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La guerre froide des mots, le Kremlin seul contre tous

Pays : Syrie

Tags : guerre froide, Assad

Depuis la fin de la trêve, le 19 septembre, les bombardements ont repris de plus belle à Alep. Une fureur qui ne laisse plus les pays occidentaux de marbre. "Barbarie" ou "crimes de guerre" : voilà comment les Etats-Unis, la France ou la Grande-Bretagne qualifient les bombardements du régime syrien et de la Russie à Alep. Le ton monte entre les principaux belligérants, des affrontements de mots aux relents de guerre froide. Retour sur le durcissement des relations russo-américaines.  

Ce que la Russie soutient et fait à Alep, ce n'est pas de la lutte anti-terrorisme, c'est de la barbarie.

Samantha Power - 25/09/2016

Le 25 septembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a organisé une réunion d’urgence entre les Etats-Unis et les ministres des Affaires étrangères de quatre pays de l'UE (France, Italie, Allemagne et Grande-Bretagne). Les pays occidentaux ont sévèrement dénoncé les bombardements russes à Alep : "ce que la Russie soutient et fait [dans cette ville], ce n'est pas de la lutte anti-terrorisme, c'est de la barbarie", a lancé l'ambassadrice américaine à l'ONU Samantha Power. "Au lieu de rechercher la paix, la Russie et Assad font la guerre. Au lieu d'aider à apporter de l'aide aux civils, la Russie et Assad bombardent les convois humanitaires, les hôpitaux et les sauveteurs." De son côté, l'ambassadeur français à l'ONU François Delattre a accusé Damas et Moscou de ne vouloir qu'une solution militaire en Syrie. Les négociations ne seraient qu’un "écran de fumée". "Des crimes de guerre sont commis" à Alep et ils "ne peuvent pas rester impunis", a-t-il ajouté.

Ces déclarations font écho à celles de John Kerry lors de l’Assemblée générale annuelle de l’ONU le 21 septembre. Ce dernier a laissé éclater une colère froide contre Moscou, "responsable" du raid meurtrier contre un convoi humanitaire de l’ONU. Un raid qui a tout bonnement mis fin à la trêve qui aura duré une semaine. Le secrétaire d'État des États-Unis n’a pas mâché ses mots : il a dénoncé l'armée du président Bachar al-Assad "qui bombarde des hôpitaux et largue du chlore encore et encore et encore et encore, en toute impunité", ajoutant que Sergueï Lavrov vit dans "un univers parallèle".

 

La trêve n’a pas de raison d’être.

Sergueï Lavrov - 23/09/2016

La stratégie russe de la terre brûlée

Pour la Russie, il est quasi "impossible" de mettre fin à la guerre pour le moment ; aucune issue diplomatique du conflit ne semble être envisageable pour Bachar al-Assad et son allié russe. Pour Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, la trêve des combats "n’a pas de raison d’être" tant que l’opposition syrienne ne se démarquera pas des groupes djihadistes "terroristes"

Résultat : la trêve péniblement négociée entre John Kerry et Sergueï Lavrov n’a été qu’un court temps de calme avant une tempête de fureur. Car jamais à Alep, les combats n’auront été si violents et les bombardements quasi-continus. Un déluge de feu s'est abattu le 23 septembre sur les quartiers rebelles. Les attaques du régime et de la Russie sont montées d’un cran, avec pour unique but, la victoire militaire à tout prix. Pour Ammar Al-Selmo, chef de la branche locale des Casques blancs : "ce qui se déroule actuellement est une véritable opération d’anéantissement, dans tous les sens du terme".

 

Et maintenant, comment reprendre les négociations ? 

La réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU a abouti à un communiqué de presse. "Il appartient à la Russie de prouver qu'elle est disposée et qu'elle est capable de prendre des mesures exceptionnelles pour sauver les efforts diplomatiques" en vue de rétablir la trêve. 

Tout dépend de la Russie donc. Mais cette dernière n’a pas apprécié le "ton et la rhétorique inadmissibles" des ambassadeurs américain, britannique et français. Et encore moins les accusations de "barbarie et de crimes de guerre". Pour le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, qui s’est exprimé le 26 septembre, l’option du cessez-le-feu est "inefficace" et aura permis aux rebelles de "se regrouper et de renouveler leur arsenal". Et pourtant, la Russie ne perdrait "ni espoir ni volonté politique" d'avancer dans le processus de paix en Syrie. Reste à savoir de quelle façon, la diplomatie entre la Russie et les pays occidentaux ayant pris un gros coup de froid. 

 

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Etats-Unis et Russie, le jeu de dupe

On se demande d’ailleurs pourquoi cette escalade de violences verbales n’intervient que maintenant entre les deux puissances. Certes, elles ont au moins un adversaire commun en Syrie : les djihadistes de l’Etat islamique et du Front Fatah al-Cham -anciennement le Front al-Nosra. Mais la stratégie des deux pays est, depuis le début de l’intervention russe en septembre 2015, incompatible. La coalition des pays occidentaux soutient le combat des rebelles modérés, alors que la Russie soutient le régime de Bachar al-Assad, qui lui-même pilonne l’opposition. Entre temps, les djihadistes et les rebelles modérés ont uni leurs forces, une alliance de circonstance dénoncée encore une fois par le porte-parole du Kremlin : "nous constatons également, sans céder à l'émotion, qu'il n'y a toujours pas eu de séparation entre la soi-disant opposition modérée et les terroristes à Alep". Comment les deux puissances pourraient-elles encore s'accorder sur une voie unique de résolution du conflit ? 

 

 

 

Dernière màj le 26 septembre 2016