|

La liberté d’expression en couverture de la foire du livre

Pays : Allemagne

Tags : foire du livre, Francfort, Liberté d'expression

Comme chaque année à la mi-octobre, la Buchmesse ou foire du livre internationale tient pavillon à Francfort. Avec plus de 7 000 exposants originaires d’une centaine de pays, l’événement constitue le rendez-vous le plus important de l’univers du livre. Auteurs, éditeurs, illustrateurs et producteurs de film se retrouvent pour négocier les droits d’acquisitions et de cessions. Neuf mois après les attentats contre Charlie Hebdo, la liberté d’expression figure également au centre de cette 67ème édition, avec la présence de l’écrivain Salman Rushdie boycottée par l’Iran et la mise à l’honneur d’auteurs indonésiens qui osent s’attaquer à des sujets tabous dans leur pays.

 

La foire de Francfort, en quelques chiffres : 

 

La Foire du livre

A voir aussi :

Le reportage d'ARTE Journal : L'Indonésie est à l’honneur de la Buchmesse

L’Indonésie à l’honneur

Après le Brésil en 2013 et la Finlande l’année dernière, c’est au tour de l’Indonésie d’occuper le pavillon d’honneur. Environ soixante-dix auteurs indonésiens sont présentés cette année à la foire. L’occasion pour les 270 000 visiteurs attendus lors de l’ouverture des portes au grand public ce week-end de découvrir une littérature peu connue et une culture très éloignée géographiquement. “Dix-sept mille îles d’imagination” promettent ainsi les affiches de la Buchmesse, durant laquelle environ deux-cents livres des meilleurs écrivains du pays sont exposés. 

 

"Il est temps que les Européens écoutent ce que nous avons à dire, qu'ils apprennent à nous connaître, comme nous avons appris à le faire."

Goenawan Mohamad, auteur indonésien 

Parmi les auteurs de jeunes talents prometteurs osent aborder d’une manière politiquement engagée des sujets tabous, évités ou censurés dans leur pays conservateur, comme le sexe, la religion ou la dictature. “En Allemagne, tout le monde me demandait ce qu'est l'art indonésien, explique Franziska Nori, directrice de l’association artistique de Francfort. Les gens s'imaginent des oeuvres gaies et hautes en couleur, du folklore, de l'artisanat. C'est tout ce que ces jeunes artistes ne font pas ! "

 

 

Certaines oeuvres abordent des questions complexes, comme le stress de la vie moderne ou les craintes de vivre dans un monde toujours plus globalisé . Pour Goenawan Mohamad, écrivain réputé, la mondialisation redistribue les cartes : “Peut-être est-il temps que vous écoutiez ce que nous avons à dire, que vous appreniez à nous connaître comme nous avons appris à vous connaître" dit-il, s'adressant aux Européens.


Défendre la liberté d’expression

Limiter la liberté d'expression n'est pas seulement de la censure, c'est une attaque contre la nature humaine”, a déclaré Salman Rushdie avant l’ouverture de la foire du livre mardi soir. Depuis vingt-cinq ans, l’auteur britannique est frappé par une fatwa du régime iranien pour son livre Les versets sataniques. Il revendique un combat mondial pour la liberté d’expression, menacée selon lui par l'intolérance religieuse. Sa venue sous sécurité renforcée à la foire a été très mal accueillie par l’Iran, qui a décidé de boycotter le salon en refusant de tenir son stand national. Quelques éditeurs iraniens se sont quand même déplacés, malgré la demande du pays aux autres Etats musulmans de suivre le mouvement. 

 

Plus de neuf mois après l’attentat contre Charlie Hebdo, la soixante-septième édition de la Buchmesse est marquée par “une forte politisation” selon Jürgen Boos, le directeur de la foire. Des discutions autour du thème des barrières, des frontières et de la lutte contre l'extrémisme réunissent pendant trois jours des écrivains venus du monde entier. 

 

A consulter aussi :

Notre dossier : La crise des réfugiés

Une place pour les réfugiés 

La question de la crise migratoire et des réfugiés est également ouverte au grand public, avec des réunions sur ces sujets samedi et dimanche dans la matinée. Pour la troisième année consécutive, les organisateurs du salon de Francfort réservent un stand gratuit aux éditeurs syriens. Les ouvrages de six d’entre eux y sont exposés mais trois seulement ont fait le voyage. Ils sont venus montrer leur volonté de maintenir la littérature en vie, malgré la guerre qui sévit dans leur pays.

En tant qu'éditeurs, si on ne publie pas, cela veut dire qu'on meurt."

Kassem Al-Tarras, éditeur syrien 

"En tant qu'éditeurs, si on ne publie pas, cela veut dire qu'on meurt", affirme à l’AFP Kassem Al-Tarras, responsable de la maison d'édition Dar Al Rowad, originaire de Damas. Moins forte qu’avant, la censure n’est plus le principal problème que les éditeurs rencontrent là-bas. Ils doivent gérer le manque de moyens, la plupart des imprimeries ayant dû abandonner les endroits détruits par les bombardements. Les pénuries de papier et les coupures d’électricité ralentissent l’impression.

 

Pour son dernier jour le dimanche 18 octobre, la foire du livre met à disposition des réfugiés des entrées gratuites et un espace de bienvenue, tandis que la fédération des écrivains allemands espèrent récolter des fonds, pour ériger des centres de lecture à proximité des centres pour réfugiés. 


La foire des nouvelles technologies 

Également présentes à la foire de Francfort, les maisons d’édition en ligne côtoient les enseignes classiques, après s’être lancées depuis plusieurs années à la conquête du marché du livre. C’est le cas de la start-up allemande Plötz & Betzholz, dont les livres, issus de récits circulant sur la toile, sont récompensés par la Buchmesse pour leur créativité.

L’un de leurs plus gros succès : un livre baptisé “Ich bin ich - und wir sind viele!” (“Je suis moi, et nous sommes nombreux"). Sorti au printemps, il regroupe les histoires d'un jeune garçon nommé Benjamin Fokken, dénonçant sur Facebook les moqueries dont il est l'objet à cause de son poids. Ses vidéos ont été vues par plus de cinq millions de personnes. 

 

Être invité d’honneur : un jeu de chaises musicales 

Après le Pays-Bas et la Flandre qui mettront la littérature à l’honneur l’année prochaine, la question du prochain invité s’est posée pour 2017. Sollicité par la Buchmesse, le Canada a refusé d’occuper le pavillon d’honneur. L'événement aurait coïncidé avec le 150ème anniversaire du pays, mais Ottawa a décliné l'invitation en novembre dernier pour des raisons budgétaires. Car si la visibilité apportée par la foire assure aux pays des retombées culturelles et économiques de plusieurs dizaines de millions d’euros, la participation à l’événement a aussi un coût, évalué entre 5 et 6 millions d’euros, que les États rechignent parfois à supporter.

La France, à qui l’Allemagne proposait discrètement d’être l’invitée d’honneur de 2017 depuis trois ans, a fini par accepter début octobre, lors d’une visite de Manuel Valls à Berlin. Le premier ministre a ainsi mis fin à un suspense proche du malaise, car trois ans d’attente pour avoir une réponse, cela en devenait presque vexant pour les Allemands. 

Dernière màj le 8 décembre 2016