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La nouvelle génération du conflit israélo-palestinien

Pays : Palestine

Tags : Palestine, conflit israélo-palestinien

En sourdine depuis des mois, les tensions entre Palestiniens et Israéliens se sont brutalement réveillées après l’assassinat le 1er octobre de deux colons en Cisjordanie occupée. Le 13 octobre, Jérusalem a vécu sa journée la plus meurtrière de l'escalade de violences : trois Israéliens ont été tués dans deux attaques différentes, l’une par armes à feu dans un bus et l’autre au couteau. Au total ces dix derniers jours, plus d’une vingtaine d’attaques au couteau ont été recensées, venant essentiellement de jeunes Palestiniens et dirigées contre des Israéliens souvent pris pour cibles au hasard. Cette vague de violence rappelle les intifadas de 1987 et 2000 mais si les jets de pierre et les attentats meurtriers ont marqué les deux précédentes, les jeunes Palestiniens se lancent aujourd’hui à l’assaut des réseaux sociaux, qu’ils utilisent pour diffuser leurs attaques perpétrées à l’arme blanche. 

 
“L’intifada des couteaux”

Le terrorisme au couteau ne nous vaincra pas”, a martelé le premier ministre israélien à l'ouverture d'une session parlementaire, alors que trois agressions ont encore eu lieu dans la journée. Elles s’ajoutent à la vingtaine d’attaques palestiniennes recensées durant les dix derniers jours. En réponse, les autorités israéliennes ont renforcé les mesures sécuritaires, augmenté la présence militaire et intensifié la répression. Mais les forces de l’ordre sont déstabilisées par l’intensité du recours à ce mode opératoire, plus habituées à employer des boucliers anti-missiles ou à recourir au dôme de fer contre les roquettes. Après l’intifada des jets de pierre en 1987 et celle des attentats-suicides de 2000, l’insurrection qui sévit jusqu’à présent est celle des couteaux.

 

Sur les traces de la première intifada

Les jeunes sortent d’eux-mêmes, parce qu’ils en ont marre d’avoir vécu toute leur vie sous la menace des colons et des soldats.

Un habitant du camp de Jalazoune.

Les jeunes sortent d’eux-mêmes, parce qu’ils en ont marre d’avoir vécu toute leur vie sous la menace des colons et des soldats.” C’est par ces mots qu’un habitant du camp de réfugiés de Jalazoune, près de Ramallah, explique la haine grandissante qui s’empare de la jeunesse palestinienne. Ces jeunes ont suivi le Printemps arabe et les trois guerres à Gaza à travers les réseaux sociaux et les chaînes d’information. Dans les pas des générations précédentes, ils rejoignent les affrontements contre les Israéliens. Trop jeunes pour avoir déjà combattu, leur référence n'est pas la deuxième intifada qui a ensanglanté la région en 2000, avec embuscades et attentats, mais  la première, lancée en 1987 et caractérisée par ses jets de pierres et ses mouvements de désobéissance civile. Elle a débouché sur les accords d’Oslo en 1993. A l'époque, l’ensemble de la société palestinienne s'était mobilisée pour défendre ses droits et gagner une reconnaissance sur la scène internationale. 

 

Mourir en martyr

Vingt ans après les accords de paix, qui devaient permettre une reconnaissance mutuelle entre Israël et l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) et assurer la résolution du conflit israélo-palestinien, rien n’a changé. La troisième intifada, comme le chef du Hamas à Gaza Ismail Haniyeh l’a lui-même nommée, offre le même spectacle de soulèvement populaire spontané et violent que les deux précédents, avec des attaques au couteau de jeunes qui semblent ne plus rien avoir à perdre. 

En Cisjordanie, région occupée par Israël, deux tiers de la population a moins de 30 ans et les Palestiniens ayant mené des attaques contre les Israéliens sont rarement âgés de plus de vingt-cinq ans. Beaucoup sont mineurs, parmi eux des enfants. Le cartable encore sur le dos, ils vont jeter des pierres sur les policiers à la sortie de l’école. Pour eux, les récits de martyrs sont perçus comme des héros, symboles de la résistance.

 

Filles ou garçons, même combat

Autre particularité du mouvement actuel : la présence des filles aux côtés des garçons. Une dizaine d’entre elles ont d’ailleurs été blessées par balles ou arrêtées par la police israélienne. Le visage masqué de la même manière que les garçons par un keffieh pour éviter d’être reconnues, elles expliquent les raisons de leur combat : lutter pour la reconnaissance de l’Etat palestinien.

 

 "Il a deux armes : la pierre et le livre. Ce sont nos armes. C'est notre intifada."
 
Un conflit 2.0, à suivre en temps réel

Sur les réseaux sociaux, les vidéos montrant des agressions au couteau ou les selfies des lanceurs de pierre se multiplient. Elles sont souvent mises en ligne quelques minutes après les attaques, comme celle de Fadi Alloun, un Palestinien âgé de dix-neuf ans, abattu après avoir blessé au couteau un passant israélien. Les images de l’agression ont été vues plus de 100 000 fois. 


De nombreux appels à manifester sont lancés sur Facebook ou sur Twitter, sous le hashtag #troisiemeintifada. Les publications sont souvent accompagnées d’un logo représentant un jeune homme masqué vêtu de noir et muni d’un lance-pierres et d’une cape aux couleurs du drapeau palestinien. 

 

 

Présents lors des attaques, policiers et témoins prennent l'habitude de dégainer leur téléphone portable pour filmer la scène de l’agression. Les jeunes Palestiniens, eux, s’informent en temps réel de l’évolution des événements grâce à leur téléphone. Connectés en permanence sur les réseaux sociaux, ils repèrent où les affrontement avec les soldats ont lieu et peuvent se joindre aux funérailles d’un Palestinien, tué par les soldats israéliens.

 

Agir pour ne plus subir

43%

de la population à Gaza est au chômage.

 

Les nombreux appels au calme formulés par le président palestinien Mahmoud Abbas restent sans écho auprès des jeunes. Ceux-ci agissent seuls et ne font partie d’aucune organisation ou mouvement politique. Aujourd’hui ils ne se battent plus pour défendre la reconnaissance d’un Etat mais pour défendre leurs droits, comme l’accès à l’esplanade des mosquées, troisième lieu saint des musulmans, fermé le week-end dernier par les autorités israéliennes.

Les funérailles qui se succèdent alimentent la rage des jeunes Palestiniens, désabusés par le manque de perspectives et le discours des dirigeants : “Quand on va en ville on est fouillé, quand on va à l’école à 5km, on est fouillé, quand on quitte l’école, on est à nouveau contrôlés. La pression est trop forte. Elle nous rend haineux", explique un jeune Palestinien, qui a perdu son ami âgé de 15 ans, tué par la police alors qu’il tentait de poignarder un passant.

La pauvreté dans laquelle vivent les Palestiniens renforce le sentiment d'injustice. Sur l'ensemble des territoires palestitiens, un quart des 4,5 millions d'habitants vit sous le seuil de pauvreté, tandis qu'à Gaza, 43% de la population est au chômage, le taux le plus élevé au monde. Jugeant l’Autorité palestinienne inapte à prendre des mesures concrètes pour que la situation change, les Palestiniens de la nouvelle génération se réfugient dans la violence. 

Dernière màj le 8 décembre 2016