La Pologne côté conservateur

Pays : Pologne

Tags : Pologne, élections présidentielles

Nouveau venu en politique, le conservateur Andrzej Duda a été élu dimanche président de la Pologne avec plus de 50% des voix, battant ainsi le chef d'état sortant Bronislaw Komorowski. L'élection s'est jouée sur fond de conflit ukrainien et d’influence russe. Le pays, membre de l’Union européenne depuis 2004, affiche de bonnes perspectives économiques. Et affirme de plus en plus son rôle de leader dans la région.  

Retour des conservateurs

Les électeurs polonais ont tranché :  Andrzej Duda est leur nouveau président. Représentant du parti populiste et conservateur Droit et Justice (PiS), le jeune juriste de 43 ans se dit ouvert au dialogue et entend être "le président de tous les Polonais". Avec 52% des voix, il bat le président sortant de centre droit Bronislaw Komorowski. Sa victoire pourrait permettre un retour en force de l'ancien premier ministre Jaroslaw Kaczynski, frère jumeau de l'ancien président mort dans un crash d'avion à Smolensk, en Russie. Dans cette république parlementaire de 38 millions d’habitants, le président ne dispose pas uniquement des compétences représentatives car il peut user de son droit de veto pour s’opposer à une loi et nommer les membres du gouvernement, l’essentiel des pouvoirs est cependant détenu par le Premier ministre (ou "président du Conseil des ministres"), chef de la majorité parlementaire. Cette élection était un avant-goût des législatives, prévues à l'automne, dans un pays qui affiche son  "euro-optimisme". 11 candidats étaient en lice pour ce mandat présidentiel de 5 ans, renouvelable une fois. Petit rappel des principaux favoris.

 

 

Andrzej Duda

 

Andrzej Duda, le patriote : Quasi inconnu avant la campagne présidentielle, le candidat du parti Droit et Justice suit la voie de l’ex président Lech Kaczynski, mort en 2010 lors d’un accident d’avion. Son parti, conservateur, affiche son euroscepticisme et adopte une position dure face aux débats sociétaux. Fécondation in-vitro ou avortement : autant de sujets qui permettent de séduire un électorat encore très catholique. 4 Polonais sur 10 se rendent à la messe chaque semaine.

 

Si nous voulons une Pologne sûre, notre pays doit être protégé par une armée forte. 

Bronislaw Komorowski - 15/04/2015

Bronislaw Komorowski

Bronislaw Komorowski, le sortant : à 62 ans, le président en poste depuis 2010, compte bien remporter un second mandat sans revendiquer d’affiliation à un parti, pour se présenter comme "le candidat de tous les citoyens". Proche de la droite libérale au pouvoir (Plateforme civique), dont il bénéficie du soutien, il défend son bilan : un renforcement du rôle européen de la Pologne, une position critique de la Russie dans le dossier ukrainien, ou encore  le renforcement de la défense polonaise à travers la mise en place d’un bouclier anti-missile et une coopération plus étroite avec l’OTAN.

 

Magdalena Ogorek

Magdalena  Ogorek, l’outsider : une spécialiste de l’histoire de l’Eglise choisie par l’Alliance démocratique de gauche pour la représenter : la candidature surprend en Pologne. Ce visage d’une formation en crise affiche sa jeunesse (36 ans) et ses positions progressistes pour conquérir les nouvelles générations d’électeurs, dans un pays inquiet de son évolution démographique. Face à un important chômage des jeunes (un peu plus de 21 %), beaucoup de diplômés préfèrent en effet choisir la voie de l’émigration vers les pays de l’UE, pour trouver du travail.

 

Fini, le plombier polonais

Malgré ce départ des jeunes générations, l’économie polonaise affiche son dynamisme. Les investissements directs étrangers (IDE) à destination de la Pologne ont même été multipliés par 4 depuis 2002. Mais le modèle économique polonais a aussi ses faiblesses. Alors que les ¾ de ses exportations sont destinés à l’Union européenne, le pays reste très dépendant de la bonne santé économique de la zone euro. 

 

Russie, UE : le choix polonais

L’Allemagne à l’Ouest, l’Ukraine à l’Est : les frontières du pays témoignent de la situation de la Pologne sur la scène internationale. Sortie de la tutelle russe en 1989, le pays affirme sa position de leader régional en Europe de l’Est. Il obtient la présidence tournante de l’Union européenne de juillet à décembre 2011, et c’est aujourd’hui un ancien Premier ministre, Donald Tusk, qui préside le Conseil européen. Depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en mars 2014, la Pologne, comme les pays baltes, est soucieuse de renforcer son engagement au sein de l’OTAN.

 

Dernière preuve en date : l’organisation d’une cérémonie aux accents politiques pour commémorer les 70 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Tandis que la Russie célèbre de son côté la victoire de l’Armée rouge sur l’Allemagne nazie, le président polonais Bronislaw Komorowski, a convié une dizaine de responsables politiques de l’Europe de l’Est, et des représentants de l’OTAN, de l’Allemagne et de la France, pour une discussion sur les conséquences de cet anniversaire. "La fin de cette guerre, brisant l’occupation allemande, n’a pas apporté de liberté à notre région de l’Europe, car les pays qui s’y trouvent ont été soumis, contre leur gré, à l’empire de Staline." Une déclaration du président polonais perçue comme une provocation pour le russe Vladimir Poutine. Mais si l’exécutif du pays assume aujourd’hui son choix européen, le vote des Polonais dimanche pourrait renforcer cette tendance. Bronislaw Komorowski entend bien, s’il est réélu, pousser le pays aux réformes économiques pour préparer un passage du zloty à l’euro.

Dernière màj le 8 décembre 2016