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La mondialisation accusée de tous les maux

Pays : Union européenne

Tags : déchiffrage, mondialisation, inégalités

La mondialisation détruit-elle des emplois ? Accentue-t-elle les inégalités ? Voilà deux des procès qui lui sont régulièrement faits. A juste titre ? Éléments de réponse. 

La mondialisation détruit-elle des emplois ?

Pour beaucoup, la cause est entendue : les pays développés sont les perdants de la mondialisation, parce qu’ils entrent en concurrence avec des pays qui ont une très forte compétitivité prix (cf. La compétitivité, un mot, plusieurs aspects). En conséquence, pour certains partis et certains auteurs, il faut mettre en place un protectionnisme économique et la fermeture des frontières pour éviter les délocalisations.

Les délocalisations ont une grande valeur symbolique, ce qui les rend particulièrement médiatiques. Pourtant, elles ne constituent pas un phénomène si important qu’il n’y paraît, comme en témoigne cette étude de l’Insee (juin 2013). Elle indique en effet que seulement 4,2 % des entreprises implantées en France ont procédé à des délocalisations d'activités entre 2009 et 2011, occasionnant 6 600 suppressions directes de postes par an durant cette période, soit 0,3 % de l'emploi salarié. Surtout, la majorité de ces délocalisations s'est effectuée vers d'autres pays européens.

Par ailleurs, regarder seulement les délocalisations, c’est oublier que les pays développés comme la France ou l’Allemagne tirent largement profit de la mondialisation grâce à leurs exportations.

En outre certains assurent qu’un phénomène nouveau est à l’œuvre : celui des relocalisations. C’est notamment l’avis de l’économiste El Mouhoub Mouhoud, ou encore des Américains du Boston Consulting Group.

Sur le plan théorique, le débat sur les gagnants et les perdants de la mondialisation se situe autour de la question du libre-échange. Depuis Ricardo, les auteurs s’écharpent pour savoir si le libéralisme économique est source de gains ou de pertes pour l’ensemble des pays engagés dans la mondialisation. Denis Clerc fait ici un bon tour de la question.

 

La mondialisation accentue-t-elle les inégalités ?

La mondialisation, qui crée un marché mondial toujours plus grand, rapproche-t-elle les conditions des hommes de tous les continents ou creuse-t-elle des inégalités déjà existantes ? Les économistes débattent depuis longtemps sur la question.

Pour les économistes plutôt libéraux, la mondialisation non régulée est une manière de réduire les inégalités. Le libre marché permet, par exemple, aux pays d’Asie de s’enrichir et donc de se rapprocher du niveau de vie des Européens, comme l’a notamment rappelé Paul Krugman, Prix Nobel d’économie 1998, dans son ouvrage « La mondialisation n’est pas coupable ».

D’autres économistes s’intéressent davantage aux inégalités internes aux pays. Pour eux, la mondialisation accentuerait les inégalités entre ceux, à l’intérieur d’un pays, qui tirent profit du grand marché mondial, et ceux qui regardent partir le train.

Branko Milanovic, de la Banque mondiale, tente de calculer les différents types d’inégalité (entre pays, entre compatriotes dans un pays et entre tous les citoyens du monde) ici (en anglais) avec des résultats intéressants et ici en graphique et en français

Pour d’autres, comme Roger Martelli, la mondialisation accélère tout simplement le creusement des inégalités, interview ici.

Une synthèse est à retrouver ici, une autre plus théorique ici

Dernière màj le 8 décembre 2016