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"La religiosité a les mêmes principes structurels que la théorie du complot"

Pays : Allemagne

Tags : démocratie, théorie du complot

Comment analyser les causes psychologiques de l'adhésion aux théories du complot ? Quels éléments psychosociaux peuvent-ils pousser un individu à se reconnaître dans les rhétoriques conspirationnistes ? Explications du Dr. Sebastian Bartoschek.

Sebastian Bartoschek est psychologue, conférencier et journaliste indépendant. Il a réalisé un film documentaire sur le négationniste allemand Axel Stoll et soutenu une thèse sur les théories du complot.

 

ARTE Info : En quelle mesure peut-on parler de causes psychologiques à l'adhésion aux thèses complotistes ?

Les théories du complot réduisent la complexité."

Sebastian Bartoschek - 08/09/2017

Dr. Sebastian Bartoschek : Tout d'abord, parce que les théories du complot réduisent la complexité. Avec elles, nous détenons enfin un modèle explicatif simple, qui produit une relation de cause à effet très claire, et qui évacue les contingences du monde. Les théories du complot nous aident ainsi à construire une structure. Surtout quand il nous arrive quelque chose de mal : il nous est toujours plus facile de penser aux causes et de considérer qu'elles sont tournées contre nous.

Deuxièmement, les théories du complot nous aident à retrouver notre auto-efficacité : on retrouve alors la possibilité de reprendre le contrôle de notre propre vie.

Et troisièmement : la croyance conspirationniste nous protège de la conspiration elle-même. Car il existe de vraies conspirations autour de nous, et il est logique d'y faire un peu attention.

Un exemple : si vous entendez un bruit inquiétant dans un buisson, vous pouvez vous dire : "Je ne veux pas tirer de conclusions hâtives, alors regardons voir si un animal va en sortir, ou si c'est seulement le vent." Mais vous pouvez aussi vous dire qu'un tigre va vous sauter dessus dans un instant. Le conspirationniste tire la seconde conclusion.

 

Comment analyseriez-vous les conspirationnistes d'un point de vue psychosocial ?

Les théories du complot offrent un lien incroyable pour des groupes sociaux. Former des groupes est une qualité profondément humaine. En groupe, on se distingue des autres. Nous sommes les bons, nous serons rachetés. En face se trouvent les méchants qu'il faut combattre. Chacun se situe comme le membre de l'un de ces groupes. On peut dire avec raison que les liens entre la religiosité et le conspirationnisme sont relativement forts.

 

Vous faites donc le parallèle entre les groupes religieux et les théories du complot ?

Dans les deux cas, on s'inculque la peur d'un autre."

Sebastian Bartoschek - 08/09/2017

Oui, car la religiosité fonctionne en fin de compte selon les mêmes principes structurels que les théories du complot. Dans les deux cas, on s'inculque la peur d'un autre. Dans la religion, par exemple, on a peur du diable ou de ceux qui pourraient nous détourner du droit chemin. En même temps, on se présente une solution pour avoir prise sur cette peur. Dans la plupart des cas, la solution apparait sous la forme de deux promesses : promesse de communauté et promesse de rédemption.

 

Du point de vue psychologique, y a-t-il une relation entre les chocs émotionnels, comme les attaques terroristes, et la diffusion accrue de théories du complot ?

Il est incroyablement difficile, pour la politique, de nommer la violence qui a eu lieu. En ce moment, le plus simple serait de dire : "Nous vivons dans une démocratie et pour cette raison, il y aura toujours des attaques terroristes et nous ne pouvons pas protéger nos citoyens, et nous ne voulons pas les protéger à n'importe quel prix, sinon nous serions la Corée du Nord." Mais cette communication n'a pas lieu, et au lieu ce cela, on la maquille, ce qui provoque un profond sentiment d'insécurité chez les citoyens. Et cette nouvelle situation, à son tour, nourrit toutes sortes de théories du complot.