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La prostitution fait débat

Pays : Allemagne

Tags : prostitution, esclavage, trafic d'êtres humains

Alors qu’en Allemagne, la libéralisation du travail sexuel continue de montrer ses limites, la France tente toujours de faire adopter une loi répressive.

« Le bordel de l’Europe. » Voilà le surnom donné à l’Allemagne par ceux qui jugent sa législation en termes de prostitution « permissive ». La faute à un texte très libéral, voté en 2002, qui reconnaît officiellement le statut de travailleur du sexe. La loi autorise également les maisons closes, dépénalisant l’activité des tenanciers de ces établissements, qui ne sont dès lors plus considérés comme des proxénètes. En contrepartie, ces derniers doivent déclarer leurs employés et, surtout, payer des impôts à l’État. Une législation qui a contribué à l’augmentation du chiffre d’affaires du secteur : depuis 2002, le business du sexe a augmenté de 13 % en Allemagne.

Sauf que, dans les faits, seul 1 % des prostitués exerçant dans ce pays ont aujourd’hui un contrat de travail, et la couverture sociale qui va avec (assurance-maladie ; chômage). Les patrons ne veulent pas en entendre parler de cette loi, à causes des charges sociales et des prix excessifs qu’elle les oblige à pratiquer, et qui les expose ainsi à la concurrence. Pire, en treize ans d’existence, la législation n’a pas permis de venir à bout des cas d’esclavage moderne qu’occasionne souvent la prostitution. A Berlin, le seul parquet du pays spécialisé sur la question suit actuellement 80 dossiers liés à des trafics d’êtres humains.

Interrogée par L’Express, Alice Schwarzer, la papesse du mouvement des femmes Outre-Rhin, qui dirige le magazine Emma, résume ainsi la situation : « Nous avons maintenant des « maquereaux en col blanc » qui font tourner en toute légalité des usines du sexe où l’on offre des forfaits « flat rate » (« taux fixe ») aux « consommateurs ». Or plus de 90% des prostituées vendent leur corps parce qu’elles y sont obligées. Ce n’est pas autre chose que de l’esclavage. »

Paralysie parlementaire

Alors que l’Allemagne semble prendre progressivement conscience des écueils de la libéralisation de la prostitution, la France, de son côté, cherche toujours à pénaliser les clients. Le 12 juin 2015, les députés ont voté en seconde lecture, comme en 2013, une proposition de loi souhaitant renforcer la lutte contre le travail du sexe. Le texte met en avant deux mesures phares : les sanctions à l’encontre des clients de prostitués, par des amendes pouvant aller jusqu’à 1 500 euros ; la suppression du délit de racolage, institué en 2003 par Nicolas Sarkozy. En mars 2015, les sénateurs avaient vidé la proposition de loi de sa substance, abrogeant ces deux dispositions. Avant donc, que les députés ne les votent à nouveau. Comme l’explique le quotidien Le Monde, la balle est désormais, encore une fois, dans le camp du Sénat. En cas de désaccord persistant entre les deux chambres, l’Assemblée nationale aura le dernier mot.

Ces mesures irritent aussi les associations de prostitués et leurs soutiens, comme Act Up ou encore Médecins du monde. Elles craignent en effet de voir les travailleurs du sexe poussés vers davantage de clandestinité et de précarité, et encore plus à la merci des clients. On estime entre 30 000 et 44 000 personnes le nombre de personnes qui se prostituent en France. En Allemagne, elles et ils seraient entre 300 000 et 700 000 personnes concernées.

 

Dernière màj le 11 janvier 2017