Poutine lui ont été bénéfiques, il en est convaincu. Les élections à la Douma ? Ça ne l’intéresse pas.

 

Ivan, le fan de Poutine

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Malgré la crise économique, Poutine peut compter sur le soutien de plus de 80 % de la population. Patriote convaincu, Ivan Bortchsov est l’un de ses nombreux admirateurs. A 34 ans, ce jeune routier a quitté sa province natale pour Saint-Pétersbourg, dans l’espoir de mieux gagner sa vie. Depuis trois mois, il transporte des denrées alimentaires pour une chaîne de supermarchés. Des journées de travail de douze heures pour un salaire qui reste inférieur à la moyenne nationale. Cependant, Ivan et sa femme Natacha ne sont pas malheureux. Ils admirent Poutine, leur puissant dirigeant. Ivan souligne qu’il a su transformer en un Etat fort le pays qui était ravagé par la crise dans les années 1990. Aucun des deux ne prend ces élections législatives vraiment au sérieux. Les députés ? On ne peut de toute façon pas leur faire confiance.

 

Dmitry Gudkov, l'opposant

Dmitry
En Russie, les opposants sont rares, surtout à la Douma. L’un d’entre eux, le jeune député Dmitry Gudkov, 36 ans, était l’un des meneurs dans les manifestations de masse contre la fraude électorale pendant l’hiver 2011/2012. Aux yeux des défenseurs des droits de l’homme et de ceux qui luttent contre la corruption, il a depuis longtemps l’aura d’un héros. Pendant la dernière législature, il a exprimé devant la Douma son désaccord avec la politique répressive du Kremlin. Candidat à sa propre succession, il espère un taux de participation élevé.

 

Nastia, plutôt anarchiste

nastia
Dans la vie quotidienne, la crise économique se fait nettement sentir : le prix des denrées alimentaires augmente, les revenus réels baissent. 41 % des Russes disent que leur salaire ne leur suffit plus pour se nourrir et se vêtir correctement. 23 % déclarent que la situation économique de leur foyer s’est dégradée, la qualifiant de "mauvaise" à "très mauvaise". Les plus durement touchés par cette paupérisation sont ceux qui étaient déjà modestes avant la crise, notamment les personnes âgées. Pour Nastia, 23 ans, pas question de rester les bras croisés. Depuis un an et demi, elle est membre d’un groupe baptisé "Food not Bombs". Tous les dimanches, elle se rend au centre-ville de Saint-Pétersbourg où elle distribue gratuitement de la nourriture qu’elle a préparée elle-même. Nastia et ses amis se définissent comme anarchistes. Ils ne croient pas en l’Etat : aller voter, à quoi bon ? Leur devise : ne compter que sur soi-même.